‹ Le quart livreChapitre 36 sur 241 · Chapitre XV · texte numérisé non relu

Chapitre XV

gouzequoquemotguatasachacguevezinemafiressé mon paouvte œil, d’abondant ilz m’ont defoncé mon taboutin. Tabourins à nopces sont ordinairement battuz ; tabourineurs bien festoyez, battuz jamais. Le Diable s’en puisse coyffer |” — “ Frere, lui dit Chiquanous manchot, je te donneray unes? belles, grandes, vieilles Lettres Royaulx10, que j’ay icy en mon baudrier, pour repetasser ton tabourin ; et pour Dieu pardonne nous. Par no$tre dame de Riviere, la belle damet1, je n’y pensoys en mal.”

“Un des escuyers, chopant et boytant contrefaisoit le bon et noble seigneur de la Roche Posay12. Il s’adressa au records embavierél® de machoueres, et luy dist : “ Eétes vous des Frappins, des Frappeurs, ou des Frappars14? Ne vous suffisoit nous avoir ainsi morcrocassebezassevezassegrigueliguoscopapopondrillé tous les membres superieurs à grands coups de bobelins, sans nous donner telz morderegrippipiotabirofreluchamburelurecoquelurintimpanemens sus les grefves à belles poinétes de houzeaulz ? Appellez vous cela jeu de jeunesse ? Par Dieu, jeu n’est ce.”

‘“ Le records, joingnant les mains, sembloit luy en requerir pardon, marmonnant de la langue : “ Mon, mon, mon, vrelon, von, von”, comme un marmot.

“ La nouvelle mariée pleurante rioyt, riante pleuroit, de ce que Chiquanous ne s’estoit contenté la daubant sans choys ne ellection des membres, mais, l’avoir lourdement deschevelée, d’abondant luy avoit trepignemampenillotifrizonoufressuré les parties honteuses en trahison. “ Le diable, dist Basché, y ayt part! Il estoit bien necessaire que monsieur le Roy (ainsi

se nomment Chiquanous15) me daubbast ainsi ma bonne femme d’eschine. Je ne luy en veulx mal toutesfoys. Ce sont petites charesses nuptiales. Mais apperçoy clairement qu’il m’a cité en ange16 et daubbé en diable. Il tient je ne sçay quoy du frere frappart. Je boy à luy de bien bon cœur, et à vous aussi, messieurs les records. — Mais, disoit sa femme, à quel propous et sus quelle querelle m'a il tant et tre$tant feStoyée à grands coups de poing ? Le Diantre l’emport, si je le veulx. Je ne le veulx pas pourtant, ma Dial?! Mais je diray cela de luy qu’il a les plus dures oinces!l$ qu’oncques je senty sus mes espaules.”?

‘“ Le maistre d’ho$tel tenoit son braz guausche en escharpe, comme tout morquaquoquassé : “ Le Diable, dist il, me feist bien assister à ces nopces. J’en ay, par la vertus Dieu, tous les braz enguoulevezinemassez. Appellez vous cecy fiansailles ? Je les appelle fiantailles de merde. C’est, par Dieu, le naïf bancquet des Lapithes, descript par le philosophe Samosatoys12.”

‘ Chiquanous ne parloit plus. Les records s’excuserent qu’en daubbant ainsi n’avoient eu maligne volunté, et que pour l’amour de Dieu on leurs pardonna$t.

“ Aïnsi departent. À demye lieu de là, Chiquanous se trouva un peu mal. Les records arrivent à l’isle Bouchard, disans publicquement que jamais n’avoient veu plus home de bien que le seigneur de Basché, ne maison plus honorable que la sienne. Ensemble, que jamais n’avoient esté à telles nopces. Mais toute la faulte venoit d’eulx, qui avaient commencé la frapperie. Et vesquirent encores ne sçay quants jours après.

Ca bin V NC 0000

“ De là en hors, feut tenu comme chose certaine que ” l'argent de Basché plus estoit aux Chiquanous et Records pestilent, mortel et pernicieux que n’estoit jadis l’or de Tholose?0, et le cheval Sejan?1 à ceulx qui le possederent. Depuis, feut le diét seigneur en repous et les nopces de Basché en proverbe commun.”

Comment par frere Jan eff faict essay du naturel des Chiquanous.

CHaApriTRE XVI.

‘* Ceste narration, dist Pantagruel, sembleroit joyeuse, ne feust que devant nos œilz fault la crainéte de Dieu continuellement avoirt.

— Meilleure?, dist Epistemon, seroit, si la pluie de ces jeunes guanteletz feust sur le gras Prieur tombée. Il dependoit pour son passetemps argent, part à fascher Basché, part à veoir ses Chiquanous daubbez. Coups de poing eussent aptement atouré sa teste rase : attendue l’enorme coucussion que voyons huy entre ces juges pedanées soubs l’orme‘. En quoy offensoientÿ ces paouvres diables Chiquanous ?

— Il me soubvient, dist Pantagruel à ce propous, d’un antique gentilhomme Romain, nommé L. Neratius. Il estoit de noble famille et riche en son temps. Mais en luy estoit ceste tyrannique complexion que, issant de son palais, il faisoit emplir les gibessieres de ses varletz d’or et d’argent monnoyé, et, rencontrant

par les rues quelques mignons braguars et mieulx en point, sans d’iceulx eftre aulcunement offensé, pat guayeté de cœur leurs donnoiït de grands coups de poing en face. Soubdain après, pour les appaiser et empescher de non soy complaindre en justice, leurs departoit de son argent. Tant qu’il les rendoit contens et satisfai@z, scelon l’ordonnance d’une loig des douze Tables. Ainsi despendoit son revenu, battant les gens au prins de son argentf.

— Par la sacre botte de sainét Benoist”! dist frere Jan, presentement j’en sçauray la verité.”’ Adoncques descend en terre, mist la main à son escarcelle, et en tira vingt escutz au Soleil. Puis dist à haulte voix en presence et audience d’une grande tourbe du peuple Chiquanourroys : “ Qui veut guaingner vingt escuz d’ot pour estre battu en Diable ?— Io8, 10, 10, respondirent tous. Vous nous affollerez de coups, monsieur, cela est sceur. Mais il y a beau guaing.” Et tous accouroient à la foulle, à qui seroit premier en date pour eftre tant precieusement battu. Frere Jan, de toute la trouppe, choysit un Chiquanous à rouge muzeau, lequel on poulse de la main dextre portoit un gros et large anneau d'argent, en la palle® duquel estoit enchassée une bien grande crapauldine10,

L’ayant choysi je veidz que tout ce peuple murmuroit et entendiz un grand, jeune et maisgre Chiquanous, habile et bon clerc, et, comme eftoit le bruyt commun, honeste homme en court d’ecclise, soit complaignant et murmurant de ce que le rouge muzeau leur ou$toit toutes praticques; et que, si en tout le territoire n’estoient que trente coups de ba$tons à guaingner, il en

Page 1