‹ Le quadrilogue invectif 1923Chapitre 38 sur 55 · LE CLERGÉ : DÉSINTÉRESSEMENT · texte numérisé non relu

LE CLERGÉ : DÉSINTÉRESSEMENT

doivent avoir regard a ce que dit est ceulx qui trop pour | eulx y pourchacent, et plus en est sur eulx le pechié et la charge que sur le prince que franchise et noblesce de cou- raige fait doubter des siéns escondire, et qui se veult enrichir avecques ung prince necessiteux et accroistre trop gran-

dement sa substance et son estat des biens de cellui qui peu

en a pour la sienne sauver monstre par sa privee affection que son couraige est indigne de service publique.

Eoing de ceste acoustumance se gouvernerent les Peres

rommains, quant les pluseurs d’iceulx amendrissoient leurs * maisons et povoir et la magnificence de leurs estas pour non estre en charge en la chose publique en temps de necessité. D'un autre inconvenient ne me puis je pas taire, c’est que aucuns chiefs et conditeurs de gens. prennent largent des gaiges de leurs souldoiers sans le leur departir, en les faisant vivre sur le peuple, si encourent la villaine tache de iarrecin farcie de desloiaulté, et en soy continuant comme Îles grans larrons qui emblent a la seigneurie, nourrissent et soustiennent une niee d’autres larronceaux pour rober sur le peuple. À tant me deporte de ce propos fors que je adjouste ceste conclusion que loial subgiet ne doit pour le prouffit de la guerre en delaissier l’onneur. Et ceulx qui le bien de vertu et le salut publique, mesmement aux entreprinses de guerre, ne veulent plus que le gaing n’y feront ja au paraller oeuvre salvable. Car le proufit et la proye | mainent les affections lesieres et variables des convoiteux a soy mettre en aventure, , mais lonneur et la loiaulté des vertueux mainent le cuer, le | sens et l’entendement, a leurs vies exposer pour le salut publique. | 1 Des exemples peut on assez traire de pluseurs histoires en cest endroit et mectre avant pluseurs haulx et saiges hommes qui voluntairement ont voulu perdre la vie pour recou-

vrer a la chose publique sa prosperité. Comme Codrus, le

roy des Atheniens, qui ot en responce des dieux que, s'il

mouroit en la bataille qu’il menoit, que victoire seroit pour Jui, et combien que ceste responce feust venue a la cognoissance de ses ennemis et que defence feust faicte que nul ne

se embatist a ferir Codrus, toutesvoies il changa son abit

royal en abit de saquement, afin que nul ne l’espargnast, et par sa mort acquist victoirc 2 son peuple et a sa cité sceurté de ses ennemis. Marcius Curcius ne saïllit 1: sas en la tresparfonde ouverture de la terre qui advint ou inrchié de Romme, dont la cité estoit en peril, si ne se povoit comcer,

selon le dit des aruspices, sinon que la plus digne et noble chose romaine y feust descendue ? Mais le jouvencel, sai-

chant que proesce de noble cuer estoit la plus digne chose, saillit a cheval et tout armé dedens icelle abisme inestimable,

qui aprés lui se recloy pour le sauvement de la cité. Decius

se voua a mort pour sauver les lesions qu’il conduisoit et Sanson le fort, pour les Philistiens ennemis du peuple d'Israël acravanter et confondre, abbati sur soy et sur eulx par sa grant force la maison ou ilz tenoient leurs grans con-

viz. D’autres histoires pourroit on assez amener, mais il me

sufhst d’avoir monstré que chevance et avoir ne sont que accessoires et serves a vertu et comme chamberieres qui ministrent ce qu'est necessaire a fragilité humaine et si sont fortes a avoir, dangereuses a garder, a distribuer perilleuses,

douloureuses au perdre et necessaires a princes et seigneurs 25

a leurs guerres conduire et achever. Sans elle ne povons ceste oeuvre bien mener et toutesvoies elles nous deffaillent de fournir a suffisance et nous leur defaillons de les esploiter a proufft. | Reste maintenant le tiers point ou nous avons a declairer quelle obeissance doit estre gardee vers le prince guerroiant pour sa chevalerie et pour ses subgiez. Si fais ma premisse jouxte la tresgriefve sentence de Valere, que discipline de

sa

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