Prologue de l ? Auteur SE
comme un cinge qui avalle pillules, fit une morgue tant espouvantable que tout le grand Olympe tremblaë®.
Mercure avecques son chapeau poinétu, sa capeline6t, talonnieres et caducée, se jeéte par la trappe des Cieulx, fend le vuyde de l’air, descend legierement en terre, et jecte es pieds de Couillatris les trois coingnées; puis luy diét : “ Tu as assez crié pour boire. T's prieres sont exaulsées de Jupiter. Reguarde laquelle de ces troys est ta coingnée, et l’emporte.” Couillatris soublieve la coingnée d’or, il la reguarde et la trouve bien poisante, puis dit à Mercure : “ Marmesf?, ceste cy n’est mie la mienne. Je n’en veulx grain. ?” Autant faiét de la coingnée d’argent, et diét : “ Non est ceste cy. Je la vous quitte.” Puis prend en main la coingnée de boys : il reguarde au bout du manche, en icelluy recognoist sa matque, et tressaillant tout de joye, comme un renard qui rencontre poulles esguarées et, soubriant du bout du nez, dict : “ Merdigues65, ceste cy estoit mienne. Si me la voulez laisser, je vous sacrifiray un bon et grand pot de laict, tout fin couvert de belles frayres, aux Ides (c’est le quinziesme jour) de May. — Bon homme, dist Mercure, je te la laisse, prens la. Et, pour ce que tu as opté et soubhaité mediocrité en matiere de coingnée, par le vueil de Juppiter je te donne ces deux aultres. Tu as de quoy dorenavant te faire riche; soys homme debien.”
Couillatris couttoisement remercie Mercure, revere le grand Juppiter, sa coingnée antique atache à sa ceinture de cuyr, et s’en ceinét sus le cul, comme Martin de Cambray64, Les deux aultres plus poisantes il charge à son cou. Ainsi s’en va prelassant par le pays, faisant bonne troigne parmy ses paroeciens et voysins, et leur
disant le petit mot de Patelin : “ En ay je65? ? Au lendemain, vestu d’une sequenie blanche, charge sur son douts les deux precieuses coingnées, se transporte à Chinon, ville insigne, ville noble, ville antique, voyre premiere du monde, scelon le jugement et assertion des plus doétes Massorethz. En Chinon il change sa coingnée d’argent en beaulx testons et aultre monnoye blanche ; sa coingnée d’or en beaulx salutz, beaulx moutons à la grande laine, belles riddesf6, beaulx royaulx, beaulx escutz au Soleil. Il en achete force mestairies, force censes, force mas, force bordes et bordieux, force cassines, prez, vignes, boys, terres labourables, pastis, estangs, moulins, jardins, saulsayes; bœufz, vaches, brebis, moutons, chevres, truyes, pourceaulx, asnes, chevaulx, poulles, coqs, chappons, poulletz, oyes, jars, canes, canars, et du menu. Et, en peu de temps, feut le pius riche homme du pays, voyre plus que Mauleuvrier le boyteux$?.
Les francs gontiers et Jacques Bonshoms du voysinage, voyans ce$te heureuse rencontre de Couillatris, feurent bien e$tonnez; et feut, en leurs espritz, la pitié ct commiseration, que au paravant avoient du paouvre Couillatris, en envie changée de ses richesses tant grandes et inopinées. Si commencerent courir, s’enquerir, guementer, informer par quel moyen, en quel lieu, en quel jour, à quelle heure, comment et à quel propous luy eftoit ce grand thesaur advenu. Entendens que c’estoit par avoir perdu sa coingnée : ‘“ Hen, hen, dirent ilz, ne tenoit il qu’à la perte d’une coingnée que riches ne feussions ? Le moyen est facile et de couf$t bien petit. Et doncques telle est on temps present la