CHAPITRE VI
Aliénation de l'hôtel Barbette; sa fin. — Ouverture delà rue Barbette. — Maisons et hôtels bàlis sur remplacement de l'hôtel Barbette : La maison du tt Petit paradis » ; l'hôtel d'Kstrées ou de Corberon ; la maison du D'Missa; l'hôtel Bigot de Cborelle ; l'hôtel de Choisy; l'hôtel Massu; l'hôtel deMigien; les maisons de Jean Le Peuple; l'hôtel de Bigot de Morognes; l'hôtel de Souvré; l'hôtel de Goussainville ; l'hôtel de Le Mayrat de Saint-Cyr; l'hôtel de Thumery; l'hôtel de Montarran ; l'hôtel Ttirgot; l'hôtel Le Mayrat d'Ozembray; l'hôtel Le Marié d'Aubigny; l'hôtel de Brégis; l'hôtel de Pommereu et la porte de l'hôtel Barbette.
Diane de Poitiers ne garda pas le vieil hôtel de la reine Isabeau jusqu'à sa mort; car, en 1561, c'est-à-dire cinq années auparavant, ses deux filles. Françoise de Brézé, veuve de Robert de La Marck. duc de Bouillon, et Loyse de Brézé. femme du prince Claude de Lorraine duc dWumale, en étaient déjà propriétaires par indivis, et pouvaient en disposer pour le morceler et le vendre lot par lot.
C'était encore « ung grand hostel consistant en plusieurs places, « maisons, estables, édillîces. courts, jardins et lieux nommés et « appelés autrement l'hostel de Barbette, assis en cette ville de « Paris, en la Yieille-rue-du-Temple : les dits lieux comme ils se « poursuivent, comportent et estendent de toutes parts et de fonds « en comble : ayant issue par derrière en la rue de Dianne ' et en « la rue des Poullyes. autrement dicte des Francs-Bourgeois, tenant « d'une part au jardin de feu Mgr. Jehan Bertrand, en son vivant « cardinal de Sens, d'autre part à M. l'évesque de Mende -, abou-
1. Cette rue a été plus tard appelée pue des Trois Pnvillons. à cause d'une maison, dite des Trois Pavillons, située au coin de la rue des Francs-Bourgeois et de celle-ci, qui appartint à Anne Châtelain, femme du fermier îles gabelles, Aubert de Fontenay, celui qui fit construire l'hôtel Salé rue Thorigny. Quant au nom de Diane que cette rue a d'abord porté, c'est évidemment en souvenir de Diane fie Poitiers. C'est à tort que Sauvai a dit qu'elle a été ouverte sur l'emplacement de l'hôtel Barbette, car elle existait déjà sous le nom de rue Culture Sainte Catherine en 1545 [Jaillot, t. III, quartier Saint-Antoine, p. 99 . C'est aujourd'hui la rue Elzévir.
2. En ce temps-là. l'évèque de Mende était Nicolas Dansai. (Voir notre notice sur
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<( tissant d'un bout par derrière aux susdites rues Dvanne et dea Poul- « hi's. et d'autre bout par devant à la dicte Vieille-rue*du-Temple...
a lu pour ce que les lieux estoient en grand ruyne el décadi <( et que les dictes dames n en faisoient leur profflet, et qu'ils en « pourroient tenir grands deniers en les vendant et aliénant, icelles
dames en auroient faict Paire plusieurs places el partitions à ce « cognoissans, etauroient faict assçavoir à plusieurs personnes que
1rs dictes places et lieux estoienl à vendre ' »
C'est la fin de ce fameux logis qui abrita de si hauts personnages, dont une reine de France, et qui. depuis un siècle, appartenait à la famille de Brézé. !)<• nouveaux hôtels s'élèveront bientôt sur l'emplacement de ses anciens bâtiments démolis, de ses (.ours et de ses jardins abandonnés, au travers desquels une rue sera ouverte en 1563, et perpétuera par sa dénomination le souvenir de l.i célèbre et royale résidence disparue.
Nous voulons parler de la rue qu'on devait d'abord appeler la la grande rue de Barbette -, mais qui fut en réalité baptisée rue Neuve de Barbette, en attendant d'être la rue Barbette tout court. Quant au prolongement de la Vieille-rue-du-Temple, qui, dans ces parages, avait été jadis dénommée rue de la Poterne Barbette ou bien rue de la Courtille Barbette, puis rue Barbette, il devint alors la rue Vieille Barbette ou la Vieille rue Barbette ; le nom de Vieille rue du Temple ne lui fut donné qu'au commencement du wii' siècle. Cependant.de ces différentes dénominations, il n'en est point, au dire de Sauvai, que l'on ait autant tâché de conserver que celui de Barbette, « car, en 1596 et en 1608, les grands prieurs du
Temple firent réformer les enchères de deux maisons de cette « rue. où l'on avoit mis qu'elles étoient assises dans la Vieille-rue- <( du-Temple... ; et, par deux sentences du Chàtelet. ils firent ordon- « ncr qu'à la place il seroit écrit qu'elles étoient situées dans la " Vieille rue Barbette, et cela dans un temps qu'on commençoit à • oublier son imin cl se lasser de la nommer :!. »
l'Hôtel de Thorigny, dans le Bulletin de h Société </-■ l'histoire de Paris et <lf t'Ilc-le-
l'r.HK ,-. 1895, p. ~ï.
