Chapitre X LT
de sa court, s’estoit transporté jusques près le havre pour recepvoir Pantagruel et le mena jusques en son cha$teau. Sus l’entrée du dongeon se offrit la royne, . accompaignée de ses filles et dames de coutt. Panigon voulut qu’elle et toute sa suyte baisassent Pantagruel et ses gens®. Telle estoit la courtoisie et coustume du pays. Ce que feut faict, excepté frere Jan, qui se absenta et s’escarta par my les officiers du Roy. Panigon vouloit, en toute instance, pour ce$tuy jour et au lendemain retenir Pantagruel. Pantagruel fonda son excuse sus la serenité du temps et opportunité du vent, lequel plus souvent est desiré des voyagiers que rencontré, et le fault emploiter quand il advient, car il ne advient toutes et quantes foys qu’on le soubhayéte. A ceste remonstrance, après boyre vingt et cinq ou trente foys par home, Panigon nous donna congié.
Pantagruel, retournant au port et ne voyant frere Jan, demandoit quelle part il estoit et pourquoy n’estoit ensemble la compaignie. Panurge ne sçavoit comment l’excuser, et vouloit retourner au cha$teau pour le appeller quand frere Jan accourut tout joyeulx et s’escria en grande guayeté de cœur, disant : “ Vive le noble Panigon! Par la mort beuf de boys, il rue en cuisine. J’en viens, tout y va par escuelles. J’esperoys bien y cotonner à profiét et usaige monacal le moule de mon gippon. — Ainsi, mon amy, dist Pantagruel, tousjours à ces cuisines! — Corpe de gallinef, respondit frere Jan, j’en sçay mieulx l’usage et ceremonies que de tant chiabrener avecques ces femmes, #4gn), #”agna, chiabrena5, reverence, double, reprinze, l’accolade, la fressuradef, baise la main de vostre mercy, de vostre
majesta, vous soyez, Tarabin, tarabas. Bren, c’est merde à Rouen. Tant chiasser et ureniller7! Dea, je ne diz pas que je n’en tirasse quelque traiét dessus la lie$ à mon loutdois?, qui me laissast insinuer ma nomination!?, Mais ceste brenasserie de reverences me fasche plus qu’un jeune diable; je voulois dire un jeusne double. Saint Benoist n’en mentit jamais.
“Vous parlez de baiser damoiselles; par le digne et sacre froc que je porte, voluntiers je m’en deporte, craignant que m’advieigne ce que advint au seigneut de Guyercharoisil, — Quoy ? demanda Pantagruel, je le congnois; il est de mes meilleurs amis. — Il estoit, dist frere Jan, invité à un sumptueux et magnificque banquet que faisoit un sien parent et voisin : au quel estoient pareillement invitez tous les gentilz hommes, dames et damoyselles du voysinage. Icelles, attendentes sa venue, deguiserent les paiges de l’assemblée, et les habillerent en damoyselles bien pimpantes et atoutées. Les paiges endamoysellez à luy entrant près le pont leviz se presenterent. Il les baisa tous en grande courtoisie et reverences magnificques. Sus la fin, les dames, qui l’attendoient en la guallerie, s’esclaterent de rire, et feirent signe aux pages à ce qu’ilz houstassent leurs atouts. Ce que voyant le bon seigneur, par honte et despit ne daigna baiser icelles dames et damoyselles naïfvesl?, Alleouant, veu qu’on luy avoit ainsi desguysé les pages, que, par la mort beuf de boys, ce debvoient là estre les varletz, encores plus finement desguysez.
“Vertuz Dieu, da jurandi*$, pourquoy plus toust ne transportons nous nos humanitez en belle cuisine