LE PEUPLE : SON DÉSESPOIR
Se je veisse que par chevalereuses hardiesses de la guerre, dont vous faictes le bruit, les ennemis sentissent la perte et le dommaige, le mien en seroit plus aisié à soustenir, mais tousjours mal souffrir, quant il ne redonde a aucun bien, fait le couraige cheoir en desespoir et perdre pacience entierement. Et quant pacience fault, qui soustient les courages
contre la durté de fortune et qui tient les autres vertuz alieez et conjoinctes, ne doubtez que elles se separent et departent. Si avient souvent que, pacience faillie, toute obeissance, subjection et constance, defaillent et tourne l’ordre de vertu -en desordonnee confusion. Assez le peut on noter et prendre
exemple du roy Roboan, qui, pour les oppressions de son.
peuple qu'ilne voult amendrir ne cesser en delaissant Le conseil des saiges anciens etensuivant la sote oppinion des jounes et non saichans, perdy de sa seigneurie dix hgntes et demie.
Le peuple si est membre notable d’un royaume, sans lequel les nobles ne le clergé ne pevent suffire a faire corps de police ne a soustenir Rte estas.ne leur vie, et ne me puis trop donner de merveille qu’il doye si estre habandonné
a toute infelicité et persecuté par les autres membres suboiez
a son mesmes chief, ne je ne voy meilleur similitude a ce © propos sinon que nostre police françoise est comme l’omme 7 #
furieux qui de ses dens mort et dessire ses autres membres”
Trop bien pourveurent a telz inconveniens les anciens Rommains quant, pour garder les parties de leur communité chascuné en sa dignité et en son ordre, ilz establirent les tribuns du pueuple qui avoient office pour icellui soustenir et defendre sa franchise contre le Senat et la puissance des nobles hommes. Ainsi n’est pas, car sans aide ne secours je suis delaissié es mains des ravisseurs comme la proye des autres qui me contraignent a crier a Dieu venjance contre eulx de l’importable et dure affliction qu’ilz me donnent. Car,
Se
. comme souvent repetent les anciens escrips, pour Ha. misere
sion de ceulx dont procedent teles iniquitez. Et je, qui suys
gier avoit la parolle et les esperiz afoibliz et come a un
22 LE QUADRILOGUE INVECTIP.
des povres et gemissemens des souffreteux la divine justice donne sentence de tresaigre punicion. Or s’en gard qui en coulpe s’en sent, car il n’est pas a penser que tant de cou- i raiges tormentez et de voix trespiteables, que comme par desespoir adrecent leurs criz et leurs plains aux cieulx, ne. esmeuvent a pitié la clemence du tresmisericors. et tout. puissant createur et que sa justice ne les sequeure a la confu-
en attente de ma mort et desesperé de ma vie, ne scey plus 10° autre part recourir. Ainsi descharge mon cuer envers … toy, mere treslredoutable, exempt de la coulpe de griefz [+] maulz dont je porte la paine, et me rapporte a ton bon. jugement de savoir a qui en est le blasme. Je doy bien estre tenu pour excusé et delaissié pour si chetif que je suis, sans : adjouster a ma misere blasme ou reproche, car douleur. Le mesaise me chacent a la mort si durement que je seiche sur … le pié sans attente de mieulx, ne je ne scay plus sinon maudire qui ce me fait, plaignant ma grant douleur dont Dieu par. sa pitié me vueille pectier et mectre briefment hors de ceste : langoureuse vie, puis que desormais n’y puis demourer fors en orphanté. | | . |
L'acteur. ; Atant se teut, car par mesaise de corps et Der de men
de douleur povoit a paine parler. Si prist les paroles celui . qui eh armes estoit, et commença lors a respondre tout haut et de cuer courroucié ce qui aprés cy est escript: