LE CHEVALIER : NÉCESSITÉ DU SACRIFICE
‘chose a dire si non que, en soy cuidant sauver a part, forclorre l’aide de ses biens au besoing commun et priver eulx
mesmes et la chose publique de l’usaige des biens qui
d’elle sont issuz, mais tant sont ilz deceuz que maintes fois
perdent leur chatel pour eschiver de proufiter au bien commun; et croy que le trop parleren charge ou accusation d’autruy ne soit ja chose trop louable. Je puis sceurement dire que oncques honneur, vertu et salut universel de Ja communité de la seigneurie ne fut mains empraint es couraiges
quil est de prèsent. Tournez voz yeulx a l’environ a cognoistre les condicions et les meurs des hommes de tous estas et vous verrez que les pluseurs songent a part soy une
singuliere forme de querir leur salut. Haa, Dieu tout puissant, se tous ceulx qui a ce se soubtillent joignissent ensemble leurs entendemens 4 cherchier la ressourse de leur
. seigneurie, ilz gaignassent a la prosperité comme le salut
de leurs estas et de leurs vies, quant par leurs parciaulx desirs ilz le perdent avecques la seigneurie qu’ilz delaissent en perdicion.
Or se plaint le peuple de nous, or crient et murmurent
les communes gens contre la seisneurie pour l'argent qui sur eulx est aucunesfois levé pour la defense du pays. Ilz veulent estre gardez et defenduz et si se font les pluseurs for-
cier de contribuer a la garde, ainsi que s’ilz voulsissent avoir les biens a leur part sans riens souffrir et nous laisser les perilz et les paines sans riens avoir. Nous ne povons pas
vivre du vent, ne noz revenues ne nous suffiront a sous-
- tenir les fraiz de la guerre, et se le prince ne recueult de son
peuple dont il nous puisse paier, et en servant a la com-
munité nous vivons des biens que nous trouvons, a Dieu
m'en rapporte d’avoir noz consciences excusees.
Et puis que l’adversité est commune a tout le royaume, il
est force que chascun en sueftre ce que Dieu lui en envoie.
Et Dieu sceit se nous en sommes quittes et exemps, car se l'on se plaint de nous ou nous allons, ceulx qui viennent et passent sur noz terres ne nous portent pas mains de orief dE que nous faisons aux autres ; ainsi, se tout estoit pesé ajuste | balance, les travaulx et les perilz que nous souffrons, les fraiz, despenses et dommaiges que nous soustenons, et de. l’autre costé les maulx que nous faisons, nous maurions mendre part de la douleur du peuple qui crie sur nous. Peut. estre que, soubz umbre de nous, mains grans oultraiges se font, car en guerre, ou la force estetregneetle fer seigneurif, ne peut do dominer ; mais, a bien enquerir, il seratrouvé que gens de peuple et d. bas estat, qui se mêéttent sus soubz le nom d’armes, sont coulpables de ces horribles excez, et naist d’entre ceulx du peuple le mal qui sur le peuple redonde, par quoy toute la charge n'en doit pas estre sur les 4 nobles hommes, qui mieulx amassent vivre sur le leur, en. leurs maisons, comme seigneurs, que. estre hebergez a. relgret et comme hostes en autruy dangier. à Se le peuple doncques se plaint et il est foulé et blecié, je 1 appelle Dieu en tesmoing que nous n’en sommes pas sains et. 20. que assez en avons nostre part. Et puis qu'il fault comparoir mal a mal, cest avantaige ont les populaires que leur bourse | est come la cisterne qui a recueilli et recueult les eaues et les . agoutz de toutes les richesses de ce royaume, qui es coffres . d. nobles et du clergié sont amendriz par la longueur de la 2 ouerre, car la cie des monnoies leur a diminué le paie-" ment des devoirs et des rentes qu’ilz nous doivent, et loutra= À geuse chierté qu'ilz ont mise es vivres et ouvraiges leur a creu l'avoir que par chascun jour ilz recueillent et amassent. Or ont vers eulx nostre chatel, et maintenant ilz crient con- : tre nous et nous blasment que nous ne: combatons a toutes | heures, comme ceulx qui peu doubtent mectre en aventure, | sans raison et ordre, la noblesce et le royaume, et qui.
Pt