Ibid., S 5072b, n .'in année L
1. La plupart îles vieilles rues fie Paris qui portent des noms de personnes, datent leurs actes de baptême des xin* et xiv' siècles, telles que les pues Jean-Pain-Mollet, Simon-lc-Franc, Michel- Lecomte , Guérin-Boisseau, Aubry-le-Boucher, Pierre- Aulard, Geoffroy-Lasnier, Bertin-Poirée, Pierre-Sarrazin, etc.. etc.
les anciennes courtilles du Temple, Saint-Martin, Barbette, etc., étaient des jardins champêtres, <>ù les bourgeois aussi bien que les religieux de Saint-Martin et les Templiers allai, ut se promener et prendre l'air1. Par opposition au mot cour tille, on employait celui de couture ou culture pour désigner particulièrement les terres de labour ou de grosse culture: telles que 1rs Coutures Saint-Gervais et la Culture Sainte-Catherine-.
La Courtille Barbette « l< >i l assurément avoir emprunté son nom au riche bourgeois Etienne Barbette, qui s'y lit construire une magnifique maison <!«■ plaisance vers les premières années du xur siècle, c'est-à-dire un peu auparavant que fussent dénommées de même la fausse porte ou poterne et la voie par lesquelles on arrivait à cette demeure3. Située entre les cultures du Temple, Saint- Gervais et Sainte-Catherine, la Courtille Barbette s'étendait depuis la porte Barbette jusqu'à des égouts appelés éaouts de la Courtille Barbette, qui, en \ ï'2~ . passaient près d'un grand corps de logis nommé l'hôtel d'Ardoise, que remplacèrent, en I63i, les bâtiments du couvent des « Filles-du-Calvaire », édifiés à l'angle de la rue des Filles-du-Calvaire et de la rue Saint-Louis (aujourd'hui rue de Turenne ', vis-à-vis l'extrémité de la Vieille-rue-Barbette, devenue la rue Vieille-du-Temple.
Quant à l'emplacement de la maison d'Etienne Barbette, il nous parait suffisamment indiqué dans un mémoire de revendication de censive, imprimé en 1781 pour le chapitre de Sainte-Opportune contre l'abbaye de Saint-Denis. Après mention d'une sentence de l'Official de 122!), ce mémoire1 rapporte que la maison d'Etienne Barbette est devenue par la suite le couvent du Calvaire-du- Marais •'. Or, le chapitre de Sainte-Opportune qui, ainsi que nous allons le voir, comprenait le domaine de Barbette dans sa censive,
l. Sauvai, Antiquités de Parts, I. I. |>. <'~<.
•i. Félibîen el Lobineau, Histoire <le la Ville île Paris \~'i:> . i. I. ]>. 276.
:i. Sauvai, t. I. p. >>x.
A. Jaillot, Recherches sur Paris, I. III. quartier du Temple, p. s : — Arch. Nat., S
5. Arch. Nat., S 1958, Mémoire pour le chapitre de Sainte-Opportune contre l'abbaye de Saint-Denis, imprimé en 1781, p. 32.
8 LE QUARTIEB BARBETTE
devait bien savoir à quoi s'en tenir sur ce point : l'hôtel d'Ardoise aurait donc remplacé la maison de Barbette, dont le couvent des Filles du Calvaire prit la place à son tour [.
Dès l'origine, la courtille Barbette se trouvait dans la censive du chapitre de Sainte-Opportune, car son emplacement faisait partie des marais et des prairies qui entouraient jadis la partie septentrionale de Paris, et dont le roi Louis-le-Bègue avait doté cette collégiale, lors de sa fondation en 879, alin de subvenir à la nourriture et à l'entretien des chanoines qui la desservaient 2. Mais, comme dans leur état primitif ces terrains marécageux ne servaient encore que de pàtis communs, les droits de pacage qu'en tirait le chapitre de Sainte-Opportune étaient loin de lui assurer une existence très prospère. Si bien que, dans le but d'augmenter les
1. L'hôtel d'Ardoise, situé près du remparl, avait donné son nom au bastion qui s'élevait vis-à-vis et sur lequel se dressait un moulin à vent baptisé de même (A. Bonnardot, Dissertations archéologiques sur les anciennes enceintes de Paris. ]>. 192-193 . Le 15 septembre ljs.'i. Antoine de Saveuse. seigneur de Lozingan. conseiller au parlement, acheta cet hôtel avec quelques terres voisines, de Vincent, chanoine de Chartres : en 1603. un autre Saveuse, neveu du précédent et son légataire universel, le possédait encore: le couvent des Filles du Calvaire en occupa la place de 1631 à 1790 Arch. Nai., S -1647). Dans une partie des bâtiments conventuels exista, de 1792 à 1.S07. un petit théâtre appelé le Boudoir des Muses. On a ouvert sur remplacement du couvent les rues Neuve de Bretagne et Neuve de Ménilmontant, aujourd'hui les rues Froissart et de Commises.
