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Chapitre IX

sienne alliée, disant : “ Dieu guard ma cheville.” Frere Jan dist: “ Elle, ce croy je, est toute trou, et il, de mesme, tout cheville. Ores est à sçavoir si ce trou par ce$te cheville peut entierement estre estouppé.”

Un aultre salua une sienne, disant : “ Adieu, ma mue.” Elle respondit : “ Bon jour, mon oison. — Je croy, dist Ponocrates, que ces$tuy oison est souvent en mue.”

Un averlant, causant avec une jeune gualoise, luy disoit : “ Vous en souvieigne, vesse. — Aussi sera, ped ”, respondit elle. “ Appellez vous, dist Pantagruel au Potestat, ces deux 1à parens ? Je pense qu’ilz soyent ennemis, non alliez ensemble, car il l’a appellée vesse. En nos pays, vous ne pourriez plus oultrager une femme que ainsi l’appellant. — Bonnes gens de l’autre monde, respondit le Potestat, vous avez peu de parens telz et tant proches comme sont ce Ped et ceste Vesse. Ilz sortirent invisiblement tous deux ensemble d’un trou, en un instant.

— Le vent de Galerne1?, dist Panurge, avoit doncques lanterné leur mere. — Quelle mere, dist le Potestat, entendez vous ? C’est parenté de vostre monde. Ilz ne ont pere ne mere. C’est à faire à gens de delà l’eau, à gens bottez de foin.” Le bon Pantagruel tout voyoit, et escouttoit ; mais, à ces propous, il cuyda perdre contenence.

Avoir bien curieusement consydeté l’assiette de l’isle et mœurs du peuple Ennasé, nous entrasmes en un cabaret pour quelque peu nous refraischir. Là on faisoit nopces à la node du pays. Au demourant chere et demye. Nous presens, feut faiét un joyeulx mariage

d’une poyre, femme bien gaillarde, comme nous sembloit (toutesfoys ceulx qui en avoient tasté la disoient c$tre mollasse), avecques un jeune fromaige à poil follet, un peu rougeastre. J’en avoys aultres foys ouy la renommée, et ailleurs avoient esté faictz plusieurs telz mariages. Encores diét on, en nostre pays de vache18, qu’il ne feut oncques tel mariage qu’est de la poyre et du fromaige. En une autre salle, je veids qu’on marioit une vieille botte avecques un jeune et soupple brodequin. Et feut diét à Pantagruel que le jeune brodequin prenoit la vieille botte à femme, pource qu’elle estoit bonne robbe1?, en bon poin&, et grasse à profiét de mesnaige, voytre feust ce pour un pescheur. En une aultre salle basse je vis un jeune escafignon?? espouser une vieille pantophle. Et nous feut diét que ce n’estoit pour la beauté ou bonne grace d’elle, mais par avarice et convoitise d’avoir les escuz dont elle estoit toute contrepoinétée?1,

Comment Pantagruel descendit en lisle de Chel en laquelle regnoit le roy sainct Panigon.

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