OBSERVATIONS
Observation I (Observation personnelle). a
Le malade B..…. M..., âgé de 53 ans, gardien de la __ paix en retraite, se présente à la consultation de - notre service le 21 mai 1942 pour des lésions cuta- nées de deux ordres : une éruption purpurique d’une part, des lésions d’œdème d’autre part.
- L’éruption purpurique caractéristique est surtout cantonnée aux extrémités, aux pieds et aux mains. Elle est faite d’un piqueté hémorragique, confluant * parfois en de véritables plaques, intéressant à la troisième phalange des orteils ou des doigts toute la face dorsale de ceux-ci. Sur ce fond ecchymotique apparaissent des phlyctènes, qui, au nombre de deux ou trois sur la face dorsale des quatre premiers doigts et orteils, se réunissent en une large phlyctène sur les cinquièmes. Leur coloration est ardoisée, leur contour hémorragique. | - . L’œdème est mou, indolore, mais prurigineux. Il un est rose. À sa superficie on note des squames fines.
Il n’y a pas de suintement. Cet œdème remonte sur
les lombes, le dos et prédomine surtout aux régions inguino-scrotales et aux membres inférieurs. Il
n'existe pas d’œdème de la verge. Les membres supérieurs sont aussi le siège d’un œdème rose sur lequel se détachent des éléments plus foncés dispa— raissant à la pression.
Il n’y a aucune adénopathie.
Le foie et la rate semblent de volume normal. II
n’y a pas de stomatite. Le pouls est à 60. Le nombre des mouvements respiratoires est de dix-huit par minute. La température est normale.
Le diagnostic de purpura s'impose ; mais son étiologie reste d’abord obscure. L'absence designes géné-
raux et d’arthralgies écarte hypothèse d’un purpura infectieux ou rhumatoïde, le manque d’antécédents hémogéniques celle d’une poussée de purpura chronique hémorragique telle que la maladie de Wehrloff. La possibilité d’une intoxication professionnelle est. inexistante. Le malade affirme n'avoir absorbé aucun médicament, ni subi aucun traitement. Ce n’est qu'après un interrogatoire minutieux que le patient avoue enfin que les premiers symptômes apparurent après une application d’onguent gris. En effet, à la ‘suité d’un séjour au camp de Drancy, le malade ressentant de vives démangeaisons au niveau du scrotum et de la verge, attribue ces troubles à de la phtyriase. [se fait alors pratiquer, par sa femme, une application d’onguent gris sur les régions inguinales et hypogastriques. Le lendemain survient un œdème du scrotum et de la verge, tout de suite très pruriginenx. La consistance de cet œædème est molle. La coloration d’abord rosée ne tarde pas à devenir franchement.
rouge. En même temps apparait une poussée aiguë d’eczéma. Le patient ne se méprend pas sur la nature de cette dernière, car il a déjà eu, dix ans aupa- ravant, des crises eczémateuses dues Res Cet eczéma est constitué par un volumineux à œdème qui déforme les cuisses et gagne la plus grande partie des membres inférieurs, surtout du côté . droit. Des éléments suinteux et prurigineux, roses et rouges, parsèment ce fond important d'œdème. Les lésions se propasont à la face postérieure des lombes et du dos.
Huit jours après le but de la poussée aiguë : d’ eczéma, un prurit s installe, beaucoup plus intense. . C'est même autre chose et davantage qu’un simple prurit. C'est une sensation profonde de brûlure nn : tandis qu’en quelques minutes surgissent des éléments rouges ne s effaçant pas à la pression. Ces nouveaux éléments siègent aux extrémités, aux pieds et aux mains, et prédominent à la face externe des dernières phalanges. La nuit suivante, le malade ne peut dor- mir, tellement les douleurs à type de brûlure sont pénibles, pour ainsi dire insupportables. Cest à ce moment qu'il se résout à venir en consultation. à Le malade reste à l'hôpital et entre dans le service 4 Au Professeur Hanvier, où plusieurs examens com ne plémentaires sont pratiqués.
La sérosité des phlyctènes;examinée le 23 mai 1942, ion des hématies avec un assez grand nombre de polynucléaires. Aucun élément bactérien à l’exa-
MA oz
men direct. L'ensemencement en milieux aérobies et anaérobies se montre négatif.
