‹ Le purgatoireChapitre 38 sur 48 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

La Sainte montre encore comment les souffrances de ces âmes n'altèrent en rien leur paix et leur joie.

Dieu me découvre dans les âmes du purgatoire deux opérations de sa grâce, dont il leur donne à elles-mêmes la vue.

La première ^opération leur fait souffrir avec bonheur leurs peines : elles les regardent comme une grande miséricorde de Dieu à leur égard, considérant, d'un côté, l'incompréliensible majesté de Dieu, et, de l'autre, l'audace de leurs offenses et les châtiments qui leur étaient dus. Il est certain, en effet, que si la bonté de Dieu ne tempérait sa justice par la satisfaction du précieux sang de Jésus-Christ, un seul péché mortel serait digne de mille enfers éternels. Ces âmes souffrent donc leur peine avec tant de joie, que, pour rien au monde, elles ne voudraient qu'on en enlevât le moindre atome ; elle reconnaissent trop à combien juste titre elles l'ont méritée, et combien elle est saintement ordonnée de Dieu ; en sorte que, pour ce qui est de la volonté, loin de se plaindre de ce qu'elles souffrent, elles l'acceptent de la main de Dieu avec autant de bonheur que si elles étaient déjà au ciel.

La seconde opération de la grâce dans ces âmes, est un ineffable contentement qu'elles éprouvent en se voyant dans l'ordre de Dieu, et en considérant ce que son amour et sa miséricorde font pour elles.

• Dieu imprime en un instant dans leur esprit la vue de ces deux opérations ; et, parce qu'elles sont en état de grâce, elles les entendent et les comprennent, chacune selon sa capacité. Elles en éprouvent une grande joie qui ne diminue jamais, mais qui, au contraire, va toujours croissant à mesure qu'elles approchent de Dieu. Ce n'est pas en elles-mêmes, ni par elles-mêmes, qu'elles voient ces deux opérations, mais uniquement en Dieu. Voyant tout en lui et par lui, elles sont beaucoup plus occupées de lui que de leurs peines ; que dis-je ! ces peines ne leur sont rien, en comparaison de l'estime qu'elles font de Dieu. Car la moindre vue que l'on peut avoir de Dieu surpasse infiniment toute peine et toute joie que l'homme peut concevoir. Et, cependant, la joie en elles n'ôte rien à la peine, ni la peine à la joie.

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