LE CHEVALIER : FAUTES DU PEUPLE
d'Israc'l encontre leurs chief^, vindrent sur eulx es temps de Moyse et d'Aaron, dont les aucuns furent vifs transgloutiz en terre, les autres devourez de serpens et embrasez du feu qui du ciel descendy.
Confesse maintenant ce que tu ne peus denyer et bat ta =, coulpe de tes mauvais péchiez et ramentoy a toy mesmes que tu crias « Noël » de grant feste et joieuse leesce du douloureux fait pour lequel tu dis maintenant « Helas » cent \^ fois le jour, et requier Dieu qu'il te pardonne ton aveuglement et ta folie, non pas qu'il pugnisse les autres, qui pour lo icelle erreur seutfrent avecques toy et dont tant de preudommes ont estw tant horriblement es champs enfouyz et es villes mors par aucuns des tiens a pluseurs et diverses fois et sans miséricorde, tant que l'esclande en est es autres royaumes a la perpétuelle honte et diffame du peuple fran- 13 cois, qui es temps passez estoit renommé de toute bénignité. Toutes ces choses sont cogneues et notoires et m'en rapporte a Dieu qui les voit, et neantmoins je les passe, car ameres sont a ramentevoir, fors tant que je ne me pourroye tenir dédire que la legiere foy muable et petite loiaulté des subgez 20 a cestc seigneurie est mouvement et occhoison de la venue de noz ennemis sur nous, qui autrement n'en eussent prins le hardement. Et puis que parler en fault si avant et que tu me donnes reprouche de lascheté, je te ose dire que ton enfermeté et petite cons|tance est grant cause que mieulx î,oi ne se fait, car en plusieurs lieux, non pas en tous, qui ne se donroit aussi grant garde de toy que des ennemis, ta folie et petite foy feroit de haulx dommaiges que tu mesmes et autres acheteroies puis après. De rechief, pour ce que tu te plains si trestristement qu'il semble que nul ait douleur ou 30 mesaise fors que toy mesmes et ne comptes a rien les autres fortunes qui souvent aviennent a ung chascun, et combien que chascun son dueil plaigne, ne penses tu pas que les
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nobles hommes en leur estai aient a souffrir autant que tu as ? Quans en est il de haulx hommes et de nobles dames exiliez de leurs pais et mal receuz entre toy et les autres, despourveus de tous biens, souffreteux de confort et aggravez de douleur pour leur loiauté acquiter et garder. 5 Quantes malles nuiz et disete de boire et de menger endurent souvent ceulx qui le mestier de la guerre fréquentent, chargez de fer au vent et a la pluj'e, sans autre couverture que du ciel et v perdent souvent leurs chevaulx et leur chatel, mettent leur vie en aventure 3e mort et de fait y meurent. Et dont les pluseurs pour se mectre en point de bien servir ont leurs terres vendues et engaigees et par après cheent en povreté. Et ung grant bourgois, qui compte ses deniers par default d'autre besoigne, ou ung riche chano3'ne, qui exploicte le plus du temps a menger et 15 a dormir, criera sur nous pourquoy nous ne combatons et que nous ne chaçons les ennemis comme l'en chaçeroit les coulons d'une cheneviere ou d'une pesiere, et ainsi que s'il estoit aussi legier a faire comme a le deviser sur le coûte, coste le vin. Mais toutesvoies ceulx qui ainsi jugent de la 20 guerre en leur fouyer n'en laisseroient ung jour de leur aise, ne n'en debourseroient ung denier, sinon a regret et en le plaignant comme chose perdue, quant il fault que puissance de prince v mette la main, et, se nous avions besoing, nous recueuldrovent a paine aussi peu que les ennemis. 25
De ceulx viennent les clameurs et les plaintes qui sont plus fourniz et plus aises que nous ne sommes, mais l'affliction est sur le peuple de labour et avons les paines et le travail. Je ne parle pas de tous, car assez en est de preudommes constans, mais les meurs que je dy sont plus souvent trouvez jo en ceulx qui plus mectent avant de plaintes et de murmures, et tant y a, dont je me tavs, qu'il ne chault a plusieurs qui tiengne la seigneurie, mais qu'ilz soient prouchains des
