CHAPITRE PREMIER
Ancienneté du nom de Barbette. — Courlilles et cultures. — La Courtille Barbette. — ■ La maison de Barbette; l'hôtel d'Ardoise et le couvent des
filles du Calvaire. — Les marais <le Sainte-Opportune; les coutures Saint- Gervais: le clos Saint-Ladre, la courtille Hoivin et le Closeau. — Censives du Temple et de Saint-Lazare. — La couture Barbette, auparavant la terre à Pierre Le Maréchal. — Généalogie des Barbette ; leurs biens dans Paris. — — Une table de change. — Etienne Barbette, prévôt des marchands; émeute de 1306; destruction de la Courtille Barbette. — Travaux d'édilité d'Etienne Barbette ; la taille de 1313 et les Aides de 131 L — Les derniers Barbette. Les armoiries des Barbette. — Remplacement des Templiers par les Frères hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
Parmi les appellations patronymiques les plus anciennes et les plus vivaces de la bourgeoisie parisienne, un nom eut jadis sa part de renommée et son heure de célébrité : c'est celui de Barbette. Son origine se perd, pour ainsi dire, dans la nuit des temps, et son antiquité est suffisamment attestée par des chartes datées de 1030, lOtl) et 1055, où l'on voit mentionnés deux: religieux de L'abbaye de Saint-Victor, Wilhelm et Lambert Barbette, qu'unissait sans doute quelque lien de parenté '. Il y a peu d'années, le nom de Barbette était encore représentée Paris, suivant VA Imanach du commerce^ notamment par un fabricant de clous dorés, un conseiller à la cour d'appel et un libraire-éditeur2.
Mais le nom de Barbette ne commence réellement à sortir de l'obscurité qu'à partir du xii" siècle, alors qu'il devient celui de l'une
1. Guérard, Cartalaire de Saint- Victor, Paris, 1857, in-4°, t. I, pp. 146, 182 el 572.
2. Didot-Bottin, Alm&nach du commerce pour Par»», année 1892.
des plus riches familles de Paris. En ce temps-là. ainsi que nous allons le voir, cette famille comptait déjà maints pignons en diverses rues de la ville et de ses faubourgs, ainsi que dans les environs, indépendamment des terrains de culture et des jardins qu'elle y possédait aussi. Au nombre de ces biens, il faut citer, tout d'abord, cette fameuse courtille, connue sous le nom même de Barbette.
Dès le commencement du xrae siècle, la Courtille Barbette jouissait déjà d'une notoriété assez grande pour imposer son vocable à la poterne et à la voie par lesquelles on s'y rendait, hors les murs, et qui faisaient suite à la Yieille-rue-du-Temple. En effet, il y avait à peine dix années que l'enceinte de Philippe-Auguste était terminée, qu'un titre de propriété de la commanderie du Temple de mars 121 S désignait déjà, sous le vocable d'Etienne Barbette, cette poterne. alors située près des Blancs-Manteaux, dans la Vieille-rue-du- Temple, un peu au-dessous de l'endroit où celle-ci traverse actuellement la rue des Francs-Bourgeois1. C'était certainement un des points les plus peuplés de la censive du Temple, car les textes et les titres qui vont trait sont déjà très nombreux à cette époque. Mais, comme cette porte n'était pas une grand' porte de ville comme celle du Temple, ou celle de Saint-Antoine, elle est toujours qualifiée, dans ces pièces, de poterne ou de fausse poterne Barbette'-. De même, avons-nous dit. pour le chemin qui débouchait au dehors de cette porte, c'était alors la voie par où l'on va à la Courtille Barbette \ puis rue de la Courtille Barbette, et rue Barbette tout court4.
Quant au mot « courtille », Sauvai nous apprend qu'il vient de courtil, un terme dont se servaient encore de son temps les Picards, pour dire un jardin : d'où l'on a formé courtilliers, curtillerii, courtillin. cortillia, curtillia. que nous lisons dans nos anciens titres, et qui signifient jardins et jardiniers ; et il croit pouvoir en inférer que