I. Sauvai, t. III. p
:>. Lucien Merlet, Biographie de Jean de Montagu, Bibl. de l'Éc. des Chartes, t. XIII. p.
>>. Par opposition aux ducs el oncles du roi qui prétendaient gouverner le royaume. on appela marmouzets, c'est-à-dire petites gens, Les anciens conseillers de Chai qui prévalurent A leur tour 1389 a 1393 et parmi lesquels figuraient Montagu, Bureau «le La Rivière, Jean de Kovian et Bègue île Vilaine, ayant pour chef le connétable • >li\ ier de Clisson.
32 LE QUARTIER BAKBETTE
prépondérance dans les affaires de l'Etat. Mais si la faveur de Montagu ne faisait que grandir, si chaque jour il devenait plus familier et plus nécessaire au roi et à son frère, le duc d'Orléans, il ne prévovait pas moins l'avenir et sentait bien que ses tout puissants adversaires feraient tout pour le supplanter.
Il était donc à l'apogée de sa fortune politique lorsqu'il fit achever la construction du logis Barbette, probablement commencée par son prédécesseur, Nicolas de Mauregard. Cette résidence magnifique devait même être à peine terminée, que Montagu la faisait déjà servir à l'exécution de ses ambitieux desseins. En juillet 1392, il y fit coucher Charles VI et plusieurs personnes de la cour, la veille du départ de ce prince pour la Bretagne, lorsque, malgré ses oncles, il décida le roi à quitter Paris pour tirer vengeance de l'odieuse tentative d'assassinat commise, quelques semaines auparavant, par Pierre de Craon, sur le connétable de Clisson1.
1. « Quant messire Olivier de Clichon fut ainsi que tout sané et que il povoit bien chevauchier. le roy de France en fut grandement resjouy, et dist que il se vouloit départir de Paris et que il vouloit chevauchier vers Bretaigne pour mieulx monstrer que la besoingne estoit sienne. Si prist ung soir congié a la royne Ysabel sa femme et à la duchesse d'Orléans et aux dames et damoiselles qui delés elles estoient a l'ostel de Saint-Pol, et le duc d'Orléans aussi, et puis s'en vindrent soupper et couchier chiés Montagu, le duc de Bourbon, le conte de Namur et le sire de Coucy delés euls : je ne dy pas que tous y couchassent, mais le roy y coucha et disna à l'endemain, et
après disner sur le point de relevée il s'en départy en très-grant arroy » (Froissart,
Chroniques, édit. Kervyn de Lettenhove, t. XV, p. 26.) — Voir aussi Michelet, Histoire de France, Bègne de Charles VI, récit de l'assassinat du duc d'Orléans.
Comme Jean de Montagu a possédé plusieurs hôtels à Paris, on pourrait révoquer en doute que ce soit précisément à l'hôtel Barbette qu'il eut l'honneur d'héberger son roi, puisque Froissard, en mentionnant le fait, ne cite pas le nom de l'hôtel où il s'est passé. D'accord avec le récit de Michelet, nous pouvons cependant établir que c'est bien de l'hôtel Barbette qu'il s'agit en cette occurrence. Il est notoire que Jean de Montagu a possédé cinq hôtels à Paris ; mais il ne les a point possédés tous à la fois, ainsi que les dates le montrent.
11 eut d'abord l'hôtel Barbette, de 1390 à 1401, c'est-à-dire jusqu'au moment où il le céda à Isabeau de Bavière : c'est alors qu'il acquit du comte de Savoie ses deux hôtels de la rue du Chaume et de la rue des Quatre-Fils ; après quoi, le comte de Savoie alla loger à l'ancien hôtel du duc d'Orléans près delà porte de Bussy (Sauvai, t. II, pp. 83 et 155). En 1404, le 14 avril, Montagu vendit le grand et le petit hôtel de Savoie à Jehan Hangest, moyennant 4.500 livres. [Arch. NslL, S 5067 '•.)
Le 12 juin 1404, il recevait du duc de Berry l'hôtel du Porc Épie, situé rue de Joui, qui avait appartenu auparavant à Hugues Aubriot, Pierre de Giac et Louis duc d'Orléans. (Sauvai, t. II, p. 153.)
En décembre 1405, Montagu recevait du duc d'Orléans son hôtel du faubourg Saint- Marcel, en échange de celui qui lui avait été donné en viager par Charles VI et qui se
LE Q1 \KI II l; BARBE! I I. i{M
On sait ce qu'il advintde l'aventure. Le •"» aoûl 1392, en sortant de La ville du Mans. où pendanl une semaine Les premières atteintes de sa terrible maladie venaient de le retenir souffrant, le roi Charles VI était devenu subitement fou furieux. L'expédition de Bretagne avortait ainsi, etlesoncles du roi reprenaient le pouvoir à la place des marmouzets.
