‹ Le quartier BarbetteChapitre 34 sur 121 · La fête de saint Clémenl se célèbre le 23 novembre · texte numérisé non relu

La fête de saint Clémenl se célèbre le 23 novembre

•'. Ce passage du récil de Monstrelel nous apprend donc à quel titre Isabeau de Bavière se trouvait en possession de L'Hôtel Barbette.

3, Isabeau de Bavière avait reçu de la nature ce don vulgaire, mais envié du rang suprême, la fécondité. Elle eul douze enfants de Charles VI : cinq de ses enfants étaient nés avant l'époque fatale où ce prince tomba en démence; mais à cette époque il m- lui restai) que deux tilles. Isabelle et Jeanne, <•! un fils, Charles de France, duc de Guyenne, puis dauphin à la morl de Bon frère aine. — Charles de France étant morl eu 1400, Louis, son frère, né eu 1396, devin) dauphin : il mourut lui-même après avoir été chef du conseil en 1115. cl Jean, duc de Touraine e) de Berri, oé en 1398, cl mort en lil<J. porta pendant quelques mois le titre de dauphin. qui échu) ensuite à Charles VII, cinquième lils de Charles VI. — Le sixième lils de Charles VI esl précisément celui dont il est question dans le récil de Monstrelet : m- le 1 1 novembre rc7.il mourut le jour même de sa naissance; on eu) cependant h- temps de l'ondoyer e) <!<• le nommer Philippe. — Parmi les tilles de Charles VI, Isabelle épousa Richard II. roi d'Angleterre; après la mor) violente île Richard II. Isabelle tut mariée au lils aîné du due d'Orléans, Charles, celui qui fut le père de Louis XII : sa sœur Jeanne épousa Jean VI, duc de Bretagne. — Marie, née en 1392, fut religieuse à Poissy. — Michelle, née en 1394, épousa Philippe-le-Bon, duc de Bouif fils de Jean-sans- Peur. — Enfin Catherine, née en l lui . tut mariée en 1430 à Henri Y. roi d'Angleterre, qui lut institué-, lors de son mariage et contrairement sus droit- de Charles VII, successeur de Charles VI cl régent de France.

A propos des conséquences que purent avoir les amours criminelles d'Isabeau de

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« sa gésine. Lequel Thomas lui dist pour le décevoir : — •< Sire! le " Roy vous mande que sans délay venez devers lui et qu'il a a parti 1er à vous hastivement. et pour chose qui grandement touche à " luy et à vous. » — Lequel duc. oyant le mandement du Roy.

icellui voulant accomplir, combien que le Roy rien n'en sçavoit,

tantost et incontinent monta dessus sa mule, et en sa compaignie « deux escuiers sur ung cheval '. et quatre ou six varlets devant et « derrière, portant torches. Et ses gens, qui le dévoient suivir.

point ne sehastoient; et aussi il y estoit allé petitement acompai- « gné. non obstant que pour ce jour avoit dedens la ville de Paris, o de sa retenue et à ses despens. bien six cens, que chevaliers que « escuiers. Et quant il vint assez près de celle porte Barbète. les

dix huit hommes dessusdiz. qui estoient couvertement armez. « l'actendoient auprès d'une maison. Si faisoit assez brun pour ceste • nuit. Et lors incontinent, iceulx. meuz de hardie et oultrageuse

■ voulenté, saillirent tous ensemble à l'encontre dudict duc. et en

■ y eut ung qui s'escria : « A mort! à mort! •> et le lery d'une - hache, tellement qu'il lui coppa le poing tous jus. Et adonc. le n dit duc. m >iant ceste cruelle entreprinse ainsy estre faite contre

■ lui s'escria assez hault : « Je suis le duc d'Orléans ! » Et aucuns

■ d'iceulx respondirent. en férant sur lui : u C'est ce que nous « demandons! «Entre lesquelles paroles la plupart d'iceulx recou-

Bavière, son éloquent biographe, M. Vallet de Vùïvïlle s'exprime ainsi : ■• [sabeau trahit-elle à ce point >es devoirs qu'elle ait souillé de fruits adultère- la dynastie, la <■ couche royale dont l'honneur lui était confié? Louis, duc d'Orléans, fut-il le com- « plice de cet adultère.' Tout le dit. mais rien ne le prouve. Assez de scandales sur - ■• gissent des annales tle cette époque. Laissons donc retomber dans l'ombre du passé <■ ce problème insoluble. »

