‹ Le quaker et la danseuseChapitre 17 sur 33 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

(Reprenant l'air.) De sa voix plaintive

J'entends

Les accens.

Près d'elle j'arrive ;

« Suis-moi

» Sans effroi.

)) Et si de mon zèle » Tu veux me payer , » Prends-moi , damoiseile , » Pour Ion chevalier. »

Le voilà!.. 0 pouvoir de l'harmonie!

SCKiNE X.

GEORGLXA, DARSIE , MORTON.

MOUTON , entr'ouvranl la porte avec précaution, et s'avançanl eu parlant à demi-voix.

Taisez-vous donc... laisez-vous donc!

GEORGINA et DARSIE, étonnés.

Comment!

MORTON

Vous faites-là un bruit qui va réveiller ce pauvre Patrick... car il dort... et je viens vous dire de finir.

GEORGINA , avec ironie et dépit.

Quoi ! c'est pour cela que raonsieur^a pris la peine de venir ?

MORTOJÎ.

Sans doute... cela m'impatientait.

DARSIE , à part.

Si jamais celui-là fait un dilettante !

MORTON, à Georgina.

Te voilà prévenue... Adieu.

GEORGINA, bas à Datsie.

Trouvez moyen de le retenir , ou il nous échappe encore.

DARSIE.

Soyez tranquille. (Arrêtant Movton au moment où il va rentrer dans la chambre. ) Monsieur Morlon.

MORTON

Comment, tu sais mon nom?

DARSIE.

Qui ne le connaît pas?... Chacun sait que vous êtes l'homme d'Angleierre le plus obligeant , et nous avons un service à vous demander.

MORTON *

Un service ! Me voilà , frère... dispose de moi. Je ne t'aimais pas... tu me déplaisais. Mais tuas besoin de moi, nous sommes amis... Que veux-tu?

DARSIE.

Je vais épouser miss Georgina.

MORTON

Est-il possible!

GEORGINA

Oui, vraiment... Oh! ce n'est pas un quaker ; il n"a pas de préjugés. Est-ce que cela te fâche ?

tjcorgina, Morlon, Darsie.

MORTON , froidement à Uarsie.

Je l'en fais compliment.

GEORGINA , l'observant avec curiosité.

Du fond du cœur?

MORTON , regardant Georgina avec regret. Oui... à lui.

GEORGINA , gaîment.

El à moi aussi. Je te plairai... je ne serai plus danseuse. Je serai une grande dame... Tu aimes les grandes dames?

MORTON

Moi :

GEORGINA

Oh ! tu les aimes... et comme je vais être marquise, j'ai de l'espoir.

MORTON

Marquise , ou non, tu seras toujours...

GEORGINA

Hein!

MORTON

Toujours la même.

GEORGINA, d'un air doucereux.

Et que suis-je donc?

MORTON

Je ne veux pas le dire, car j'ignore pourquoi; mais il y a dans le son de ta voix, dans tes regards , quelque chose qui m'irrite , qui me mettrait en colère... ce qui ne m'arrive jamais. (A Darsie. ) Parle, toi; que me veux-tu?

DARSIE.

J'ai mes témoins pour le contrat et la cérémonie; mais miss Georgina n'en a pas.

GEORGINA

Et si tu voulais m'en servir...

MORTON

Moi , ton témoin !

GEORGINA

Pourquoi pas?

MORTON

Tu me connais d'aujourd'hui seulemenU

GEORGINA

C'est assez pour t'estimer, l'apprécier , et le demander un service.

MOUTON

D'ordinaire, cela regarde les parens.

GEORGINA

Si je n'en ai pas... si je suis orpheline.

DARSIE.

Vraiment!

Je n'ai jamais eu d'autre famille que mistriss Mowbray , une maîtresse rie pension , chez qui j'ai été élevée.

MOUTON , cherchant à se rappeler.

Mistriss Mowbray... J'en ai connu une à Cantorbéry.

GEORGINA

C'est celle-là... un célèbre pensionnat, très distingué... très cher... où je m'ennuyais a périr. MORTON, rêvant.

