RÉPLIQUA DU PEUPLE
pertes ont esté et sont grandes et ses dangiers merveilleux, et, se nous savons mectre paine a le saigement grever et avoir pacience de souffrir, trop plus legiere chose est a nous, si fortunez que nous sommes, de le dechacier que a lui, si exaucié comme il cuide, de nous conquérir. =,
Pren doncques en gré, mère, ce que le peuple me contraint de respondre et juge de nostre débat a ton bon plaisir, car de ma part je m'en cuide assez estre deschargié.
V acteur.
A paine eust mis cestui fin a ses parolles que cellui qui u. premier avoit parlé print a répliquer, par impacience de ouir reprouchier ses faultes, et dist :
Le peuple. '■ .
Or voyje bien que, ainsi que violence se donne droit par la force ou elle n'a riens, en semblable manière veult oultre- 15 cuidance confundre vérité par haultaines parolles et soy descharger de ses oeuvres vituperables sur ceulx qui mais n'en pevent. Dieu ! tant est affection humaine vaine chose et muable, quant celle desloiale voye a mise Fortune en ses variables oeuvres, que, des ce qu'il meschiet aux chetiz, on ^c leur met sus que c'est par leurs dessertes, comme cellui qui son chien veult tuer et pour couleur de son fait lui met sus la rage. Tu | diz que je suis cause de ceste tresmaudite 2c guerre et que je l'ay pourchacee et bastie par impatience de la haulte prospérité de paix. Tu diz que par ma folle erreur 2^ et les partiz que j'ay desloiaument soustenuz est ceste confusion et maleurté sourvenue. Si te respons que la folie des mendres hommes est fondée sur l'outraige des plus grans et que les péchiez et desordonnances descendent desgreigneurs aux plus petiz. Car, selon ce que les princes et les haulx 30,
Quadrihouc invectif. 5
34 LE QUADRILOGUE IXVECTIF
hommes se maintiennent en estât et en vie, le peuple V prent sa rigle et son exemple soit de bien ou de mal, de paix ou d'esclandre. Pour ce te dy que de la grant planté de biens et des richesses du temps paisible le^ puissans et les nobles hommes ont usé en gast et dissolution de vie et en ^ ingratitude et descongnoissauce de Dieu, qui a suscité contre eulx le murm.ure du peuple. Si est vostre desmesuree vie et vostre desordonné gouvernement cause de nostre impacience ^^ et commencement de noz maulx, car, lors que les biens et les richesses multiplioient par le royaume et que les finances n y habondoient comme sourse d'eaue rive, voz pompes desmesurees, voz oisivetez a.ouillees de toutes délices et la descoo^noissance de vous mesmes vous avoir ja et a bestourné le sens, si que ambicion d'estaz, convoitise d'avoir et envie de gouverner, vous commençoient a mener a la confusion ou is vous estes. Et par ces trois estoit et est consumée la pecune roial et les trésors de la seigneurie évacuez en temps d'abondance, ne la multiplication de l'avoir lors sourvenant de toutes pars ou la consideracion de la nécessité avenir ne pevent mouvoir voz courages a cognoistre qu'il soit expédient en reserver au prince pour son besoing ne a pourveoirque tout ne soit avant despendu que receu. Et comme la soif aux vdropiques en bevant leur croist et augmente, ainsi qui plus en avoit plus en convoitoit avoir. Si estoit la voix du peuple comme les mouetes qui par leurcrv dénoncent lesfloz de la 2^ mer, car nozparolles, que tu appelles murmure, signifioient des lors le meschief qui pour ces causes estoit a advenir. Or est ainsi que d'oultraige et de desordonnance vient murmure, de murmure rumeur et de rumeur division et de division désolation et esclandre. Et qui est cause de telz com- 3^ mencemens ne doit pas estre descoulpez, desquelles doncques, se tu me blasmes que en si dure adversité je ne puis pacience garder et en tes haultes prosperitez tu n'as peu