Quoi qu'il en soit, [sabeau de Bavière ne fd point mentir les pronostics des matrones qui furent chargées fie l'examiner avant son mariage. ('.•/Ile circonstance a inspiré à Chateaubriand la réflexion suivante : « Il y a des nom- qui sont à eux seuls l'arrêt a des destinées. — » Il est d'usage en France, dit Froissart, que quelque dame, •• comme fille de haut seigneur que ce soit, que l'on veut marier au roi. il convient <• qu'elle soit regardée et avisée toute nue par dames à savoir si elle est propice et o formée à faire des enfants. .. — Du moins les Bancs de cette femme qui devait être

- - gardée toute nue. devaient porter Charles VII. »

i. « C'était une habitude du temps, non seulement qu'un cavalier prît une dame en croupe, mais aussi que deux cavaliers montassent un même cheval. •> On sait aussi comment Charles VI chevaucha incognito à travers les rues de Paris, monté en croupe derrière -on chambellan Savoisy, afin de jouir de l'entrée triomphale de sa jeune épouse, la reine [sabeau.

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■ vrèrent et prestement, par force et habondance de corps, fui

■ abalu jus de su mule, el sa teste toute escartelée, en telle manière que la cervelle chey sur la chaussée ; et là, le retournèrent et renversèrent, et si très terriblement le martelèrent, que là présentement fut mortet occis très piteusement. Et avecques lui fut tué ung jeune escuier alemant de nacion, lequel autrefois avoit esté son page, et lequel, quant il vid son maistre abatu, il se coucha sur lui pour le cuider garantir, mais rien ne lui valut '. Etle cheval qui devant lui aloit, à tous les deux escuiers devant dit/, quant il sentit ces saquemans armez emprès lui, commença à ronfler et avancer. Et quant il les eut passe/ il se mist à courre, et t'usl grant espace queceulx qui estoient sus ne le porent retenir. Et quand il fust arresté, ils virent la diète mule de leur seigneur qui toute seule couroit après eulx, si cuidèrent qu'il feust cheu jus ; et pour ce, la reprindrent-ilz par le frain pour la ramener audit duc. Mais quand ils vindrent près de ceulx qui l'avoient occis, ilz furent menace/, en disant que se il/ ne s'en aloient, ils seroient mis en tel point comme leur maistre. Pourquoy, iceulx voians leur seigneur estre ainsi mis à mort, le laissèrent ethastivement s'en alèreni à l'ostel de la Royne, crians le murdre! Et ceulx qui avoient occis ledit duc, commencèrent à crier à haulte voix : « Le feu! le feu ! » Et avoient leur fait par telle voie ordonné [en leur hostel], que l'un d'eulx, tandis que les autres faisoient l'omicide dessusdit, bouta le feu dedens icellui. Et puis, les ungs à cheval, les autres a pic. s'en alcient liastivement où ils porent le mieulx, en gectant après eulx ehaussetrapes de fer. afin qu'on ne les peust suivir ne aler après eulx. Et, comme la renommée et lame courut, aucuns d iceulx alèrent à l'hostel d'Artois •' par derrière, à leur maistre, le due Jehan de Bourgogne,

1. Ce jeune écuyer s'appelait Jacques 4« Merres ou plutôt Jacob de Malkeren ; Il était du duché de Gueldre. Deux valets de la fruiterie du il ne d't Orléans cherchèrenl aussi â If défendre; l'un d'eux, Robinet Huppe, lui blessé assez grièvement el -<■ réfugia dans une maison de la ru.- des Rosiers r.hez une chapelière, Amelntte Lavelle ; l'autre, Guillaume Quidoit, « lui semblablemenl mutilé ».

•'. L'hôtel d'Artois, appelé aussi hôtel de Bourgogne, avait appartenue Marguerite, comtesse d'Artois, mère de Jean -m- Peur. Il avait >-\r bâti pour l<- comte Le quartier Barbette, ;

« qui ceste œuvre leur avoit (fait) faire et commendée... Et fut le « principal conducteur de ce cruel homicide, ung nommé Raoulet « d'Actonville '. de nation normant. auquel paravant le duc d'Or- (( léans avoit fait enlever l'office des généraulx, duquel le Roy l' avoit « pourveu à la prière et requeste du duc Phelippe de Bourgongne « defunct. Et pour ce desplaisir, advisa le dit Raoulet manière com- « ment il se pourroit venger d'icellui duc d'Orléans. Ses autres « complices avecques lui furent Guillaume Courteheuse et Thomas << Courteheuse, devant nommez, nez de la comté de Guines, Jehan <( de la Mote. et plusieurs autres jusques au nombre dessus dit -.