Mais Les événements ae prirent pas Jean deMontagu au dépourvu. Aussitôt qu'il eut reçu des puissants dues L'ordre de ne plus approcher du roi avant d'avoir reçu l'avis de son rétablissement, pensant que leur animosité n'en demeurerait pas Là, il partit secrètement par La porte Saint-Antoine et, sans s'arrêter nulle part, se rendit à Avignon où il avait mis en sûreté une partie de ses trésors. Là il attendit que le gros de L'orage fût passé.
Vers Le mois de mars de L'année suivante, la frénésie du roi s'étant une première fois calmée, ce prince, surpris de ne plus voir sou ancien favori près de lui, le lit aussitôt rappeler. Averti parles vicissitudes de la fortune politique, Montagu devint plus circonspect et plus souple : parvenu de nouveau au faîte des honneurs et du pouvoir, il lit si bien sa cour aux ducs qu'il sut pour quelque temps imposer silence à leur haine. Encore une fois, après les princes, il .'tait devenu le premier personnage de L'Etat.
En sa qualité de grand maître de l'hôtel, ou plutôt de grand maître de France comme on disait le plus souvent. Montagu était réellement le chef de la maison du roi, y compris les hôtels de la reine et du due d'Orléans; il en axait la haute surintendance et y commandait ;i tous Les offices. Il était de plus capitaine de la Bastille qu'on appelait alors le Châtel Saint- Antoine. Pour tous ces faits, des lettres royaux du. '51 octobre L 398 lui attribuèrent quatre hommes d'armes et six arbalétiers. Bref, c'était un véritable maire
trouvai) situé rue Saint- Antoine près du Châtel <l" la porte Saint-Antoine la Bastille : c'était une dépendance de l'hôtel Saint-Pol : "ii l'appelai! la Conciergerie du Châtel Saint Inloine F. Bournon, L'Hôtel royal de Saint-Pol, Mémoires de la Société de l'Histoire il'' Paris el de l'Ile-de-France, I. VI, i>|>. 73, T ; *- 1 l ;:> . Montagu ne dut occuper cet hôtel qu'en qualité de capitaine de la Bastille; or, il m- fui nommé à cette fonction qu'en 1396 (P. Anselme, t. VIII. p. .v,;. .
D'où il suit que, en l'an 1392, Jean de Montagu m- paraît pas posséder d'autre hôtel à Paris '[no le logis Barbette.
.'i | LE QUARTIER BARBETTE
du palais, ayant sa farcie et son escorte. Gomme vidame de Laonnais et chevalier banneret, on le vit, le 1er décembre suivant, faire montre, devant le roi, avec trois ('envers et cinq arbalétiers <!<■ sa compagnie '.
C'est alors que le Logis Barbette resplendit de tout son lustre, et compte même, parmi ses hôtes et ses commensaux, l'un des plus redoutables adversaires de Montagu, le due «le Bourgogne, qui y soupe plusieurs fois, notamment le 30 mai 1396 et le 27 mai 1398 '2.
Pour ajouter aux commodités de ce fastueux séjour, le roi accorda à Montagu, en 1397, le droit de prendre sur les fontaines de l'hôtel Saint-Pol une concession d'eau de la grosseur d'un pois 3.
En nous reportant de nouveau au Procès-verbal des criées, ojijxj-
sitions du 14 mai 1464, que nous avons déjà mentionné et sur
lequel nous reviendrons encore plus d'une fois, nous voyons MontagU, en 1397. ajoutera la suite de son hôtel, par voie d'acquisition. un groupe de maisons situées sur la rue Barbette et du côté des champs, faisant partie non plus de la censive du Temple, mais d'un petit lief dont le titulaire était alors un riche bourgeois de Paris du nom de Michel Mignon'1. La première maison de ce groupe avait précédemment appartenu à Etienne de Bethencourt. puis à Pierre Le Duc. et attenait à la partie ancienne du domaine de Montagu. qui fut jadis la maison a Hobert-Langlois\
Cependant, soit que Montagu trouvât déjà l'hôtel Barbette trop étroit pour lui. et que celui du comte de Savoie dont il venait aussi
1. P. Anselme, t. VIII. p. 3 15. — Montagu était d'une famille de chevaliers du nom patronymique de Le Gros, auquel son grand-père Robert Le Gros avait ajouté celui du petit château de Montagu qu'il possédait près de Poissy-en-Laye. La principale résidence seigneuriale de Jean de Montagu l'ut le château de Marcoussis qu'il avait l'ait édifier Lui-même, eu même temps que L'église paroissiale du lieu et le couvent des Célestinsqui L'avoisinait. Les armoiries de Montagu étaient '.d'argent à In croix d'azur cantonnée de quatre aigles de gueules. — Lu l 100, Jean de Montagu donna à L'église Notre-Dame de Paris la grosse cloche appelée le Bourdon mu Jacqueline, du nom de -a femme Jacqueline de La Grange. Cette cloche a été refondue en 1686.
2. Ernesl l'élit. Itinéraires de Philippe-le-Hardi et de Jean-sans-Peur.