Cela se trouve à merveille : service pour ser-

J.K Ql AKER ET LA DANSEUSE.

vice; j'en ai aussi un a le demander. Puisque tu as été élevée dans celle maison , y as-tu connu , il y a sept ou huit ans , une jeune filie que l'on nommait miss Barlowe?

GEOUGINA, troublée, et avec emotiou.

Miss Barlowe ! Je l'ai connue beaucoup... Quel intérêt y prends-tu? dis-le moi... Je le veux... je t'en prie... Mais voyons donc.

MORTO' , froidement.

Un défaut de plus... tu es curieuse! Malheureusement pour ta curiosité , l'histoire que j'ai à te dire n'a rien d'extraordinaire ni d'intéressant. Il y a huit ans , à peu près , et c'était lors de mon premier voyage sur le continent , j arrivai au milieu du jour à Cantorbéry ; et selon l'usage, pendant qu'on changeait nos chevaux , une foule de mendians entouraient ma voilure. Je leur jetai une poignée de monnaie, sur laquelle ils se précipitèrent tous ardemment, excepté un enfant , une petite fille de neuf ou dix ans , qui , couverte de haillons, se tenait à l'écart en pleurant... Je descendis, j'allai à elle, et lui offris une pièce d'or... « Gardcz-la , me dit-elle , en me montrant les autres pauvres; ils me la prendraient. — Et pourquoi? — Je suis seule au monde. J'ai faim, j'ai froid , et je n'ai plus de père. — Tu en as un , lui dis-je , viens ! » Et je l'emmenai.

OARSIE.

Sans autre information , sans autre litre?

MOUTON , froidement.

Elle avait froid... et elle avait faim.

GEOKGINA , avec atlendiissenieiit.

\h ! continue , je t'en prie.

MORTO.N

3Ia première idée fut de la fdire mouler dans ma voiture. Mais que faire d'un enfant, pendant un voyage de long cours? Comment la soigner, l'élever ? moi , garçon , qui marche toujours seul ? J'étais donc au milieu de la rue , la tenant par la main , et fort embarrassé d'elle et de moi , lorsqu'en levant les yeux , je vois écrit au-dessus d'une grande porte cochére : Pensionnat de jeujies ladies. — Mislriss Mowbray , institutrice, etc. , etc. J'entre ; je demande la maîtresse de la maison ; je lui conlie ma jeune protégée , que je la prie d'élever comme une princesse, sous h; nom de miss Barlowe , une parente que j'avais perdue. Je paie quatre aimées d'avance , le tem|ts pendant lequel je devais être absent; el enchanté de ma rencontre , je remonte en voilure; et le soir jélais a Douvres... de la, en France, en Prusse, <!n Allemagne , et caetera... mon tour d'Europe

OARSIE.

El vous n avez pas eu de ses nouvello?

Une fois... au bout de quatn- ans, lors de mon letour, je voulais voir par moi-même...

DAIISIK.

.M elle .i\ait fait des progrès...

.VIORTON , froidement.

De très grands... Elle avait di-sparu depuis un an, avec son maître de danse qui l'avait enlevée.

DARSIE.

.\dmirable... Passant à la droite de Georgina.) Je ne m'attendais pas au dénoûment.

MORTOX.

Ai moi non plus.

GEORGI>A.

Et vous cherchez à savoir ce qu'elle est devenue pour vous venger?

DARSIE.

Pour la punir?

MORTON

IN'on, ami... pour lui offrir mes secours cl mes conseils... Car maintenant, plus que jamais, elle doit en avoir besoin.

GEORGINA

Ah ! quel excès de bonté !

Qu'avez-vous donc ?

GEORGINA, à demi-voix.

Moi ! rien... Laissez-nous, de grâce.

DARSIE.

Vous voilà tout émue.

GEORGINA, s'efforçanl de sourire.

Pouvez-vous le penser?

DARSIE, vivement, à demi-voix.

C'est donc exprès?... C'est bien, très bien... Une émotion de commande... Puisque cela va commencer, je vous laisse... Je reviendrai dans l'instant... .savoir où nous en sommes.

(Il entre dans l'appartement de Georgina.)

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