DEVOIR DE DÉFENDRE SON PAYS II
leurs cavernes a la force de leurs gris et de leurs dens.
Retournons au fait des.homes et jugons nous mesmes par autruy, et nous souviengne que, comme tesmoignent les ‘anciennes histoires, les Troyens pour leur pays defendre soustindrent le:siese des Grecs par dis ans devant leur cité. Et le peuple appellé Scite, en la guerre qu'il eut avecques le roy Daire de Perse, se mist tousjours en fuyte jusques ad ce . qu'il vint au lieu ou estoient les sepultures de leurs peres et predecesseurs, et illec se combatirent jusques a la mort,comme ceulx qui pitié naturelle de leurs parens et païz contraignoit a resistence eta garder le lieu de la naissance etsepulture de leurs lignées. Dure chose est a moy que ainsi me convient plaindre, mais plus dure et de mains de reconfort que vous, qui me devez soustenir, defendre et relever, estes adversaires de ma prosperité, eten lieu de guerdon querez ma destruction et
l'avancement de voz singuliers desirs. Mes anciens ennemis
et adversaires me guerroient au dehors par feu et par glaive, et vous par dedans me guerrolez par voz couvoitises et mauvaises ambitions. Les naturelz ennemis quierent moy oster liberté pour tenir en leur miserable subjection, «et vous me asservicez a l’usage de s0z desordonnances et lachetez, en cuidant demourer delivres des damgiers de ma fortune. Ilzmeportent dommaige comme partie contraire pour leur en- tréprinse d'armes et de chevalerie. Et vous, soubzumbred’amis et le nom d’amis et deffensenrs, parachevez ma perte et desertion par faulte de gouvernement convenable. Moult rudes et rigoureuses vous pourront sembler cestes mes parolles, maïs, a les comparoir a voz oeuvreset a ma necessité, elles sont 7 mendre austerité etaspresse que lecas quis’ioffre ne le requiert. Tournez voz yeulx et convertissez vostre jugement sur vous mesmes, denuez voz pensees de toutes affections qui vous meuvent a part, et vous cognoistrez que les pluseurs de vous laissent la seigneurie dont vous estes subgiez sans defense
Ut
exposee a toute fortune, comme la nef degetee par tempeste de mer qui va la voille baissee ou le vent et les vagues la dechacent. Vous grevez et guerroiez voz ennemis de ont Vous desirez leur desconfiture ‘par prieres et parolles, et ilz pourchacent la vostre par entreprinse de fait. Vous conseillez s de les dechacer, et ilz besoignent en vous dechaçant: leur travail et songneux desir de conquerir esbahit voz couraiges et vostre negligence de defendre enhardist leurs voulentez ; les lermes des femmes et les soubhais des hommes ne leur. Ÿ acquierent pas l’aide de Dieu ne l’accomplissement de leurs 10. vouloirs, mais aux travaillans saiges et curieux adviennent de don des cieulx et de leur pourchaz les prosperitez etles ressourses. Pensez que rien ne sufhist vouloir le salut et liberté pulblique et desirer la confusion de son ennemi, [+] il fault mectre la main a l’oeuvre, et de l’oeuvre vient la x. louenge et le guerdon. Mais ou sont doncques ceulx qui en : ces condicions chevalereuses quierent leur renommee et leur. perfection, quant ilz ne se apparoissent et mettent avant en besoigne et que entre les autres en peut on si pou choisir pour telz, donc ceulx qui bien font sont dignes de plus grant Do los? Ou est la prudence des clers et conseilliers, qui par leurs sens ont mains royaumes preservez et relevez souvent en perilleuses aventures ? Qu'’est devenue la constance et loyauté du peuple françois, qui si longtemps a eu renom de perse | verer loial, ferme et entier, vers son naturel seigneur sans . L querir nouvelles mutacions? Je me doubte que toustrois soient rabaissez et avillez de la dignité et devoir de leurs estaz. Je Pluseurs de la chevalerie et de nobles crient aux armes, mais ilz courent a l'argent ; le clergé et les conseilliers: parlent a deux visaiges et vivent avecques les vivans ; le EE peuple veultestre en sceurté gardé et tenu franc, et si est impacient de souffrir ae CHOr de seigneurie. de O tresredoutable et Don HET acoustumance de voluptez | 4