‹ Le quart livreChapitre 4 sur 241 · Prologue de lAuteur · texte numérisé non relu

Prologue de lAuteur

restitution de leur premier bon sens et liberté antique®7. Mais que ferons nous de ce Rameau et de ce Galand®8, qui, capparassonnez de leurs marmitons, suppous et astipulateurs, brouillent toute ceste Academie de Paris ? J'en suys en grande perplexité. Et n’ay encores resolu quelle part je doibve encliner. Tous deux me semblent autrement bons compaignons et bien couilluz. L’un a des escuz au Soleil, je dis beaulx et tresbuchans5?; l’autre en vouldroit bien avoir. L’un à quelque sçavoir; Pautre n’est ignorant. L’un aime les gens de bien; Paultre est des gens de bien aimé. L’un est un fin et cauld renard; l’autre mesdisant, mesesctivant et abayant contre les antiques Philosophes et Orateurs, comme un chien, Que t’en semble, dis, grand vietdaze Priapus ? J’ay maintes fois trouvé ton conseil et advis equitable et pertinent : 7 habef tua mentula mentem. . — Roy Juppiter (respondit Priapus defleublant son capussion, la teste levée, rouge, flamboyante et asseurée), puis que l’un vous comparez à un chien abayant, l’autre à un fin freté renard, je suis d’advis que, sans plus vous fascher ne alterer, d’eulx faciez ce que jadis feistes d’un chien et d’un renard. — Quoy ? demanda Jupiter. Quand ? Qui estoient ilz ? Où feut ce ? — O belle memoire! respondit Priapus. Ce venerable pere Bacchus, lequel voyez cy à face cramoisie, avoit pour soy venger des Thebains un renard fée, de mode que, quelque mal et dommaige qu’il feist, de befte du monde ne seroit prins ne offensé{i. Ce noble Vulcan avoit d’ærain monesiant? faict un chien et, à force de souffler, l’avoit rendu vivant et animé. Il lé vous donna ; vous le donnastes à Europe vostre

mignonne. Elle le donna à Minos, Minos à Procris, Proctis enfin le donna à Cephalus. Il estoit pareillement fée; de mode que, à l'exemple des advocatz de maintenant, il pendroit toute beste rencontrée, rien ne luy eschapperoit. Advint qu'ilz se rencontrerent. Que feirent ilz ? Le chien, par son destin fatal doibvoit prendte le renard; le renard, par son destin ne doibvoit estre prins.

‘Le cas fut rapporté à vostre conseil. Vous protestates non contrevenir aux destins. Les destins estoient conttadictoires. La verité, la fin, l’effect de deux contradictions ensemble feut déclairé impossible en nature. Vous en suastes d’ahan. De voftre sueur, tombant en terre, nasquirent les choux cabutz. Tout ce noble consistoire, par default de resolution categorique, encoufut alteration mirifique ; et feut en icelluy conseil beu plus de soixante et dixhuit bussars de nectar. Par mon advis, vous les convertissez en pierres; soubdain feu$tes hors toute perplexité; soubdain feurent tresves de soif criées par tout ce grand Olympe. Ce feut l’année des couilles molles, près Teumesse#3, entre Thebes et Chalcide.

‘À cestuy exemple, je suis d’advis que petrifiez ces chien et renard. La metamorphose n’est incongneue. Tous deux portent nom de Pierre. Et parce que, selon le proverbe des Limosins, à faire la gueule d’un four sont trois pierres necessaires, vous les associerez à maistre Pierre du Coingnet#, par vous jadis pour mesmes causez petrifié. Et seront, en figure trigone equilaterale, on grand temple de Paris, ou au mylieu du pervis, posées ces trois pierres mortes, en office de extain-

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