VIEUX HOTELS DE PARIS
le Palais-Royal. Marché fut passé avec un nommé Bertault, pour un forfait de 3.332 500 francs. Quelques années plus tard, sur les 180 arcades qui composaient l'entourage, 166 en avaient été revendues pourla somme de 10.543.500 francs. L'opération n'avait pas été mauvaise. Et ce sont peut-être ces arcades si rémunératrices pour le prince, que Camille Desmoulins, coulé en bronze, semble d’un geste oratoire, désigner à la fureur publique.
Au centre du jardin était situé le cirque, à demi-souterrain, qui servit de manège, de salle de bal, et même de théâtre. Construit en 1788, il fut, dix ans plus tard, la proie des flammes, après avoir entendu les orateurs du club des Amis de la vérité, ou du club social, et être devenu, en terminant, le Lycée des Arts. Mais il n’appartient pas, nous le répétons, au cadre de cette étude, de rappeler en détails l'histoire des nombreux maisons de jeux — le fameux 113 auquel Cuisin a cons: ouvrages légers —, non plus que cette promenade des filles publiques demeurée tristement célèbre Le café Foy, Corazza, sans oublier Véfour et le café de Chartr fourniraient maintes anecdotes, dont la plupart sont connues, souvenirs joyeux ou tragiques que la voix du canon continua, sur le coup de midi, d’éveiller longtemps.
café
un de
Élévation de la salle de jeu, du côté de
cannelées aux chapiteaux corinthiens ; aux voussures, l'aigle impériale et le monogramme J.-N ; le cabinet même du Directeur, ancien salon, avec ses portes à vantaux, ses boiseries dorées, orntes de sphynx, de paniers à fleurs et de guirlandes. Au centre, un panneau de style Louis XVI, est fait de tiges enlacées en couronne d’après un dessin de Contant. Des fleurettes polychromes ont été ajoutées postérieurement. Les serrures des portes sont à l'aigle impériale. A côté du cabinet directorial, le bureau du secrétaire général a conservé des dessus de portes aux femmes et aux amours, des boiseries Louis XV aux luxueuses dorures. Le cabinet directorial et le bureau du secrétaire général avaient autrefois la même hauteur de plafond que le salon d'attente; mais le plafond de ces deux pièces a été surbaissé, et de la terrasse on peut aisément se rendre compte de cette opération.
Sous les fenêtres du ministère des Beaux-Arts, donnant sur la cour d'honneur, la galerie des Proues, seul vestige de l’ancien mur de l’époque Louis XII, avec ses curieuses sculptures, qui rappellent les fonctions de surintendant de la navigation, exercées par Richelieu, conduit au jardin, dont il convient de dire quelques mots rapides. Il appartenait à Philippe-galité de faire construire, de 1780 à 1784, sur les plans de Victor-Louis, les bâtiments qui entourent
6 22 pri)
a porte qui donne entrée au grand salon du 1e étage.
La vogue du Palais-Royal a ce
é depuis un quart de siècle. Les somptueuses boutiques se sont fermées ; les commerçants de luxe ont émigré vers les grandes artères : la rue de la Paix, l'avenue de l'Opéra, les Champ rsées. Dans les devantures encore ouvertes, la poussière recouvre nonchalamment les derniers bibelots, poussière de ce passé auquel viennent rêver, en ce coin désert, les amateurs du vieux temps.
MAISON, 21, Rue Thérèse.