L'analyse des urines, pratiquée le 26 mai 1942, ne décèle ni albumine, ni sucre, ni hématies, ni leucocytes, ni cylindres, ni cristaux. Il n’est noté que de
. très rares cellules épithéliales. à
La formule sanguine établie ie 26 mai 1942 est la
suivante: * : ;
Hémoglobine...:......... 907 |
Hématies. Dares rate ed E- 06D2 000 é Le
Valeur globulaire.. Pur : 0,96 LEDCOCYLES AT mr 9. 600 Netirophrles 7.22". 62 Écsinophiles ae, 12. 2 Re Basophiles mn ua me!
EJmphocyies etes. £; Moyens mononucléaires... 25 5 Monocytés Tr 4 0e 9
Anisocytose légère. HR
B. W. négatif. Le 2 ADN ARR SE RRQ RENE 2 0,24
Le malade est traité par des injections intra-veineuses d hyposulfite de soude à 10 > Vo quotidiennes. (x gramme par jour). é
L'éruption pâlit progressivement et le patient sort guéri le 5 juin 1942. fe
En résumé, il s’agit essentiellement d’une éruption purpurique des extrémités, d’origine mercuriellé, sans signes viscéraux d’ hydrargyrisme. RE
Nous insistons sur le fait que le malade n° a jamais. 1 eu les mains en contact direct avec la pommade mer- %
‘curielle. C’est, en effet, sa femme qui fit l'application ed onguent gris. Nous soulignons également que deux éruptions, de signification différente, se sont en réa-
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lité succédées : une première survenant dès le lende-
main de l’application et traduisant la réaction de la
peau à l’action irritative du mercure ;: une deuxième
se développant huit jours après et se rapportant à la réaction de l’ cote au passage du mercure dans
l’économie.
Afin de permettre une étude plus compréhensive du syndrome purpurique dans ses traits essentiels, nous allons immédiatement citer les quelques observations recueillies ; nous dégagerons mieux ainsi les caractères ressortissant à la symptomatologie et à la
pathogénie du purpura mercuriel.
Observation IT (ERrBAU).
o de purpura Amon causé Le le mercure.
(Observation résumée). :
John M..., âgé de 18 ans, forgeron, fut admis le 15 oc-
tobre à l'Hôpital Whitworth pour une pleurésie avec épanchement.
Il fut soumis, à cette occasion, au traitement usuel
consistant en saignées locales, vésications et frictions mer- curielles.
* sLe malade était presque guéri, lorsque le 9 novembre
les gencives devinrent légèrement sensibles. Il se plaignit
! Dogan dr mal LA tête et ae perte En une
la face et à la poitrine. [1 disparut un certain temps, puis il se montrait à nouveau pendant quelques jours et était alors accompagné par quelques points purpuriques disséminés irrégulièrement sur la poitrine, l'abdomen et les membres. Le purpura resta stationnaire jusqu’au 24 novembre. À partir de cette date, il pritun caractère très grave, et le 25 novembre, la surface entière du corps et des jambes, mais plus particulièrement la poitrine, était parsemée de taches purpuriques, généralement circulaires etau niveau desquelles la peau était légèrement surélevée. Les gencives, surtout la gencive supérieure, saignaient
sans cesse et le saignement s’accroissait encore chaque
fois que le malade essayait de boire. Du sang noirâtre-
s'écoulait aussi des narines. Un flot de sang était rejeté ë 1 . r . 2
lorsque le malade toussait. Les selles présentaient du
sang ainsi que les urines, qui étaient abondantes. Bruta-
lement le patient maigrit beaucoup; sa face devint pâle et
émaciée. Un souffle fut décelé au niveau de l'aorte. On
lui fit prendre du vin de Porto, du jus de citron, toutes les trois heures, en aussi grande quantité qu'il put en absorber. On ajouta une potion de circonstance. Le jour suivant, le 26 novembre, les urines étaient moins sanglantes et il y eut quelques selles mélaniques. Le 29 novembre, la fatigue du malade était extrême et sa maigreur
était très accentuée. De larges quantités de sang étaient
perdues par les selles, le pouls était petit, filant. On ne
parvint à maintenir le patient que grâce au vin de Porto,
dont il prit plus d’une bouteille et demie entre le début
de la nuit et le matin. Le 2 décembre, les forces étaient un
peu revenues. Il y avait moins de sang dans les selles et
dans les urines. Les gencives ne saignaient plus que légèrement, mais le pouls demeurait à 126, était petit. Le
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