‹ Le quadrilogue invectif 1923Chapitre 29 sur 55 · LE PEUPLE · texte numérisé non relu

LE PEUPLE

Or voyje bien que, ainsi que violence se donne droit par la force ou elle n’a riens, en semblable maniere veult oultrecuidance confundre verité par haultaines parolles et soy descharger de ses oeuvres vituperables sur ceulx qui mais n’en pevent. Dieu ! tant est affection humaine vaine chose ct muable, quant celle desloiale voye à mise Fortune en ses variables oeuvres, que, des ce qu’il meschiet aux chetiz, on leur met sus que c’est par leurs dessertes, comme cellui qui

son chien veult tuer et pour couleur de son fait lui met sus!

la rage. Tu | diz que je suis cause de ceste tresmaudite guerre et que je l’ay pourchacee et bastie par impatience de . la haulte prosperité de paix. Tu diz que par ma folle erreur etles partiz que j’ay desloiaument soustenuz est ceste con- fusion et maleurté sourvenue. Si te respons que la folie des

mendres hommes est fondee sur l’outraige des plus grans et que les pechiez et desordonnances descendent desgreigneurs

aux plus petiz. Car, selon ce que les princes et les haulx

Quadrilogue invectif, 3

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hommes se maintiennent en estat et en vie, le peuple . y prent sa rigle et son exemple soit de bien ou de mal, de paix ou d’esclandre. Pour ce te dy que de la grant planté de biens et des richesses du temps paisible les puissans et les nobles hommes ont usé en gast et dissolution de vieet en : ingratitude et descongnoissance de Dieu, qui a suscité contre N eulx le murmure . peuple Si est vostre ne à vie et U

et commencement Æ noz nues car, lors que Le biens ct. | les richesses multiplioient par le royaume et que les finances 10 ÿ habondoient comme sourse d’eaue vive, vVOz pompes des- * mesurecs, voz oisivetez aouillees de toutes delices et la des-

cognoissance de vous mesmes vous avoit ja et a bestourné

le sens, si que ambicion d’estaz, convoitise d’ avoiretenvie de gouverner, vous commençoient a mener a la confusion OÙ 15 vous estes. Et par ces trois estoit et est consumee la pecune | roial et les tresors de la seigneurie evacuez en temps d’abon-

dance, ne la multiplication de lavoir lors sourvenant detoutes pars ou la consideracion de la necessité avenir ne pevent

mouvoir voz courages a cognoistre qu'il soit expedient en

reserver au prince pour son besoing ne a pourveoir que tout

ne soit avant despendu que receu. Et comme la soïf aux ydropiques en bevant leur croist et augmente, ainsi qui plus en avoit plus en convoitoit avoir. Si estoit la voix du peuple comme les mouetes qui par leur cry denoncent les floz de la , mer, car nOz parolles, que tu appelles murmure, Roanne

des lors le meschief qui pour ces causes estoit a advenir. Or est ainsi que d’oultraige et de desordonnance vient mur- À mure, de murmure rumeur et de rumeur division et de divi-. sion desolation et esclandre. Et qui est cause de telz com- 3 mencemens ne doit pas. estre descoulpez, desquelles doncques, se tu me blasmes que en si dure adversité je ne A 1 puis pacience garder et en tes haultes prosperitez tu n’as peu .

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æ LE) PEUPLE …: FEAUTES: DES: NOBLES ETS

retenir atrempance ne moderaciom, ton inconstance doit estre

dicte mendre que la mienne et ton excusation mains rece-

vable de tant comme ton,sens et ton autorité est greigneure.

Venons à parler de la folle erreur et des nartiz que tu:

. macuses d'avoir soustenuz, et s’il estoit aussi grant besoing du dire comme il est honneste du taire de tel vice ou obprobre comme il y peut avoir, aucuns destiens ne s’en sauroient laver ne que moy. Et puis que l’oeuvre de fait va devant les affections et les parolles legieres du menu peuple, je me rapporte a toy de conclurre qui est de ce le plus chargié. Fant | puis je dire que j'ay creu ce que par lectres, par renommee et par predications et enhortemens de presumptueux clercs, on m'a mis es oreilles. Silz ont erré, a eulx en doit on demander le retour et sur eulx en soit la vengence, quant soubz umbre de nous esclarcir verité 11z nous ont mis en ces obscures tenebres.

D’une autre chose suis je par toy contraint de respondre, quant tu me notes de souppecon, de faulte d'aide et de reffuz ou doubte de recueil de toy et des tiens, et que tu affermes que ceulz du peuple, qui soubz ton umbre se sont mis sus, font les deliz dont tu acquiers- les mauvais loz. À peu de

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parolles, je ose affermer que tes faiz,, que chascun congnoist, me donnent plus cause de defiance vers toy que au prince ne donnent de confiance, et, se monstrer le fault, je produiroye exemples en lieu de raisons et nommeroye les lieux et les

villes ou pluseurs des tiens ont habité tant come les vivres ef les rappines des biens qu'ilz n’avoient pas acquiz les ont

peu soustenir, mais ilz ont failly aux pare quant la prove leur a failly, et prins des amis ce qu’ilz n'eussent ozé sur les

ennemis chalengier pour laissier les. eux aux ennemis qu’ilz s’estoient chargez de garder aux amis. Assez me vueil de

ceste chose taire a poy de parler, mais a ce que tu diz que

aucuns des miens font les maulx soubz umbre de toy, telz

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qu'ilz sont tu les as faiz et de ce qu’ilz font tu dois porter le

faiz. Tu leur es umbre a faire leurs iniquitez et ilz te font

umbre a multiplier tes vices et croistre ta compaignie de lar-

rons pour avoir plus de souldees et acquerir greigneur renom-

mee, dont tu destruis le peuple et ton honneur, et si te ren-

dent tes pechiez et l’orreur des cruaultez de ta compaignie indigne d’avoir la grace de bien faire, deffiez et descouragez

d’avoir victoire sur tes ennemis, et en la fin te mectront a confusion, se par meilleur adviz n’y donnes aucun prochain remede.

L'acteur. | Ung peu musa cellui qui en armes estoit et puis reprist en ceste maniere a parler :

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