‹ Le quart livreChapitre 23 sur 241 · Chapitre IX ue · texte numérisé non relu

Chapitre IX ue

hay! s’escria Panurge, venez veoir une eftrille, une fau et un veau. N'est ce estrille fauveau ? Ce fauveau à la raye noire doibt bien souvent estre estrillé.”’ Un autre salua une sienne mignonne, disant: ‘“ Adieu, mon bureau.” Elle luy respondit : “ Et vous aussi, mon procès. — Par sainét Treignant8, dit Gymnaste, ce procès doibt estre soubvent sus ce bureau.” L’un appelloit une autre: mon verd. Elle lappelloit son coquin. “II y a bien là, dit Eusthenes, du verdcoquin.” Un autre salua une sienne alliée, disant : “ Bon di, ma coingnée.” Elle respondit : “ Et à vous, mon manche. — Ventre bœuf, s’escria Carpalim, comment ceste coingnée est emmanchée ? Comment ce manche est encoingné ? Mais seroit ce poinét la grande manche? que demandent les courtisanes Romaines ? Ou un cordelier à la grande manche ?”?

Passant oultre, je veids un averlant qui, saluant son alliée, l’appella : mon matraz, elle le appelloit : mon lodier19, De faiét, il avoit quelques traiétz de lodier lourdeault. L’un appelloit une aultre: ma mie, elle Pappelloit: ma crouste. L’un une aultre appelloit sa palle, elle l’appelloit son fourgon. L’un une autre appelloit ma savate, elle le nommoit pantophle. L’un une aultre nommoiït ma botine, elle l’appelloit son estivalleti1, L’un une aultre nommoiït ma mitaine, elle le nommoit: mon guand. L’un une aultre nommoit sa couanc, elle l’appelloit son lard ; et estoit entre eulx parenté de couane de lard.

En pareille alliance, l’un appeloit une sienne : mon homelaicte, elle le nommoit; mon œuf; et estoient alliez comme une homelaiéte d’œufz. De mesmes un autre

appelloit une sienne: ma trippe, elle l’appeloit son fagot. Et oncques ne peuz sçavoir quelle parenté, alliance, affinité ou consanguinité feust entre eulx, la rapportant à nostre usaige commun, sinon qu’on nous dist qu’elle estoit trippel? de ce fagot. Un aultre, saluant une sienne, disoit : “ Salut, mon escalle.” Elle respondit : Et à vous, mon huytre. — C’est, dist Carpalim, une huytre en escalle.” Un aultre de mesmes saluoit une sienne, disant : ‘“ Bonne vie, ma gousse.” Elle respondit : ‘“ Longue à vous, mon poys. — C’est, dit Gymna$te, un poys en gousse.” Un autre grand villain claquedens, monté sus haultes mulles de boys, rencontrant une grosse, grasse, courte guarse, luy dist: ‘“ Dieu guard mon sabbot, ma trombe, ma touppie.13? Elle luy respondit fierement : ‘ Guard pour guard, mon fouet. — Sang sainét Gris14, dist Xenomanes, est il fouet competent pour mener ce$te touppie ? ?

Un doéteur regent, bien peigné et testonné, avoir quelque temps devisé avecques une haulte demoiselle, prenant d’elle congié, luy dist : “ Grand mercy, bonne mine. — Mais, dist elle, très grand à vous, mauvais jeu. — De bonne mine, dist Pantagruel, à mauvais jeu n’est alliance impertinente.”’ Un bachelier en busches15, passant, dist à une jeune baschelette : Hay, hay, hay! Tant y a que ne vous veidz, Muse. — Je vous voy, respondit elle, Corne, voluntiers. — Accouplez les, dist Panurge, et leurs soufflez au cul : ce sera une cornemuse.” Un aultre appella une sienne: ma truie, elle l’appella son foin. Là me vint en pensement que cette truie voluntiers tournoit à ce foin16, Je veidz un demy guallant bossu, quelque peu près de nous, saluer une

Page 1