PRTREURTS
On pouvait, quelques années avant la guerre, remarquer encore, au n° 21 de la rue Thérèse, une jolie porte cochère de style Louis XIV, en bois sculpté. Cette porte a disparu, lors du remaniement de cet immeuble, en 1913, quand celui-ci devint la salle à manger de l'Hôtel des Deux-Mondes. Ce que la transformation de
la Butte-des-Moulins avait épargné, les exigences des installations,
nécessitées par les allées et venues toujours plus nombreuses des étrangers, l'ont impitoyablement sacrifié. Fort heureusement un cliché de cette porte avait été pris avant sa démolition; l’image en sera, du moins, fidélement conservée. Sous un fronton de guirs, retenues au centre par un masque et un bangement ouvré, apparaiss à l'antique se regardant et
landes gracieus deau de feuilles de chêne la portes mêmes, deux profils d'hommes encadrés de feuillage. Deux autres masques soutenaient les heurtoirs. On peut considérer, d’ailleurs, une porte analogue au n° 58 de la rue Saint-André-des-Arts. Mais, dans cette dernière, le fronton est fait de deux amours avec rinceaux entourant un monogramme, tandis que les médaillons d'hommes sont soutenus par des lions couchés, soulignés d’une frise de godrons, et que le montant cen-
ent sur les
tral de la porte est décoré de feuilles de chêne. La rue Thérèse, qui relevait autrefois de la censive de l’archevéa reine de France, épouse de Louis XIV. Ce
ché, doit son nom :
ne fut d'abord qu’un prolongement de la rue du Hasard *, qu’elle a englobée depuis. Elle fut ouverte, à la suite d’un arrêt du Conseil en date du 15 septembre 1667. Sur le plan annexé au Terrier du Roi (1705), on la voit, faisant suite à la « rue du Hazard », de la rue Sainte-Anne à la « rue de Vantadour » (sic), qui se terminait alors par un chantier appartenant à une demoiselle Passemart. ait des bou-
Elle était coupée par la « rue Royalle * ». On y vo tiques à l'Image de Saint-Crespin (n° 2 du terrier), à l'enseigne de a ville de Rheims (n° 3) ou de la Botte des Noyers (n° 13). Ce inte-Anne, et son voisin le n° 12 —
n° 13, angle droit de la rue S:
es numéros se suivaient alors sans distinction de pair et d'impair — appartenaient au s' Populus, intendant du prince de Condé
La dame Bouin était propriétaire des n°° 7 et 8, dans le bas, apr n° $, où elle habitait, à l'angle opposé
a rue Royale, ainsi que du de la rue Ventadour. Si l'on compare le plan du Terrier avec la figuhérèse, en tenant compte de la coupure
ration actuelle de la rue produite alors par la rue Royale, et en observant les distances entre cette dernière et la rue Sainte-Anne, on peut supposer, sans toutefois l’affirmer, que le n° 21 actuel correspond, soit au n° 10 du
Terrier, appartenant à la veuve Guessart, et formant l'angle gauche de la rue Royale, soit plus exactement encore au n° 11 qui lui était
ir le terrier, le n° 10 n’est pas mentionné avec
mitoyen, En effe porte cochère, tandis que le n° rx est indiqué comme « maison à porte cochère appartenant au s' d'Estival, premier commis de M. Chamillard 5, contrôleur général des Finances — y demeurant ». En se référant à la planche qui reproduit la belle porte Louis XIV, on conviendra que cette importante œuvre de sculpture était digne
de clore la demeure du s' d'Estival.
Sans remonter aussi loin, les pièces officielles que nous avons recherches, conduisent à l'achat
pu consulter ap € nombreus de la maison de la rue Thérèse * par Jean-Pierre Graffin, qui s’en rend adjudicataire, au bureau du domaine national, le 9 ventôse an LIL. L'immeuble rentrait ainsi dans la communauté de biens farie Lozeray, suivant
existant entre lui et sa femme, Adélaïde contrat de mariage passé devant M° Lemaire, le 24 septembre 1793, antérieurement à la présente acquisition.
Après la mort de Jean-Pierre Graffin, sa veuve et ses enfants
— Anne-Madeleine-Julie, épouse de Louis-Pierre Lechatelier,
— Jean-Barthélemy-François Graffin,
— Armand-Amable-Benoît Graffin,
— Claude-Marie-Rosalie, mariée à Louis-Stanislas Crépin, mirent en vente la maison de la rue Thérèse qui fut adjugée, le 5 mars 1808, à Pierre Charuel et Rosalie Verne, son épouse, communs en biens aux termes de leur contrat de mariage reçu le 13 pluviôse an II par M° Lemoine. Aussi, lorsque Pierre Charuel
1. Ce nom venait d'un tripot, installé en 1622 au no 6 actuel.
2. La rue Royale -Roch, anciennement rue Neuve-de-Richelieu, et devenue rue des Moulins dans la partie subsistante.
secrétaire d'
re et contrôleur général des Finances, dont
de la gu
Saint-Simon a rappelé l'habileté au billard, et qui se donna pour tâche de rechercher avec
Desmaretz les gains illicites des financiers. j. No 534 en l'an IL; puis ne 5, n° 11 (avant 1880) ct n° 21 après la réunion de la rue
du Hasard à la rue Thérèse.
décéda, au partage et à la liquidation des biens résultant de cette communauté, et à la demande formulée par M"° Charuel contre le subrogé tuteur de sa fille Charlotte-Gabrielle, le tribunal, par jugement du 21 août 1833, sur le rapport des experts, attribua la maison à la veuve Charuel.