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proufiz et loingdes pertes, et plus choisiroient desavouer leur naturel seigneur pour garder et accroître leurs richesses que souffrir perte pour demourer en loiauté. \'oulsist Dieu que chascun eust toujours eu le bien publique etl'onneur de la seigneurie devant les yeulx et que les couraiges y eussent s esté fermes et arrestez comme ilz doivent. Helas, nous ne feussons pas cheuz en cest inconvénient ou, se Fortune eust esté si puissant sur les loiaulx et entiers couraiges qu'elle nous eust ung pou rebouté de prospérité, au moins nous feussons nous plustost ressours par l'union et fermeté de lo noz voulentez. Autrement est, car, aussi comme l'une maladie atrait l'autre, ainsi viennent les afflictions des hommes d'une mutacion. En plus grant l'exemple en est cler, car nous avons quis division | en nous mesmes pour trouver 79 mutacion de gouvernement entre nous, et d'entre nous is l'avons de rechief mis dehors de nous et de hors nous contre nous. Il appert quant pour soustenir une oultrageuse et desloiale folie nous avons tant allé d'un a autre que nostre souverain seigneur est baillié a gouverner es mains de son mortel ennemi. O constance, treslouable vertu et di^ne de 20 mémoire perpétuelle, par qui les seigneuries sont faictes longuement durables et les hommes, quoy qu'ilz seuffrent, cschappent a honneur des dangiers de perverse fortune, bien as trouvé peu de couraiges françois qui ta doctrine aient en ces merveilleux dangiers de guerre ensuye, et bien heureux 25 sont ceulx qui, en si griefve tempeste et troublée confusion, se sont maintenuz sans reprouche. Toutesvoies, quov qu'il soit advenu ou temps passé, nous devons assez avoir aprins pour noz couraiges rafermer a ce qu'est avenir et aidier a redrecier par meilleur advis ce que nous mesmes avons bes- ,?o tourné par folle créance, et n'y doit nul epargnier péril de corps, travail de pensée, ne despense de chevance.
Assez trouvons es histoires rommaines de malles aventures
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survenues aux Rommains et que Fortune avoit misjusques au bas, mais de tant se ressourdoient ilz plus vertueusement comme le besoing les rendoit plus contrains a ce, et, s'ilz avoient perdu des chevaliers, il/, en establissoient de nouveaux et mettoient sus des gens de tous estas, mesmes des 5 serfs, et les apprenoient et faisoient exerciter aux armes, et par la cure et ordonnance qu'ilz y mettoient s'en aidoient en leurs batailles et devenoient vaillans et hardiz, car en toutes choses usaige rent les homes seurs et hardiz et arrestez en leurs oeuvres, D'autre part, se le trésor de Romme estoit des- 10 garny de pecune, chacun bailloit liberalment le sien et mesmement les dames leurs précieux joyaulx pour secourir a la necesssité publique et reacheter le temps de prospérité commune de leur propre chatel, ne riens ne leur estoit plus chier que ce qu'ilz exposoient pour la seigneurie et bien 15 publique de leur cité. Encor, afin de monstrer par exemple, que au besoing commun des Rommains nulle chose particulière, tant feust précieuse, n'estoit espargnee ne recelée, racompte Vegece que, comme aux engins de guerre, dont les Rommains defendoient le Capitole de Romme, feust défailli 20 le cordage, les dames de Romme firent couper leurs blons cheveux et bailler pour faire cordes et secourir a la publique nécessité, et consentirent leur plus chier et naturel adournement estre converti en rude mistere et traitié par les dures mains d'ouvriers mécaniques ce que depuis l'eure de leur 25 naissance avoient cspargné sur leurs chiefs et de leurs mains soigneusement cultivé.
Maintenant, las, dolent, m'est advis que je voy le contraire ; orendroit dit le père a son filz et le voisin a son prouchain : « Beaux amis, le temps est merveilleux et ne savons 30 comment Testât des choses présentes tournera, si fault mucier, I garder et enfouir en terre ou faire transporter en ffo] autres païz noz avoirs et noz chevances. « Qu'est ce autre