2. Cette zone de marécages, qui enveloppait, il n'y a pas mille ans. le nord de la ville, était alimentée par les eaux qui descendaient des collines de Charonne et de Ménilmontant. de Belleville et de Montmartre, et (pie drainaient deux petites rivières coulant vers la Seine, chacune suivant une direction opposée: l'une ayant son débouché dans le fleuve, vis-à-vis de l'île Louviers, c'était le ruisseau du Pont- Pe.rrin ; lequel pont, situé jadis vers remplacement où s'éleva plus tard la Bastille, livrait passage au chemin qui prolongeait, dans la direction de l'Est, la grande rue Saint-Antoine; l'autre rivière, dite île Ménilmoniant, d'un parcours et d'un débit beaucoup plus importants, débouchait en aval de la Seine, au-dessous de Chaillot. Si bien que, en longeant cette ceinture de ruisseaux, on parcourait en entier le domaine des chanoines de Sainte-Opportune, en passant parle pont Perrin, le val Sainte- Catherine, les coutures Saïnt-Gervais, les marais du Temple, de Saint-Martin, de Saint-Laurent et de Saint-Lazare, le val Larronneux, la Grange-Batelière, les Porcherons, les Pépinières de la Ville l'Evêque, le Boule et les prés de Chaillot.
Les marécages de Sainte-Opportune ont depuis longtemps t'ait place aux rues et aux maisons. Quant au petit ruisseau du Pont-Perrin et à la rivière de Ménilmontant, ils avaient été de bonne heure infectés par les nombreux égouts auxquels ils servaient de collecteurs : de sorte que, après avoir vu leurs cours se confondre, dès le xv siècle, dans une même canalisation, ils durent, en raison de leur puanteur sans cesse croissante, être peu à peu entièrement recouverts de voûtes en maçonnerie et devenir ainsi ce que nous pouvons appeler le premier grand collecteur de Paris.
LE Ql \ 1 1 1 1 1 : l ; BARBE1 i i • >
ressources de ces pauvres chanoines, le roi Louis YII le Jeune leur accorda, par une charte de l'an 1153, la permission d'aliéner la moitié de leur humide domaine, à charge pour les preneurs de les dessécher, de les cultiver, d'y faire enfin des courtilles ou jardins. et à raison de \'2 deniers de cens par arpent, en outre des droits de décimes et de voirie. Un autre titre royal de H76etune bulle du pape Alexandre III de 1178 confirmèrent cette charte1.
Lorsque les Templiers, établis déjà depuis quelque temps aux p.nles de Paris, se trouvèrent assez riches pour agrandir les [lumières et nombreuses donations domaniales qu'ils avaient reçues, Lis commencèrent par acheter de différents particuliers tous les terrains qui. étaient à leur convenance, notamment dans la censive de Sainte-Opportune. Aussi des contestations relatives à l'exercice de leurs droits seigneuriaux ne tardèrent pas à s'élever entre les deux communautés. Des transactions durent mettre un terme à ces difficultés, et c'est en vertu d'un accord définitif que la majeure partie de la Courtille Barbette, celle qui aboutissait vers la porte Barbette, passa, vers la tin du xnT siècle, de la censive de Sainte-Opportune dans celle du Temple.
Sur la partie restante, du coté de la campagne, l'hôpital Saint- Gervais avait déjà fait, dès l'année 1233, les diverses acquisitions qui composèrent ce qu'on nomma depuis les coutures Saint-Gervais. Le droit de censive du chapitre de Sainte-Opportune, par rapport à l'ancienne courtille Barbette, ne s'étendit plus, dès lors jusqu'à la Révolution, que sur la partie triangulaire comprise entre la rue des Filles-du-Calvaire, la rue du Pont-aux-Choux et le rempart, lequel triangle constituait le lieudit de V Ardoise ou d'Ardoise -'. Parmi les pièces de terre que comprirent les coutures Saint-Gervais, il v avait entre autres le clos Saint-Ladre, la courtille Boyvin et le Closeau, toutes trois s'entretenant, et ne relevant plus, elles aussi, du chapitre de Sainte-Opportune, mais de la léproserie de Saint-Ladre ou Saint-Lazare ;. Le souvenir des coutures Saint-