PROLOGUE
ainsi ont seigneuries leur commencement, leur accroissement et leur déclin. Ou est Ninive, la grant cité qui duroit trois journées de chemin ? Qu'est devenue Babillone, qui fut édifiée de matière artificieuse pour plus durer aux hommes, et maintenant est habitée de serpens ? Q.ue dira l'en de s Trove la renommée et la tresriche, et de Ylion, le chastel sans per dont les portes furent d'ivoire et les columpnes d'argent, et maintenant a paine reste le pic des fondemens que les haulx buissons forcloent de la veue des hommes ? Thebes, qui fut fondée de Cadmus, fils d'Agenor, lo et la plus peuplée de dessus la terre en son temps, en quelle part pourroit l'en trouver tant de reliques de son nom que gens se puissent monstrer nez de sa semence ? Lacedemone, par qui les lois vindrent a diverses nacions desquelles encores nous usons, ne pout oncques tant estroictement garder les 15 lois de Ligurgus le droicturier, qui furent faictes pour sa perpétuation, que sa vertu ne soit estaincte et anéantie. Athènes, fontaine de sapience et sourse des haultes doctrines de philosophie, n'est elle pas en subvertion et les ruisseaulx de son escolle tariz et asséchiez ? Cartage la bâtai lleresse, 20 qui avoit dompté les elephans a batailler et qui jadis fut tant redoutable aux Rommains, ou a elle tourné sa grant gloire sinon en la cendre du feu dont elle fut arse et embrasée ?
Mais parlons de Romme, qui fut derreniere en souveraine s magesté et excellente en vertu, et notons bien la parolle de Lucan qui dit que d'elle mesmes, par sa pesanteur, elle decheut, car les trop pesants fais font les griefves choistes. Par ceste manière, chascune en son tour et en son ordre, si changent, jrabbaissentou subvertissent, les eureuses fortunes içs] el le bruit des royaumes, ainsi comme la monarchie du monde et la dignité du souverain empire fut jadiz translatée des Assiriens aux Persans et des Persans aux Grecs,
des Grecs aux Rommains, des Rommains es mains des François et des Germains. Et combien que ces choses soient assez évidentes a cognoistre, si y errent les pluseurs. Car, en racontant les faiz qu'ilz cognoiscent a l'oeil, ilz demeurent en descognoissance de la cause. Et pour ce que les jugemens 5 de Dieu, sans qui riens ne se fait, sont une abisme parfondc ou nul entendement humain ne sceit prendre fons et que noz sens sont trop foibles, noz ans trop cours et noz affections trop fraelles a les comprendre, nous imputons a Fortune, qui est chose faincte et vaine et ne se peut revencher, 10 la juste venjance que Dieu prent de noz faultes, laquelle, ainsi que dit Vallere, vient bien a tart, mais la longue attente est récompensée par aggravement de peine.
Comme doncques, en l'an mil un- xxii, je veisse le roy anglois, ancien adversaire de ceste seigneurie, sov glorifier 15 en nostre ignominieux reproche, enrichir de noz despoilles et despriser noz faiz et noz couraiges et des nostres, qu'il a vers soy atraiz, fortifier les voulentez a son aliance, et avecques ce noz vices croistre avecques le temps et a noz aveuglées affections adjouster tousjours quelque chose a 20 nostre confusion, j'ay conclut en ma pensée que la main de Dieu est sur nous et que sa fureur a mis en oevre ce flaiel de persécution, et av curieusement encerchié par les discours des Sainctes Escriptures les faultes et les punicions de noz pères et des primerains et en grant craincte debatu en ma 25 pensée se ceste douloureuse affliction en est en verge de père pour nostre chastiement ou en rigueur de juge pour nostre exterminacion. Et entre autres escriptures, comme je leusse le tiers chapitre de Ysaïe, le cueur m'est troublé de freeur et les yeulx obscurcie de larmes, quant je voy sur .k nous les coups feruz qui sont signes de mort et donnent ensaignes de la divine indignacion, se nous n'y querons briefves medicines. Et qui plus avant en veult entendre lise