Z\)Q DE L INSTITUT
Institut destiné à secourir l'Eglise souffrante, sont visiblement l'ouvrage de la droite du Très- Haut : Opiis dexterx Excelsi.
Dans les grands siècles de foi, c'étaient les monarques, les princes, les grands, qui dotaient les missions. Ces monarchies catholiques n'existent jjIus. Dieu, qui veut que le son de la parole apostolique continue de retentir jusqu'aux contrées les plus reculées de la terre, a substitué aux dotations royales les centimes des simples fidèles, le denier des associés de la Propagation de la foi, et cet humble tribut est plus fécond, plus assm'é, que les subsides des rois.
De même, dans ces grands siècles où Jésus- Christ régnait en souverain sur la société chrétienne, les rois, les princes, les grands, les familles, faisaient une part grandiose de leurs biens à l'Eglise souffrante. Ils laissaient de magnifiques dotations pour les âmes du purgatoire; ils fondaient, en leur faveur, des bénéfices jusqu'à la fin du monde. Il y avait des sanctuaires, des autels, où le saint Sacrifice devait être offert â perpétuité. Rien de plus toucliant que ces admirables créations de la foi de nos pères. Dans le monde catholique, il se disait chaque jour un nombre prodigieux de messes pour le rafraîchissement et la délivrance des âmes du purgatoire. A ces époques de foi, les morts étaient enterrés dans les églises, ou dans l'enceinte qui les entourait. Les familles chrétiennes venaient s'agenouiller et prier sur leurs tombes. Elles faisaient
célébrer les messes qu'ils avaient prescrites dans leur testament ; elles acquittaient les legs pieux ; elles gagnaient les indulgences; elles offraient des communions ; elles donnaient des aumônes, pour le repos et la délivrance de leurs âmes. En un mot, dans ces siècles de foi, le culte des morts jetait un éclat incomparable dans l'Église de Dieu.
Des révolutions impies ont emporté ces riches et innombrables dotations des âmes du purgatoire. Le patrimoine des morts a été sacrilègement envahi ; il est devenu la proie des ennemis du Christ et de son Église.
Pour réparer les ruines de tant de pieuses fondations de nos pères en faveur des âmes du purgatoire ; pour venger les morts de ces spoliations impies; pour leur rendre un patrimoine non moins riche et plus assuré que celui dont ils jouissaient aux plus beaux siècles de la foi, il ne faut à Dieu que le concours d'une humble vierge. Il fonde par elle, dans la capitale de la France, un [Institut qui va être pour l'Église souffrante ce qu'est l'OEuvre de la propagation de foi pour l'Église militante. L'organisation de ce nouvel Institut est simple et puissante comme celle de l'OEuvre de la propagation de la foi.
Cet Institut, dont la fin directe est d'apporter, par tous les moyens que suggère la foi, secours et rafraîchissement aux âmes du purgatoire, comprend trois classes de personnes : des religieuses proprement dites, un tiers-ordre, et des membres honoraires.
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En tôte de ces légions chrétiennes marchent les religieuses, les vierges qui, se consacrant à Jésus-Christ sous cette sainte bannière, lui font vœu d'être à la vie et à la mort les Auxiliatrices des âmes du purgatoire. En faveur de ces âmes, elles se lient par les trois vœux de religion, et elles leur offrent tous les sacrifices qui résultent de ce triple lien. Elles les secourent par leurs prières, par leurs oraisons, par leurs pénitences, par leurs communions, par les indulgences qu'elles leur appliquent ou gagnent pour elles, par toutes les œuvres de miséricorde spirituelle et corporelle à l'égard du prochain. Ce n'est pas assez : voulant porter la noblesse de leur dévouement à tout ce qu'il peut avoir de plus délicat, de plus absolu, de plus héroïque, elles font cession aux âmes du purgatoire de la valeur satisfactoire de toutes les bonnes œuvres qu'elles peuvent faire dans le cours de leur vie. Enfin, et c'est là le moyen suprême, elles viennent à leur secours, en faisant offrir pour elles le saint sacrifice de l'autel.