Robert d'Artois, frère de Saint-Louis. C'est en 1410 que Jean-sans-Peur fit ajouter aux défenses déjà très fortes de ce vaste hôtel le donjon qu'on voit encore aujourd'hui rue Etienne Marcel. Ce donjon est tout ce qui subsiste de l'ancien hôtel de Bourgogne, sur l'emplacement duquel on construisit, vers le milieu du xvi* siècle, une salle de théâtre où jouèrent successivement les Confrères de la Passion, les Comédiens du roi et les premiers acteurs de l'Opéra-Comique. Ce théâtre, qui vit les débuts de Molière, fut démoli en 17S4 : on construisit sur son emplacement la Halle aux Cuirs qui disparut à son tour pour faire place à la rue Etienne Marcel.

1. Raoul d'Auquetonville. On le trouve ainsi dénommé dans une liste de chevaliers et d'écuyers qui reçurent, le 1er mai 1400, des houppelandes à la livrée du roi. On remarque dans la même pièce le nom de Jean d'Auquetonville, sans doute son frère. Tous deux étaient écuyers. Raoul d'Auquetonville, fils d'un capitaine du château de Vire, était originaire d'Auetoville, aujourd'hui commune de 169 habitants dans la Manche.

Suivant les Anciennes chroniques d' Angleterre de Jean Wavrin, le motif qui poussa Raoul d'Auquetonville à assassiner le duc d'Orléans fut le désir de se venger de ce prince, qui. non content de lui avoir enlevé sa femme, lui fit ôter l'office de trésorier général de Normandie. Voir le texte de ces chroniques dans la publication qu'en a faite M1U Dupont pour la Société de l'histoire de France, t. I, pp. 191 et 192.)

D'après la Chronique normande de P. Cochon. Raoul d'Auquetonville avait d'abord proposé au duc Louis d'Orléans de mettre à mort Jean de Bourgogne ; mais lorsque déjà il avait reçu d'avance le prix du meurtre, Raoul se sentit des remords ou des scrupules. Il alla trouver le duc de Bourgogne et lui confia ce secret. Il lui déclara qu'il aimait mieux se « parjurer » vis-à-vis de Louis d'Orléans, que d'assassiner, en la personne de Jean, le fils de son bienfaiteur. Le duc de Bourgogne alors aurait offert à Raoul « d'entreprendre l'opposite », à savoir de tuer Louis d'Orléans, ce que Raoul accepta très volontiers. v Voir la Chronique de P. Cochon, publiée par M. Vallet de Viriville à la suite de la Chronique de h Pucelle. ch. VIII, p. 380V « Cette version était en quelque sorte la version officielle répandue dans les Etats de Bourgogne •> (Vallet de Viriville .

2. Pour l'exécution du meurtre du duc d'Orléans. Raoul d'Auquetonville avait formé une première brigade de trois hommes qui devaient spécialement l'assister : c'étaient Berthet de Montonnes, dit Holinghet, Jean Idier et Huguenia Idier, frères. — Une seconde brigade composée de cinq serviteurs ou compagnons: Jean Lormois, Jean Simonet. Jean Michel. Pierre Baillet et Guillaume de Montdidier, venait à la suite sous le commandement de Robin de Laictre. — Guillaume de Courteheuse et Thomas de Courteheuse. frères, et Jean de la Motte qui avait sous ses ordres Guil-

« Et environ demie-heure après ceulx de la famille du dit duc « d'Orléans quant ils oyrent nouvelles de la mort et occision de « leur seigneur, tant piteuse, tous pleurèrent, et griefment au cuer « courroucez, tant les nobles comme non nobles, accoururent à lui, < et là le trouvèrent mort sur les quarreaulx. Auquel lieu y eut « grandes lamentacions et regrets des chevaliers et escuiers de son « hostel, et généralement de tous ses serviteurs, quant ils virent (( son corps ainsi navré, mort et détranché. Et lors, comme dit est, « en très grande tristesse et gémissements le levèrent et le por- « tèrent en l'ostel du seigneur de Rieux. mareschal de France, qui (( près de là estoit '. Et tost après icellui corps, couvert d'un blanc 0 linceul, fut porté près d'ilec en l'église de Saint-Guillaume -, assez honorablement, car c'estoit la plus prouchaine église où il avoit été occis. Et tantost après, le Roy de Cécile3, lors estant ii Paris, et plusieurs autres princes, chevaliers et escuiers, oyans « la nouvelle de si cruelle mort, en grands pleurs le vindrent voir « en la dite église.

laume Séodane, Roillequin de Warl et Guillaume Berclou vinrent se joindre à Robin de Laictre 'Mémoires de Bouin ou Bauyn compilés d'après les archives de la Cour des Comptes de Dijon, ms. de la Bibl. de l'Institut n°372).

