Chapitre XXX VIT
espece d’amitié, Antonius attira Artavasdes, roi de Armenie, puis le feist lier et enferrer de grosses chaisnes ; finablement le feist occirel?. Mille autres pareilles histoires trouvons nous par les antiques monumens. Et à bon droiét est, jusques à present, de prudence grandement loué Charles, roy de France sixieme de ce nom, lequel retournant viétorieux des Flamens et Gantois en sa bonne ville de Parist$ et, au Bourget en France'*, entendent que les Parisiens avecques leurs mailletz15 (dont feurent surnommés Maillotins) estoient hors la ville issuz en bataille jusques au nombre de vingt mille combattans, n’y voulut entrer (quoy qu’ilz remonstrassent que ainsi s’estoient mis en armes pour plus honorablement le recuillir sans aultre fiétion ne mauvaise affection) que premierement ne se feussent en leurs maisons retirez et desarmez.”
Comment Pantagruel manda querir les capitaines Riflandouille et Tailleboudin ; avecques un notable discours sur Îles noms propres des lieux ef des persons.
CHapiTrRe XXX VII.
La resolution du conseil feut qu’en tout evenement ilz se tiendroient sus leurs guardes. Lors par Carpalim et Gymnaste, au mandement de Pantagruel, feurent appellez les gens de guerre qui estoient dedans les naufz Brindiere (des quelz coronel estoit Riflandouille) et Portoueriere (des quelz coronel estoit Tailleboudin le
jeune). “ Je soulaigeray, dist Panurge, Gymnaste de ceste poine. Aussi bien vous est icy sa presence necessaire. — Par le froc que je porte, dist frere Jan, tu te veulx absenter du, combat, couillu, et jà ne retourneras, sus mon honneur. Ce n’est mie grande perte. Aussi bien ne feroit il que pleurer, lamenter, crier, et descouraiger les bons soubdars. — Je retourneray, certes, dist Panurge, frere Jan, mon pere spirituel, bien toust. Seulèment donnez ordre à ce que ces fascheuses Andouilles ne grimpent sus les naufz. Ce pendent que combaterez, je ptiray Dieu pour vostre viétoire, à l’exemple du , chevalereux capitaine Moses, conducteur du peuple Israelicquet.
— La denomination, dist Epi$temon à Pantagruel, de ces deux vostres coronelz Riflandouille et Tailleboudin en cestuy conflit nous promeét asceurance, heur et viétoire, si, par fortune, ces Andouilles nous vouloient oultrager. — Vous le prenez bien, dist Pantagruel, et me plaist que par les noms de nos coronelz vous prævoiez et prognosticquez la no$tre victoire. Telle maniere de prognofticquer par noms n’est moderne. Elle feut jadis celebrée et religieusement observée par les Pythagoriens?. Plusieurs grands seigneurs et empereurs en ont jadis bien faiét leur profit. OËftavian Auguste, second empereur de Rome, quelque jour rencontrant un paysan nommé Euthyche, c’est à dire bien fortuné, qui menoïit un asne nommé Nicon, c’est en langue grecque Viétorien, meu de la signification des noms, tant de l’asnier que de l’asne, se asceura de toute prosperité, felicité et viétoires. Vespasian, empereur pareillement de Rome, estant un