On dirait que Jésus-Christ, qui dans le ciel est enchaîné 'par sa justice à l'égard des âmes du purgatoire, et qui ne peut ouvrir son Cœur a la miséricorde envers elles, s'est substitué sur la terre, dans la Société de ces vierges, un cœur mystique, toujours ouvert à la compassion et à la miséricorde, toujours occupé à fléchir la justice du souverain Juge, et à hâter ainsi le moment de la délivrance de ces âmes captives.
Mais, pour exercer son action sur toute la société catholique, pour devenir populaire comme les grands ordres religieux du moyen-âge, et comme l'OEuvre moderne de la propagation de la foi, l'institut des Auxiliatrices du purgatoire devait avoir un tiers-ordre, et des membres honoraires. Le tiers-ordre devait être tel, qu'il exerçât la plus grande action possible. C'est pourquoi il se compose de dames, de veuves, de vierges, appartenant aux rangs élevés de la société. Pour le dévouement aux âmes du purgatoire, on comprend qu'elles s'efforcent d'imiter les religieuses Auxiliatrices. Voulant délivrer des feux de cette prison les âmes qui leur furent les plus chères en ce monde, elles s'estiment souverainement heureuses de prier en union avec ces vierges qui se sont offertes en holocauste à Dieu pour obtenir cette délivrance. Grâce à cette union de prières, à ce privilège du tiers-ordre, elles ont la consotionde hâter le moment où les âmes de ces époux, de ces parents chrétiens, s'élancent du fond de leur cachot dans les bras de leur Dieu. Mais comme toutes les âmes retenues dans les feux de l'expiation ne font qu'un en Jésus-Christ, tout en priant pour celles qui ont un droit spécial à leurs prières, ces ferventes associées embrassent dans leur charité toutes les âmes des fidèles qui se purifient au sein de ces feux. A l'exemple des religieuses Auxiliatrices, et en union avec elles, elles secourent ces âmes, par la prière^ l'aumône, la pénitence, les bonnes œuvres, par les commu-
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nions, les indulgences gagnées, par les messes qu'elles font dire. Les dames du tiers-ordre se vouent d'une manière spéciale aux œuvres de miséricorde spirituelle et temporelle. Par leur position et leur rang, elles peuvent avec plus de facilité et de fruit exercer ces œuvres auprès des pauvres, des malades, des familles nécessiteuses.
Par leurs relations sociales, elles peuvent aussi propager avec plus de succès l'esprit de l'Institut auquel elles se sont liées.
Ces dames, bien que répandues en France et à l'étranger, ne peuvent prononcer la consécration par laquelle elles se dévouent au soulagement des âmes du purgatoire, que dans les maisons de l'Institut.
Sa Sainteté Pie IX a daigné bénir et enrichir d'indulgences le tiers-ordre et l'affilier à la con • frérie de Notre-Dams-du-SufiFrage de Rome.
Les associées du tiers-ordre ont le précieux avantage de se réunir de temps en temps dans les maisons de l'Institut. Là, outre qu'elles s'encouragent pour leurs œuvres, elles trouvent toutes sortes de biens spirituels pour leurs âmes.
En dehors du tiers-ordre, l'Institut des Auxiliatrices du purgatoire a d'autres associés, sous le titre de membres honoraires : ces membres honoraires peuvent être agrégés à l'Institut dans quelque partie du monde que ce soit. De concert avec les religieuses et les dames du tiers-ordre.
ils concourent au soulagement des âmes du purgatoire. Quel que soit le rang, l'état, la dignité que l'on ait dans le monde, on peut se lier à rinstitut des Auxiliatrices à titre de membre honoraire. Et il est aussi facile d'obtenir ce titre que celui d'associé de la Propagation de la foi.
Une famille chrétienne peut être associée. Une communauté religieuse peut également l'être, et non seulement une communauté, mais une congrégation religieuse tout entière peut jouir de ce privilège.
Les membres honoraires secourent les âmes du purgatoire par leurs prières, leurs bonnes œuvres, la communion, les indulgences qu'ils leur appliquent, et par dessus tout en faisant offrir le saint sacrifice pour elles.
