CHAPITRE XV
Reproches et salutaires avis que la Sainte adresse aux personnes du monde qui négligent de servir Dieu pendant leur vie, et renvoient le soin de leur salut au moment de la mort.
Voyant donc à la lumière de Dieu tout ce qui vient d'être dit sur le purgatoire, je ne puis m'empêcher de dire que je voudrais avoir une voix assez forte pour épouvanter tous les hommes qui sont sur la terre, et leur faire entendre ces paroles : 0 infortunés, pourquoi vous laissez- vous tellement aveugler par ce monde qui passe, que vous ne pensiez point à faire de bonnes œuvres durant votre vie, pour les trouver dans une nécessité aussi pressante que celle où vous vous verrez à l'heure de la mort ?
Quoi! vous vous tenez tous à couvert sous l'espérance de la miséricorde de Dieu, que vous dites être si grande? Et ne voyez-vous pas que c'est cette bonté infinie de Dieu qui vous jugera et vous condamnera pour avoir désobéi aux volontés du meilleur de tous les maîtres? Cette bonté devrait vous porter à vous soumettre à ses commandements, et non à lui désobéir dans l'espérance du pardon. Sa justice, sachez-le bien, aura infailliblement son cours, et il faut que d'une
manière ou d'une autre, elle soit pleinement satisfaite.
Gardez-vous de vous rassurer en disant : Je me confesserai ; je gagnerai l'indulgence plénière ; par elle, je serai en un instant purifié de tous mes péchés, et ainsi je serai sauvé. Songez qu'il est si difficile que la confession et la contrition s'élèvent à ce degré de perfection, qui est exigé pour gagner cette indulgence plénière à l'article de la mort; que, si vous comiaissiez cette difficulté, vous trembleriez de peur ; et, loin de vous flatter d'avoir un jour cette précieuse disposition, vous vous tiendriez plutôt pour certains du contraire.
PURGATOIRE. — GHAP. XVI 237