LE CHEVALIER : NÉCESSITÉ DE TEMPORISER
feroient assez grant marchié du sang des nobles hommes dont, s’ilz estoient perduz, le royaume ploureroit la mort puis aprés. Dieu me gard que je defende ou debate qu’il ne soit bon degrever et guerroyer ses ennemis et les combatre en lieu eten temps que on puisse trouver son avantage, et moult ya de vaillans chevaliers et d’escuiers en cestui royaume qui ne demanderoient pas plus grant eur que say y trouver pour faire leur devoir, mais en armes a il aussi bien sens pour attendre son bon et delay pour faire son preu en son avantaige comme il yaen marchandises ou en autres mendres affaires. Et doit estre reputé a plus grant honneur et louenge au chief de bataille savoir saigement retraire et sauver son ost et le tenir entier quant il est besoing que par trop aventureuse hardiesce exposer a perte et laisser atrempaänce et mesure pour cuider acquerir le nom de vaillance.
Il ne m'est besoing, pour ma raison confermer, de querir£
anciennes histoires du temps Hs mais nous vaille pour leçon ce que nous avons veu n’a gueres et de noz jours, et recordons a noz cueurs le fat de la maleureuse bataille d’Agincourt, dont nous avons chier comparé et encore plaignons la douloureux infortune et emportons sur nous toute celle malle mescheance, de laquelle ne pourrons saillir sinon par diligemment travaillier et saigement souffrir et chastier nostre hastiveté perilleuse par la sceurté de bonne attrempance.
Moult à grant difference, ou doit avoir, en conseil et en oeuvre entre le prince eureux de prosperité, qui veult icelle garder et defendre, et cellui qui de perverse fortune se veult ressourdre et oster la victoire de la main du vainqueur. Telle oeuvre avons nous a mener, en quoy plus chiet d’aguet et de sens que d’ouvraige de chaude colle. En pareil cas le monstra bien le saige Rommain Fabius Maximus au temps de sa dictature, aprés les innumerables pertes que firent les
va LE QUADRILOGUE INVECTIF
Rommains par la folle entreprinse de Varro le consul a la bataille de Cannes, a l’encontre de Hannibal lors eslevé en. # orlgueil par la haultesce de ses victoires, en. laquelle Fe bataille furent tant de nobles hommes perduz que pour magnifier sa victoire Hannibal envoya a Cartage troys muys ‘ des ue d’or qui orent .esté prins en loue dois. Mais Fabius, depuis ce, tint son ost ensemble et costoioit ses Es ennemis et les dommagoit peu a peu de gens et de vivres. Et
combien qu’il fust provoqué a bataille par Hannibal et que le peuple murmuroit contre luy qu'il ne combatoit, neant- : moins oncques ne voult souffrir que la chevallerie rommaine, deprimee par les victoires des adversaires, feustaung à coup et comme la derreniere foiz exposee es perilzde For- … tune, qui moult estoit favorable au vainqueur, ettantycon- : trestat que le peuple, en derogant au tiltre de son honneur, | E esléva en dictature et comme son compagnon Minicius, le" maistre des gens de cheval, etcellui qui soubz lui et son sub : gilet estoit fut son egal et son compaignon. Orcuida Minicius, pour assouvir le vouloir du peuple, soy combatre con- 1
tre Hannibal, mais il fut honteusement vaincu et eust perdu 2
ses legions, se Fabius ne leust secouru et rebouté ses à
ennemis. Ainsi fut contraint de rendre graces de son secours a cellui dont il avoit esclandé l’onneur et tenir pour vertu la, constance de Fabius qui paravant avoit appelee lacheté, par. laquelle le dictateur Fabius mena Hannibal si durement que, : a peu et sans dommaige de la chevallerie de Romme, quea tresgans et dures pertes aprés toutes ses victoires il fu decha- < cié Fi Itallie en Auffrique et fut vaincu et mort misera- . blement. à |
Plaise a Dieu que ainsi nous en puisse avenir, et si fera il & s’en nous ne tient, car quelque mal que nous souffrons pour nostre pechié et la division d’entre nous, François, qui accroist la force de l’adversaire, on voit clerement que ses ‘4