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LES VIEUX HOTELS DE PARIS

L'état de lieux donne une description sommaire, où sont mentionnées des boiseries et des cheminées aujourd’hui disparues. Il signale dans une chambre, au bâtiment en retour, du fond de la cour, deuxième étage :

Au-dessus de la cheminée... une glace dans son parquet... La bordure de la glace ornée de moulures et de sculptures. Au-dessus est un bas-relief avec la bordure, aussi ornée de moulures et de sculptures.

Il décrit ensuite le bâtiment en aile, le bâtiment sur la rue, montrant que le marquis de Ségur avait loué l'hôtel dans son ensemble. Le bail fut renouvelé, cinq ans plus tard. On lit, au bas du document, de la main du marquis de Ségur :

M'obligeant de plus, moi, marquis de Ségur, de rendre à la fin du nouveau bail qui a été passé chez maître Cordier, l'écurie double, telle que me l'a cédée M. Le Tellier. Paris, ce 11 may 1773.

L'inventaire dressé le 26 août 1785 et les mois suivants donne une description plus détaillée pour la période où le maréchal avait installé à cette adresse les bureaux de son ministère :

Premier hôtel rue S'-Florentin, numéro 5 occupé par le maréchal de Ségur.

Cet hôtel consiste en un corps de bâtiment sur la d. rue S'-Florentin, double de profondeur, de cinq croisées de face sur la d. rue et de quatre sur la cour: au derrière, élevé d’un rez-de-chaussée, d’un étage d’entresol et de deux grands étages quarrés, d’un troisième étage en mansarde et pointe de grenier au-dessus ‘.

Bâtiment sur rue. Pas

age de la porte cochère, plafonné, avec corniche au pourtour.

Premier étage, composé d’une première antichambre, d’une seconde anti-

chambre servant de salle à manger, avec bûcher à côté, d’un salon, d’une

chambre à coucher, d’un cabinet de toilette, d’un boudoir, d'un corridor, d’une garde-robbe et d’un cabinet de lieux à l'anglaise.

Deuxième étage, composé d’une première antichambre, d’une deuxième antichambre avec bûcher à côté, d’une chambre à coucher, d'un grand cabinet, d'un cabinet de toilette, d'un boudoir, d’un corridor, d’une garde-robbe et d’un cabinet de lieux à l'anglaise.

On sait que Philippe-Henri, marquis de Ségur * avait eu, fort jeune, un bras fracassé à la bataille de Lawfeldt et que, voulant commander une dernière charge, il ne se fit amputer qu'après la victoire. Il était fils d’une bâtarde du Régent, Marie-Angélique de Froissy, mariée à Henri-François, comte de Ségur. Il était dur pour es officiers et pour lui-même, mais plein de sollicitude pour le soldat, dont il adoucit les châtiments corporels. On lui reproche d'avoir exigé des officiers des lettres de noblesse pour entrer dans ‘armée : il aurait, au contraire, combattu et signé malgré lui semblable ordonnance.

Le 23 décembre 1780, sur la proposition de Necker, il remplaça e comte de Montbarrey au ministère de la Guerre et, en 1783, créait un corps permanent d'officiers d'état-major. Maréchal de France cette même année, il résigna son portefeuille le 29 août 1787. Il avait épousé une créole de Saint-Domingue, Louise-Anne-Madeleine de Vernon, morte en 1778, fut emprisonné sous la Terreur, mais reçut de Bonaparte, en 1800, une pension de 4.000 francs. C'était la récompense d’une vie passée au service du p de nombreuses blessures.

Telle est la mâle et énergique figure qu’il est possible d'évoquer entre ces murs. Les bureaux de la Guerre ont fait place aux salons d’un grand couturier, prolongement de l'installation voisine... La guerre en dentelles!

et le paiement

Immeuble portant le n° r1.

