Chapitre XXX VIT PA NI
jour seulet en oraison on temple de Serapis, à la veue et venue inopinée d’un sien serviteur, nommé Basilides, c’est à dire Royal, lequel il avoit loing derriere laissé malade, print espoir et asceurance de obtenir l’empire Romain“. Regilian, non pour aultre cause ne occasion, feut par les gens de guerre eslu empereur, que par signification de son propre nomÿ. Voyez le Cratyle du divin Platonf., — Par ma soif, dist Rhizotome, je le veulx lire : je vous oy souvent le alleguant. — Voyez comment les Pythagoriens, par raison des noms et nombres, concluent que Patroclus doibvoit estre occis par Hector, Heétor par Achilles, Achilles par Paris, Paris par Philoétetes’. Je suys tout confus en mon entendement quand je pense en l’invention admirable de Pythagoras, lequel, par le nombre par ou impar des syllabes d’un chascun nom propre, exposoit de quel cousté estoient les humains boyteulx, borgnes, goutteux, paralytiques, pleuritiques, et aultres telz malefices en nature : sçavoir est, assignant le nombre par au cousté guausche du corps, le zpar au dextres,
— Vrayement, dist Epistemon, j'en veids l’experience à Xainétes®, en une procession generale, præsent le tant bon, tant vertueux, tant doéte et equitable præsident Briend Valée, seigneur du Douhet1?, Passant un boiteux ou boiteuse, un borgne ou borgnesse, un bossu ou bossue, on luy rapportoit son nom propre. Si les syllabes du nom estoient en nombre par, soubdain, sans veoir les personnes, il les disoit estre maleficiez, borgnes, boïteux, bossus du cousté dextre. Si elles estoient en nombre par, du cousté guausche. Et ainsi estoit la verité, oncques n’y trouvasmes exception.
— Par ceste invention, dist Pantagruel, les doétes11 ont affermé que Achilles, estant à genoulx, feut par la fleiche de Paris blessé on talon dextre : car son nom est de syllabes zpares (icy est à noter que les anciens se agenouilloient du pied dextre); Venus par Diomedes, davant Troye, blessée en la main guausche, car son nom en Grec e$t de quatre syllabes; Vulcan boiteux du pied guausche, par mesmes raisons; Philippe, roy de Macedoiïine, et Hannibal, borgnes de l’œil dextrel?, Encores pourrions nous particularizer des ischies, hernies, hemicraines, par ceste raison Pythagorique.
“ Mais, pour retourner auxnoms,consyderez comment Alexandre le Grand, filz du roy Philippe, duquel avons parlé, par l’interpretation d’un seul nom parvint à son entreprinsel5, Il assiegeoit la forte ville de Tyre, et la battoit de toutes ses forces par plusieurs sepmaines; mais c’estoit en vain. Rien ne profitoient ses engins et molitions. Tout e$toit soubdain demoli et rempaté par les Tyriens. Dont print phantasie de lever le siege avec grande melancholie, voyant en ce$tuy departement perte insigne de sa reputation. En tel estrif et fascherie se endormit. Dormant, songeoit qu’un Satyre estoit dedans sa tente, dansant et sautelant avecques ses jambes bouquines. Alexandre le vouloit prendre ; le Satyre tousjoufs luy eschappoit. En fin, le roy le poursuivant en un endroict, le happa. Sus ce point se esveigla et racontant son songe aux philosophes et gens sçavans de sa court, entendit que les dieux luy promettoient viétoire, et que Tyre bien touft seroit prinse. Car ce mot Sayros, divisé en deux, est Sz Tyros, signifiant : Tienne eff Tyre. De fai&, au premier assault qu’il feist, il emporta la