LE PEUPLE : SA MISÈRE
moy a la destruction de ma povre substance et de ma
miserable vie. Les ennemis sont combatuz de parolle et je le suys de fait. Regarde, mere, regarde, et advise bien
Ma treslangoureuse afllidtion et tu cognoistras que tous refuges me defaillent, les champs n'ont plus de franchise
pour administrer sceure demeure, et jen’ay de quoy les cultiver ne fournir pour y recueillir le fruit de nourreture. Tout esten autres mains acquis ce que force de murs et de fossez n’environne et encores en meilleures gardes a il souvent de grans pertes que chascun voit. Or convendra il les champs demourer desers, inhabitez et habandonnez aux bestes sau-
vaiges, et ceulx qui par travail de loial marchandise ont les
aucuns en leur necessitéz secouruz demourer despourveuz et
esgarez et perdre par courroux la vie aprés les biens ; le soc
est tourné en glaive mortel et mes mains, qui ont porté le
faiz dent les autres recueillent les aises en habondance, sont
souvent estraintes Jusques au sang espandre pour ce que je nay baillié ce que j'ay et ce que je n'ay mie. Si fault que le corps decline en default des biens et que en languour
soubz seigneurie dissipee et chargee de famille mendie. Je vif en mourant, voiant la mort ma povre femme et de :>tMes petis enfans et desirant la mienne, que tant me tarde que je la regrete chascun jour, comme cellui qui couroux, fain
et He de confort, mainent douloureusement a son derrenier jour. Du sourplus ne fault faire enqueste ne demande, les oeuvres sont publiques et le tesmoing en est intollerable famine, qui encourt et courra sus a ung' chas-
cun si amerement que tart sera de regreter la passee habon-
dance et vouloir par raison AAA le demourart des choses
consumees par oultraiges, et s’en ehsuivra que Nature, qui
chascun ensaigne a conserver sa vie par la recreation de men- ‘gier, Jaschera “0 bride et la licence de la ravir par force ou il sera, dont les commencemens sont ja moult merveilleux et
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les conclusions seront tant redoutables que la chose sera plus espoventable a veoir qu’elle n’est merveilleuse à ymaginer. | Ennuyeuse chose est a raconter et plus griefve a soustenir ma piteuse desolation, car jesuys en exilen ma maison, prisonnier de mes amis, assailli de mes defendeurs et guerroyé aux souldees dont le paiement est fait de mon propre chatel. Et pour faire une abhominable somme de mes males mescheances infinies, je ne voy autre demourant ou exploit des longues guerres de ce royaume, si non terres en fresche et pays inhabité, multitude de veufves et d’orphelins chetifz, mendians et desolez, et mutacion de biens, qui des mains de : ceulx qui les ont gaignez sont transportéz aux plus fors et. ravissans. Et telement est la chose menee et changee de sa nature que entre l’impetuosité des armes se taisent les lois, :
et Justice a laissié son siege tribunal ouquel se siet et preside .
Voulenté. Si a fait icelle ung tel edit que ce que Fortune veult elle peut, ce qu’elle peut elle accomplit, ce qu'elle accomplit elle appreuve, ce qu’elle appreuve est essaucié,
loé et non pugny. Par droicte comparaison la nostre police 2.
françoise semble maintenant l’ostel d’une mauvais mesna- D
gier | qui dissippe sa presente substance avant qu'il pour- 97]
voye a celle a venir, menjut sa vigne en verjus et vuide ses garniers hors de saison a sa comble mesure si que le pain lui fault'au plus grant besoing. Le fourmy se fournit et espargne en l’esté contre la durté de la froïdure et saison de
l’yver et prevoit sa necessité devant ce qu’elle le sourpreigne. …
Haa, hommes françois, vous faictes le ‘contraire et gastez avant la main ce dont vous deussiez aider es autres grans affaires,et mectez le fais de vostre guerre a la charge du Écbte
qui soubz vous deust demourer entier comme une espargne
pour secourir aux extremitez et POUF avoir recours en per“ verse fortune. LP