Charlotte-Gabrielle Charuel épousa Jules-Victor Béchet, et le jeune ménage vint habiter avec la veuve Charuel au n° 16 de la rue Saint-Florentin. Mme Charuel décéda au milieu de l'année 1857 -verbal d'inventaire fut dressé le 6 juin, — apr vendu à son gendre Béchet et à sa
avoir,
— le procë le 6 avril de cette même année fille la maison que le tribunal lui avait attribuée.
Les 19 et 20 mars 1863, par contrat passé devant M° Dubois, Jules-Victor Béchet vendait, à son tour, à Pierre-Jean-Charles Robin, bijoutier, demeurant à Paris, rue Croix-des-Petits-Champs, HUM
Une maison, sise à Paris, rue Thérèse, n° $. Cette maison consiste en un
principal corps de bâtiment sur la rue, double en profondeur, cour ensuite à droite de laquelle le dit bâtiment forme retour d’éque ves d’un rez-de-chaussée, de quatre étages carrés dont un entresol, et d’un cinquième lambrissé. Le tout tient par devant à la rue;
à droite à M. Chapard ; à gauche, à M. Lavalade.
Elle est élevée sur c
Au moment de cette vente, l'immeuble était loué en majeure ène Vass
partie au notaire Ar: ée pour ses minutes, le premier étage pour son étude, le second étage pour
son habitation, sans compter cinq chambres au quatrième et un
al, qui occupait le rez-de-chau
grenier.
an-Charles Robin décéda le 25 octobre 1874, à Champisur-Marne, laissant pour héritiers sa veuve, et son fils Louis- Alfred également bijoutier. Par acte de partage du 22 mars 1875 « la maison sise à Paris rue Thérèse, n° $ ancien et actuellement n° 11 » fut attribuée à Me veuve Robin. A la mort de cette dernière, Louis-Alfred Robin recueillit l'immeuble, qu'il vendit conjointement avec Marie-Cécile-Georgette Henry, son épouse, à -Frédérie Lelarge, le 25 mars 1889.
déric Lelarge, ancien industriel, habitant à à ES 82 Et 241
Thierry.
Enfin, Thierry-Fré Reims, et Louise Courtois sa femme, par acte pa mai 1911 devant M° Jolivet, notaire en cette ville, vendaient à Charles-Joseph, baron de Gargan :
Une maison, à Paris, rue Thérèse n° 21, comprenant un bâtiment en
façade sur la rue avec retour d’équerre à droite dans la cour; le dit bâtiment
élevé sur caves d’un rez-de-chaussée, de quatre étages, et d’un cinquième étage mansardé; cour au fond à gauche. Le tout, d’une contenance de 218 mètres, tient par devant à la rue, à droite à M. le baron de Gargan, à gauche à M. Pris, et au fond à M. le baron de Gargan, à M. Dreyfus et
"siono-
Cette description est intéressante, car elle donne une ph mie de la maison avant sa transformation complète. Elle fait connaître également que la famille de Gargan — l'immeuble de la rue Thérèse appartient aujourd’hui encore aux héritiers du baron de Gargan — possédait, d'autre part, les propriétés voisines. Au surplus, lors de la vente du matériel de l’ancien hôtel des Deux- Mondes, le 2 août 1893, on vit intervenir le baron François-Marie- Théodore de Gargan et Hortense-Alice d'Espivent de Villeboisnet comme propriétaires de la partie de l'hôtel donnant sur l'avenue de l'Opéra. C’est donc postérieurement, en 1911, et pour agrandir le quadrilatère, formé par le nouvel hôtel des Deux-Mondes, que le baron Charles-Joseph de Gargan se rendit acquéreur du n° 21 de la
rue Thérèse.