Prologue de l' Auteur
dre avecques le nez, comme au jeu de Fouquet45, les chandelles, torches, cierges, bougies et flambeaux allumez : lesquelles, vivantes, allumoient couillonniquement le feu de faction, simulte, sectes couillonniques, et partialité entre les ocieux escholiers. À perpetuelle memoire que ces petites philautiest6 couillonniformes plus tost davant vous contempnées feurent que condamnées. J’ay dié.
— Vous leur favorisez, dist Jupiter, à ce que je voy, bel messer Priapus. Ainsi n’estes à tous favorable. Car, veu que tant ilz couvoient perpetuer leur nom et memoire, ce seroit bien leur meilleur estre ainsi après leur vie en pierres dures et marbrines convertiz que retourner en terre et pourriture. Icy darriere, vers ceste mer Thyrrene et lieux circumvoisins de l’Apennin, voyez vous quelles tragedies sont excitées par certains Pastophores47? Ceste furie durera son temps comme les fours des Limosins, puis finira; mais non si to$t. Nous y aurons du passetemps beaucoup. Je y voy un inconvenient : c’est que nous avons petite munition de fouldres, depuis le temps que vous autres Condieux, par mon oultroy particulier, en jeétiez sans espargne, pour vos esbatz, sus Antioche la neufvet&, Comme depuis, à vostre exemple, les gorgias champions qui entreprindrent garder la forteresse de Dindenaroys contre tous venens, consommerent leurs munitions à force de tirer aux moineaux; puis n’eurent de quoy, en temps de necessité, soy deffendre, et vaillamiment cederent la place et se rendirent à l’ennemy, qui jà levoit son siege comme tout forcené et desesperé, et n’avoit pensée plus urgente que de sa retraicte, acom-
i8 Le Quart Livre
pagnée de courte honte. Donnez y ordre, filz Vulcan : esveiglez vos endormiz Cyclopes, Asteropes, Brontes, Arges, Polypheme, Steropes, Pyracmon“*; mettez les en besoigne et les faictes boire d’autant. À gens de feu ne fault vin espargner. Or depeschons ce criart là bas. Voyez, Mercure, qui c’est et sachez qu’il demande.” Mercure reguarde par la trappe des Cieulx, par laquelle ce que l’on diét ça bas en terre ilz escoutent ; et semble proprement à un escoutillon de navire (Icaromenippe5® disoit qu’elle semble à la gueule d’un puiz); et veoid que c’est. Couillatris qui demande sa coingnée perdue, et en faict le rapport au conseil. ‘ Vrayement, dist Jupiter, nous en sommes bien. Nous à ceste heure n'avons aultre faciende que rendre coingnées perdues ? Si fault il luy rendre. Cela est escriptes destins, entendez vous ? aussi bien comme si elle valust la duché de Milanÿt. À la verité, sa coingnée luy est en tel pris et estimation que seroit à un Roy son Royaulme. Ça, ça, que ce$te coingnée soit rendue. Qu'il n’en soit plus parlé. Resoulvons le different du clergé et de la Taulpeterie de Landerousse5?, Où en estions nous ?” Priapus re$toit debout au coing de la cheminée. Il, entendant le rapport de Mercure, dist en toute courtoysie et joviale honnesteté : “ Roy Juppiter, on temps que, par vostre ordonnance et particulier benefice, j'estois guardian des jardins en terre, je notay que ceste diction, coingnée, eSt equivocque à plusieurs choses. Elle signifie un certain in$trument par le service duquel est fendu et couppé boys. Signifie aussi (au moins jadis signifioit) la femelle bien à poinét et souvent gimbretiletolletée, Et veidz que tout bon compaignon appelloit