Charles d'Albret
3. Une terreur superstitieuse s'empara des assistants lorsqu'ils virent que le sang coulait encore à travers les ais mal joints de la bière, comme si le mort eut crié vengeance. En ce temps là, où la tradition des jugements de Dieu n'était pas encore effacée, il suffisait que le sang de la victime se mit à couler en présence de l'accuse pour le reconnaître coupable Voir Essais sur Paris, de Saint-Foix, t. I. pp. 317 à
4. Leduc d'Orléans avait fondé cette chapelle dans l'église des Célestins. en 1393,
diz «t tous les autres s'en retournèrent chascun en son hostel. Si i stoient en ^rant soupçon de savoir la vérité du dessusdit homicide ainsi fait sur le duc d'Orléans. Et de prime face fut aucune- <• nient soupçonné que messire Aubert de Chauny n'en feust coupable pour la grant haine qu'il avoit au dit duc à cause de ce que « audit messire Aubert avoit sa femme soustraicte et emmenée avecques lui. Et tant avoit tenu icelle dame en sa compaignie ■ qu'il en avoit ung lil/. '... Mais tantost après on sceut la vérité du « dit homicide, et que le dit Chauny n'en estoit en rien coulpable. o Et en ce mesme jour, Isabel, la Royne de France, quant elle sceut « les nouvelles dudit homicide fait tant près de son hostel, conceut « si grant fraieur et horreur que, posé qu elle n'eust pas encores « acompli sa gésine, néanmoins se fîst mectre sur une lictière par (( son frère Loys de Bavière, et aultres de ses gens, et sefist por- « ter à l'hostel deSaint-Pol, en la chambre prouchaine de la chambre « du Roy, et là se logea pour plus grant seureté...
(( Et après le corps dudit duc d'Orléans mis en terre comme dit « est, s'assemblèrent tous les princes en l'hostel du Roy Loys 2 « avec le conseil royal et aultres gens de justice, aulquelz fut com- « mandé par lesdis seigneurs qu'ils feissent bonne diligence d'en- « querre se par nulle voye on pourroit parcevoir qui avoit esté l'ac- « teur, ne les complices de faire ceste besongne. Et avec ce, fut « ordonné que toutes les portes de Paris, réservé deux, feussent « fermées, et que icelles deux feussent bien gardées pour savoir qui « en ystroit.
« Et le lendemain qui fut le vendredi se rassembla ledit conseil
en expiation de l'imprudence dont il avait été coupable lors de cette sinistre niascarade «lu Bal <l<'s Ardents où plusieurs seigneurs périrent brûlés tout vifs, et qui failli! coûter la vie au roi et détermina une rechute de sa folie. — Inhumé dans cette chapelle, le 25 novembre 1407, il y attendit près de cent ans le tombeau que son petit-fils, Louis XII. lui lit élever ainsi qu'à sa femme Yaleutine et à leurs deux (ils, Charles et Philippe.
1. La femme d'Aubert de Chauny fut Mariette d'Enghien, mère du fameux bâtard d'Orléans, le comte de Dunois. Nous renvoyons les amateurs d'anecdotes gaillardes au récit que fit le médisant Brantôme de l'audacieuse façon dont le duc d'Orléans ■'avisa un jour de jouer le mari trompé. Vies île* dame» galantes, discours i .
•j. L'hôtel du roi Louis de Sicile b 'appelait l'hôtel d'Anjou et était situé rue de la Tixeranderie Sauvai, t. III, p. 305 .
en l'hostel du Roy à Saint-Pol, ouquel lieu estoient le Roy Loys de Cécile, les ducs de Berry. de Bourgongne et de Bourbon et moult d'aultres gens de grant seigneurie. Et tantost après vint là le prévost de Paris ', auquel le duc de Berry demanda quelle diligence il avoit faicte sur la mort de si grant seigneur comme le seul frère du Roy. Lequel prévost respondi qu'il en avoit faicte la plus grande diligence qu'il avoit peu, mais encores n'en povoit savoir la vérité ; disant que se on le laissoit entrer dedens les hostelz des serviteurs du Roy et aussi des autres princes, par adventure, comme il créoit, trouveroit-il la vérité des acteurs ou des complices. Et lors, le Roy Loys, le duc de Berry et le duc de Bourbon lui donnèrent congié et licence de entrer partout où bon lui semblerait. Et adonc, le duc Jehan de Bourgongne oyant la licence octroiéepariceulx seigneurs au prévost de Paris, eut doubtance et crainte, et pour ce, tira à part le roy Loys et le duc de Berry son oncle, en brief leur confessa et dist que, par l'introduction du dyable, il avoit fait faire cet homicide par Raoulet d'Actonville et ses complices. Lesquelz seigneurs, oyans ceste confession, eurent si grant admiracion et tristesse au cuer, qu'à peine lui porent ils donner response. Et ce qu'ils lui en donnèrent, ce fust en lui très grandement réprouvant la condition et manière du très cruel homicide ainsi par lui perpétré en la personne de son ( propre cousin germain. Et après qu'ils eurent oy la cognoissance dudit duc de Bourgongne retournèrent devers le conseil et ne desclairerent point prestement ce qu'il leur avoit dit... « Lendemain qui fust le samedi, environ dix heures devant nonne, furent les seigneurs devantdiz assemblés en l'hostel de Xeele. où estoit logié le duc de Berry, pour tenir le conseil royal. Ouquel
< lieu, pour estre à icellui conseil, vint le duc de Bourgongne, ainsi qu'il avoit acoustumé. en sa compaignie, le conte Waleran de Saint-Pol. Mais quant il vint pour entrer dedens, son oncle le
( duc de Berry lui dist : « Beau nepveu ! n'entrez point au conseil
< pour ceste fois. Il ne plaist mie bien achascun que vous y soiez. »