Quatre ans plus tard, les enfants d'Orléans adressèrent au roi une sorte de sommation dans laquelle ils désignaient, comme ayant été consentants et participants de la mort du duc, Charles de Savoisy, Antoine de Craon. le seigneur de Heilly, Renier Pot, et d'autres chevaliers. (Voirla Geste des nobles deCousinot. publiée par M. Vallet de Yiriville. Chronique de la Pucelle, p. 133.) Ajoutons à cette liste le nom d'un Breton, Olivier Bourgault, exécuté en 1 112, à Orléans, comme complice du meurtre. K. Jarry, Vie politique de Louis d'Orléans, Paris, 1890, in-8°, p. 355. — Parmi les ennemis personnels du duc d'Orléans, quelques historiens désignent un certain marchand italien très opulent, du nom de Digne Responde et créancier du prince comme ayant poussé activement à l'exécution de ce meurtre, dans le but de se venger de son débiteur insolvable Vallet de Yiriville, Isaheau de Bavière, pp. 17 et 18).

1. L'hôtel de Rieux, situé Vieille-rue du Temple, avait son entrée rue des Cinges aujourd'hui rue des Guillemites). Il fut habité par le père et le fils, Jean et Pierre de Rieux, successivement maréchaux de France en 1397 et en 1417. Confisqué parles anglais en 1421, sur Pierre de Rieux de Rochefort, il passa en plusieurs mains, fut morcelé, et il est représenté aujourd'hui, n 17 de la rue Yuille-du-Temple, par l'hôtel reconstruit pour Amelot de Biseuil, en 1638, sur les dessins de Cottard. Les ambassadeurs do Hollande l'ont habité ensuite et on l'appelle communément Ilotel de Hollande.

I. a C'est l'église des Blancs-Manteaux. A l'époque qui nous occupe, c'était un prieuré de Guillemites, religieux suivant la règle de Saint-Benoit, et qui s'étaient d'abord établis a Montrouge. On les appelait Blancs-Manteaux à cause de la couleur de leur habit. «

3. Louis, duc d'Anjou, roi de Sicile, cousin germain de Charles VI.

« Si fut mis ledit corps en ung sarcus de plomb, et le veillèrent les religieux de ladicte église toute la nuit en disant vigiles et psaultiers, avec lesquels demourèrent ceulx de sa famille. Et le lendemain, bien matin, fut par ses gens trouvée la main dudit duc et partie de sa cervelle, sur les quarreaulx. laquelle fut recueillie et mise au sarcus avecques le corps. Et tost après, tous les princes estans oudit lieu de Paris, excepté le Roy et ses enfans. c'est assavoir le Roy Loys de Cécile, le duc de Berry, le duc de Bourgogne ', le duc de Bourbon, le marquis de Pont, le conte deNevers. le conte de Clermont, le conte de Vendosme. le conte de Saint-Pol, le conte de Dampmartin. le connestable de France 2. et plusieurs autres, tant gens d'église comme nobles avec grant multitude de peuple de Paris, vindrent tous ensemble h la dite église de Saint- Guillaume. Etlà, les principaulx de la famille du dit duc d'Orléans prindrent son corps avec le sarcus et le mirent hors de ladite église, et avec grant nombre de torches allumées, lesquelles portoient les escuiers dudit duc defunct. Et à chascun costé du corps, estoient par ordre, faisans pleurs et grans gémissemens, c'est assavoir le roy Loys. le duc de Berry, le duc de Bourgongne et le duc de Bourbon, chascun d'eulx tenant la main au dmp qui estoit sur le sarcus. Et après eulx, estoient par ordonnance, chascun selon son estât, les princes, le clergé, les barons, tous recommandans son âme à Dieu son créateur, et le portèrent en celle manière jusques à l'église des Célestins :^.Et là. après son service fait très solennellement, fut enterré très honorablement en une chapelle très excellente, laquelle il avoit fait faire et fonder 4. Et après icellui service fait et acompli. les princes dessus

1. « Oncques, mais, dit-il à la vue du cadavre, oncques mais on ne perpétra en ce royaumesi mauvais ne si traistre meurtre ! » VoirBonamy, Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XXI. p. 535.

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