1. Titre de propriété de M. Coutela du 9 novembre 1561 <'"l<' n 40 .
■'. Ihi.l.
.}. Sauvai, t. I, pp. 163, 164
104 LE Ql iH riEB BARBETTE
Afin de compléter l'étude que nous avons entreprise sur ce coin de notre vieux Paris, nous allons rapporter succinctement l'histoire de chacune des maisons qui ont été construites sur l'emplacement de l'hôtel Barbette, et dont l'ensemble délimite exactement, par son contour, le périmètre véritable de cetancienet royal pourpris. Pour cela, nous adopterons l'ordre topographique indiqué par la feuille n" 18 du Plan terrier du Temple de 1789 '. où chacune de ces maisons se trouve figurée et désignée par une sorte de numéro cadastral.
N° 24. — La Maison « du Petit Paradis ». — Cette maison représentée actuellement par le n° 1 1 bis de la rue Elzévir. et située à l'angle de la rue du Parc-Royal, vers l'entrée de la rue de Thorigny, occupait l'emplacement de la parcelle de terrain achetée, le 8 octobre 1561, aux filles de Diane de Poitiers, les duchesses de Bouillon et d'Aumaïe, par Jean d'Alimaire et sa femme Nicole Marchand, qui y tirent construire une maison appelée le Petit Paradis ~. Après eux. cette maison appartint à Jean Desprès, bourgeois de Paris, puis à Jean de Donon, s1' de Montpéroult, trésorier des bâtiments du roi :i, qui en fit déclaration le 3 janvier 1001 . et la vendit, le 22 décembre 1628, à M. Aimé Péronnet de Siron, trésorier de France. La veuve de ce dernier, dame Elisabeth Le Sergent, la revendit, le 10 février 1647, à Jean Doublet, dont le fils Jean Doublet, avocat au parlement, hérita ; celui-ci. par testament du 8 juillet 1745, légua l'immeuble à Bernard Garnier, procureur en la cour de parlement, et à son épouse Madeleine Deshaves. Enfin, par sentence de licitation du 8 juillet 1758, rendue, aux requêtes du Palais, (Mitre les héritiers dudit Garnier et de son épouse, M° Jacques de Commines, écuye'r, s' de La Borde et de Marsilly, s'en rendit
1. Arch. Nat., X1 1 i Seine . — Nous reproduisons ce plan ;'i la suite du présent volume.
2. Iliitl.. MM 1TJ: S 5591, 5596 el 5081s. — C'est à cause de l'enseigne de cette maison (pie la rue du Parc Royal a été appelée pendant quelque temps la rue du Petit Paradis.
3. Jean de Donon, sr «le Montpéroult, était en 1590 concierge du château de Fontaînebleau et contrôleur des bâtiments dudit château : en 1608, il était concierge du Louvre, el il visitait, l'année suivante, les quais de Paris, comme contrôleur général des bâtiments de S. M. Bauchal, Nouveau dictionnaire des Architectes français .
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adjudicataire : il en était encore propriétaire en ITS'.l ', et il y avait pour locataire M. de Saint-Laurent, grand-maître des eaux et forêts .
N" 23. — Hôtel (TEatréea ou de Corberon (aujourd'hui n,,s 2, i, li. S et l<> de la rue Barbette). — Parmi les pièces qui établissent le cens de cet hôtel, le « Procès verbal des criées et oppositions du Châteletdu I i mai 1464 » et un •> titre nouvel n de Diane de Poitiers du 23 février 1545 sont mentionnés .
En 1571, Guillaume Lottin, conseiller du Roi et maître ordinaire de la chambre des comptes, succédait en ce lieu, d'une part, à la veuve d'un maître-étuvier, Pierre Lenoir. pour une maison correspondant ;i présent au n" S de la rue, et, d'autre part, à Simon Bellanger, médecin ordinaire du Roi, pour un jardin correspondant aux nn9 2, i et li actuels. Au dit Lottin succéda Gilles de Montpéroult, s' de La Bleige, maître des requêtes, qui vendit la propriété, le 13 décembre 1635, à Léonard Goulas, conseiller du Roi en ses conseils d'État et privé, secrétaire des commandements de Monsieur, frère du Roi; lequel au droit du n° 6 actuel) augmenta en profondeur ladite propriété d'une superficie de 2i toises qu'il acheta au sr Péronnet de Siron, trésorier de France, le 2o mars suivant, pour y bâtir une annexe à la maison qu'il avait auparavant acquise du s' de Montpéroult4. Quant à la partie correspondant au n° 10 actuel, elle avait d'abord été achetée aux tilles de Diane de Poitiers par Jehan Foucault, concierge de l'hôtel neuf de Montmorency ; la veuve de celui-ci en hérita ; elle passa ensuite à Jean Duhamel en 1596 °, puis à Marie Legrand, puis à Ftienne Perriquet, receveur des gabelles de Lyon |;.
Lutin, le tout (nos 2, i, l>, H et 10 actuels) appartint à un frère de la belle Gabrielle, François-Annibal d'Estrées, maréchal de France qui en lit déclaration le 11» décembre 1663 et le 2i mai 1668; il y