Les prêtres séculiers et réguliers qui s'agrègent à l'Institut, disent un certain nombre de messes pour les âmes du purgatoire.
Telle est l'organisation simple, mais féconde, de l'Institut des religieuses Auxiliatrices des âmes du purgatoire.
Cette OEuvre marchera de front avec l'OEuvre de la propagation de la foi. L'une et l'autre s'enracineront de plus en plus dans le sol de rÉglise catholique. Leur forme constitutive leur donne une puissance inaccessible aux persécutions des impics. D'ans l'une et dans l'autre, la puissance ira toujours croissant. Depuis qu'elle est fondée, rOEuvre de la propagation de la foi, malgré les Ijmpùtes politiques, n'a fait que grandir, présage
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assuré de ses accroissements dans les temps futurs. De même, FOEuvre des Auxiliatrices du purgatoire, depuis sa fondation, n'a fait que prospérer et grandir. La première de ces œuvres a déjà, et la seconde ne tardera pas à avoir des trésors ou des tributs annuels qu'aucun pouvoir humain ne pourrait ni offrir ni assurer. Les revenus ou les trésors annuels de TOEuvre de la propagation de la foi pour l'Eglise militante sont assez connus. Quels sont les tributs actuels que l'OEuvre des Auxiliatrices apporte à l'Église souffrante, et quels sont les tributs en espérance ou ses trésors dans l'avenir?
L'institut ne date en quelque sorte que d'hier. Fondé à Paris en 1856, il n'a pas encore trente ans d'existence. Eh bien ! cet Institut approuvé par Pie IX et par Léon XIII est déjà en Orient ; il possède deux florissantes maisons en Chine. En Europe, outre la maison-mère à Paris et celle de Montmartre ; outre les maisons de Nantes, de Cannes, d'Orléans, de Tourcoing, de Reims, celle du Noviciat de Normandie, il a encore deux maisons en Angleterre, deux en Belgique, une en Italie ; il est à Jersey, à Londres, à Liège, à Bruxelles et à Turin.
A la maison que les religieuses Auxiliatrices occupent à Montmartre, se rattachent des souvenirs infiniment chers à FÉgiise, à la France, à la Compagnie de Jésus. Dans l'emplacement que la Providence leur a réservé se trouvait autrefois la crypte du martyre. Cette crypte, bâtie dans
l'endroit même où saint Denys, jjremier apôtre de Paris, avait été mis cà mort avec ses deux compagnons Rustique et Eleuthère, devait perpétuer la mémoire de leur martyre. Elle avait été dédiée sous le vocable de la très sainte Vierge et des martyrs ; c'est pourquoi on l'appelait Notre- Dame de Montmartre. On ne saurait dire ce qu'était ce sanctuaire pour nos ancêtres. Les rois de France, les grands, le peuple, les princes de l'Église, les évoques, le clergé, les religieux, allaient invoquer Notre-Dame de Montmartre et saint Denys, et leur recommandaient leurs personnes et leurs intérêts les plus sacrés. C'est dans ce sanctuaire, en présence de Notre-Dame de Montmartre, que saint Ignace et ses compagnons prononcèrent leurs premiers vœux le jour de l'Assomption de la très sainte Vierge de l'année 1534. Pierre Le Fèvre, invoqué aujourd'hui comme Bienheureux, et alors seul prêtre parmi ses compagnons, offrit le saint sacrifice et reçut les engagements d'Ignace et de ses fils spirituels avant de leur donner la sainte communion. Les deux années qui suivirent, ils allèrent tous le même jour renouveler leurs vœux à Notre-Dame de Montmartre. Cette crypte du martyre, ce sanctuaire de Notre-Dame de Montmartre est donc le berceau de la Compagnie de Jésus.
Dans leur amour filial envers saint Ignace, les Jésuites de France voulurent éterniser le souvenir de ce grand jour. Au-dessus d'un autel do la crypte, ils jDlacèrent un tableau reprcscn-