‹ Le quadrilogue invectif 1923Chapitre 14 sur 55 · SONGE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

SONGE DE L'AUTEUR

et mesmement du mantel ou paille qui son corps couvroit, |

dont le merveilleux artifice fait à ramentevoir. De trois paires d’ouvraiges sembloit avoir esté tissu et assemblé. Premierement, en chief, d’ancienne brodeure enrichi de moult precieuses pierres y estoient figurees les nobles fleurs de lis tout en travers semees de banieres, gonphanons et “ensaignes des anciens roys et princes françois, en memoire de leurs rennomees victoires et de leurs loables entreprises. Ou my lieu se monstroient entaillees lectres, caratheres et figures de diverses sciences qui esclarcissoyent les entendemens et adreçoyent les oeuvres des homes. A la partie d'embas, qui vers terre pendoit, assez povoit on veoir pourtraîitures et entremeslees bestes, pluseurs | plantes, fruiz R etsemences tendans de leurs branches en hault et naissans de la bordeure d’embas comme de terre plantureuse et fertile.

Qu'en diroy je plus ? De si precieux et riche ouvraige estoit

basty cellui mantel et de si longue main avoiton mis paine a youvrer et faire l’assemblee des parties dont il estoit composé que, dessoubz le ciel, ne fut veu le pareil, se Fortune, envieuse de longue prosperité, l’eust souffert en sa beauté demourer ; mais tant lui despleut l’excellence et duree de si parfaicte oeuvre qu’elle tourna son pervers et senestre costé et ouvry voyes dont cellui mantel, assemblé par la souveraine industrie des predecesseurs, estoit desja par violentes mains froissez et derompuz et aucunes pieces violentement arrachees, si que la partie de dessus se monstroit obscurcie et pou de fleurs deliz y apparissoient qui ne fussent debrisees ou salies. Ne demande nul se la partie moyenne estoit neantmoins demouree entiere ne conjointe, et les lectres formees et assises en leur ordre, car si separees, decharpies et desordonnees furent que pou s'en povoit assembler qui portast proufitable sentence. Mais se nous venons a parler de la basse partie, ceste chose seule en peut on dire, que, tant la

veoit on usee, en gast et en destruction, par rudement

frapper, tirer et detçainer, que en plusieurs lieux lemprainte

de la terre apparoit descouverte et les arbres et semences comme desracinees, gectees et pendans au travers par paleteaux, si que on n’y peust cognoistre ordonnance ne espérer fruit. En somme tant estoit cellui habit changié par empirement de couleur et de beauté que ceulx qui tel le bastirent a paine y cognoistroient leur ouvraige. Du mantel me deporteray a tant de present pour ce que trop longuement ne vueil sur description demourer, ne ce n’est la fin de ce present quadrilogue. |

Toutes voies pour appliquer a mon intencion principale, vueil soubz briefté declairer les gestes et contenances de ceste dame. Ung riche palais ancien avoit de coste soy, : somptueusement edifié de murailles eslevees et dé haultes. tours, compassé, comprins et environné de diverses et diffe-

rentes habitacions'par engins de souverains ouvriers, enrichy

d’entailleures, paintures, armoeries et autres menueries a Pueil plaisans, mais, par negligence des maistres des oeuvres et en default de bonne reparacion, les eaues et les vens y avoient tel dommaige porté que de pluseurs lez estoit prest de fondre et verser tout jus, et n’y apparoit refection sinon aucuns appuys de foibles et petites estaies que pour passer temps et a la haste, non pas a durer, on avoit ça et la assises. ou et quant la ruyne sembloit greigneur et le peril plus prou-

fice et maison royal pres que de cheoir, elle, qui leans avoit

esté nourrie en abondance de biens et d’onneurs, descouvry

de dessoubz son mantel l’un de ses bras, couvert et paré de

fleurs de lis et de daulphins en quartiers, et estaioit le costé 3:

qui plus penchoit et par pesanteur s’enclinoit et tiroit grant partie du sourplus a tendre en ruyne, et contretenoit de cellui

bras le plus principal pan de mur et qui portoit le ‘branle

chain. Lors que ceste dame regarda cellui seigneurieux edi-

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