Je dois ce renseignement à l'obligeance de M. Polain
3. Pour les éditions des xvi' et xvii' siècles voir Brunet, Manuel, t. I, col. 1812-3.
A la treshaulte et excellente majesté des princes, a la très- içi honnouree magnificence des nobles, circonspection des clers et bonne industrie du peuple François, Alain Charretier, humble secrétaire du roy nostre sire et de mon tresredoubté seigneur monseiojneur le règlent, lointain^ immitateur des 5 orateurs, salut en crainte de Dieu, humiliacion soubz sa justice, cognoissance de ses jugemens et retourner a sa miséricorde soubz la pointure de sa punicion.
Comme les haultes di2[nitez des seigneuries soient establies soubz la divine et infinie puissance qui les eslieve en 10 florissant, en prospérité et en glorieuse renommée, il est a croire et tenir fermement que, ainsi que leurs commencemens et leurs accroissances sont maintenues et adrecees par la divine providence, ainsi est leur fin et leur détriment par sentence donnée ou hault conseil de la souveraine 's sapience, qui les aucuns verse du hault trosne de impérial seigneurie en la basse fosse de servitute et de magnificence en ruine et fait des vainqueurs vaincus et ceulx obéir par crainte qui commander souloient par autorité. Mais quant doulce miséricorde entremeslee avecques droicturiere jus- 20 tice donne sur les princes et sur le peuple le décret de plus attrempee punicion, l'orgueil de trop oultrecuidié povoir qui se descognoist est rabaissié par puissance ennemie, la superfluité des biens mondains, qui est nourrice de sedicions et de murmure, est chastiee par sa mesmes nourreture et 23
Quadrilcguc iiivcctif. i
2 LE QUADRILOGUE IXVECTIF
l'ingratitude [des dons de Dieu est punie sur les hommes par susrracion de sa grâce que après bon amendement et loiale correction a renvoyé et redrecié les seigneuries et les peuples en parfaitte .paix et restitucion de leur disposicion première. Ainsi divise ses grâces mers'eilleusement selon la diversité des personnes, des lieux et des temps, j et, comme maistre seigneur, mue, croist et amendrist, fait et deffait en ses oeuvres selon sa tresraisonnable voulenté que nul ne puet décevoir.
Encore, selon les drois de Nature qui ont leur commencement en la divine providence et l'instrument de leur ouvraige ouniiouvement, en la lumière et en l'influence des corps celestielz, nous demonstrent les maistres de tresinestimable science d'astrologie que ou livre des cieulx, qui en si large volume est escript de tant diverses empraintes et ymaiges, se peult cognoistre le cours et la durée des seigneuries et des citez, que les naturiens appellent période, et que elles ont leurs maladies et leur mort comme les hommes en leur endroit. Ainsi celJui qui puet tout départ et retranche les puissances et de sa pardurable éternité mue les choses qui soubz le temps decourent. Et lui, qui est infiny en hault povoir, met commencement, moyen, et fin en toutes ses oevres soubz le mouvement des cieulx, comme le potier qui a tour de sa roe fait d'une mesme masse divers pots de différentes façons et grandeurs, et les grans decasse et derompt, se bien ne lui plaisent, pour en faire des petiz, et de la matière des mendres refait il les plus grans.
Et se mémoire vous puet aucune chose ramentevoir et les anciens livres de noz pères apprendre a cognoistre noz faiz par les leurs, toutes anciennes escriptures sont pleines de mutacions, subversions et changemens des royaumes et des principautez, car comme les enfants naiscent et croiscent en hommes parfaiz et puis déclinent a viellesce et a mort,