Si le n° r1 de la rue Saint-Florentin passe pour avoir été construit sur les dépendances de l'hôtel de Chiverny, il se sépare des

1. L'immeuble a été surélevé d’un étage par le Mis de Las-Cases. 2. 1724-1801, cf. Mémoires du Comte Dufort de Cheverny, Plon, 1886, et le Maréchal de Sigur par le Cie de Ségur, Plon, 1895.

deux numéros précédents quant aux origines, encore que l’alignement de 1757 ait été, selon toute vraisemblance, cause directe ou indirecte de la disparition du premier hôtel. Lefeuve attribue ce dernier à Louis de Clermont, comte de Chiverny. Né en 1645, bailli de Dôle, envoyé extraordinaire à la cour de Vienne, gouverneur du duc de Chartres en 1716, il avait épousé Marie-Johanne, fille du marquis de Sommeri, et mourut le 6 mai 1722 sans postérité. Le titre de comte de Chiverny — on écrivait aussi Cheverny — Jui venait de sa mére, Cécile-Élisabeth Hurault, comtesse de Chiverny, qui porta cette terre du Blaisois dans la maison de Clermont lors de son mariage, le 8 février 1645, avec François-de-Paule de Clermont, marquis de Montglat. Elle était le septième enfant de Henri Hurault, comte de Chiverny, bailli de Blois, gouverneur des ville de Chartres et pays Chartrain *.

La maison actuelle fut édifiée pour un conseiller du roi, Jean- Baptiste Bersin, qui avait l'intention d’en faire son habitation, mais en fut empêché par la mort. Dans l'inventaire après décès, dressé par Me Momet, les 26 octobre 1772 et jours suivants, conservé en l'étude Lefèvre, on lit :

Du dit jour du sept du d. mois de novembre 1772... trois heures de relevée. se sont transportés à la d. maison rue Saint-Florentin, où, étant arrivés, il a été procédé par continuation à l’inventaire et description de tous les biens. qui vont se trouver dans la d. maison rue Saint-Florentin, et que

le d. feu s° Bersin avoit dessein d’occuper.

Jean-Baptiste Bersin, grand audiencier de France, s'était rendu adjudicataire du terrain nécessaire à la construction de cet hôtel, le 3 juin 1767. Il s'était rendu également acquéreur du terrain voisin, mais au moment de sa mort, la seconde maison n'était pas encore construite. Le fait est mentionné dans l’acte de donation fait à sa fille par Louise-Angélique Naudin *, veuve de Jean-Baptiste Bersin. L'acte fut passé devant Momet le 15 mars 1785 et donne, en cette dernière année, le nom du locataire, qui permet d'identifier la mai-

son dont il s’agit :

Premièrement, la moitié d'une maison sise en cette ville, susd. rue Saint- Florentin, actuellement occupée par M. le M5 Delavalette, lieutenant-colonel d'infanterie, suivant le bail qui lui en a été fait par devant Momet... le 30 novembre 1782, moyennant cinq mille livres de loy: laquelle m consiste en une porte cochère sur la d. rue Saint-Florentin, vestibule, entre-

on

sol, premier et second, appartement double, caves, greniers, remise et écuries, avec logemens de domestiques et autres appartenances et dépendances de cette maison, que la d. de V*° Bersin, et le feu s° son mary ont fait construire sur partie d’un terrein dont ils s’étoient conjointement rendu adjudicataires au Parlement, sur la licitation qui en avait été portée par arrêt du 3 juin 1767, sous le nom de M. Dutacq, procureur de la Cour.

Secondement, la moitié, et tout ce qui lui appartient dans une autre maison sise aussi en cette ville, susd. rue Saint-Florentin, que la de V* Bersin occupe avec Madame sa fille , et qui consiste aussi en une porte cochère sur la d. rue Saint-Florentin, premier et second appartement, cave, greniers, loge du portier, cour, écuries, remises et terrasse, et autres appartenances et dépendances de cette maison que la d. d° V' Bersin a fait construire depuis le décès de s. son mary sur l’autre partie du terrein dont ils s’étoient rendu adjudicataires en la Cour, par l’adjudication cy-dessus dattée.

En qualité de seule héritière de son père Jean-Baptiste Bersin, et comme suite à la donation entre vifs faite par sa mère Louise Angélique Naudin, Claude-Louise-Angélique Bersin recueillit l’hétel de la rue Saint-Florentin, n° 11 actuel.

Claude-Louise-Angélique Bersin avait épousé, le 13 mars 1747, Anne-Emmanuel-François-Georges Crussol d'Uzès d'Amboise, appelé marquis de Crussol d’Amboise, lieutenant-général des armées du roi, dont elle se sépara de corps et de biens. Son mari n'avait d’ailleurs été attiré que par sa dot et ses espérances. Ce ne furent certes pas les traits massifs et la taille de six pieds de cette femme, pourtant intelligente, qui l'avait séduit. Accusée de trahison à

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