LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE
FOUQUIER-TINWLLE, accusateur public, HERMAN, président. JURY, GENDARMES, FOULE. — Au banc des accusés, DANTON, DESMOULINS, HÉRAULT, PHILIPPEAUX, Y\ ESTERMANN, — CHABOT, LES FREY, personnages muets ; FABRE D'ÉGLAN- TINE, dans un fauteuil au milieu d'eux. — Au premier rang du public, le peintre David et quelques amis. — Les fenêtres de la salle sont ouvertes. On entend le remous de la foule au dehors. De temps en temps, apparaît par le guichet d'une porte, derrière le président, la tète de VA- D1ER, surveillant le procès. — Près de la porte, debout, le général HAN- RIOT. Herman et Fouquier-Tinville jettent par moments des regards inquiets vers lui.
On interroge Chabot et les Frey. — Danton s'agite avec indignation. Desmoulins semble accablé. Hérault, calme, regarde en souriant. Philippeaux, les mâchoires serrées, les yeux fixes, se prépare à la riposte. Fabre, souffrant, est affaissé dans son fauteuil. — La foule se pousse et regarde avidement. Elle souligne toutes les péripéties du prgcès, à la façon d'un public qui assiste à un mélodrame, — amusée et émue tout ensemble l.
LE PRÉSIDENT, aux Frey.
Vous êtes les agents de Pitt. (a) Vous avez voulu corrompre la Convention. Pour favoriser vos spéculations et vos rapines, vous avez fait le projet d'acheter les représentants du peuple. Vous avez tarifé chacune des consciences.
i. On n'a noté qu'une partie des mouvements cl des clameurs de la foule. Ces indications doivent varier avec les éléments dont on dispose, à la scène.
LE PEUPLE
Murmures au lever du rideau, (a) Ah! canailles: traîtres ! vendus!
DANTON 2:;i
DANTON, retentissant, ùdent, donne-moi la parole ! (a)
LE PRÉSIDENT
Votre tour viendra, Danton.
Qy'ai-je à faire au milieu de ces ordures? Quel rapport entre moi et ces voleurs ?
LE PRÉSIDENT
On vous le dira.
La noblesse naturelle de mon caractère me défend d'accabler ces gueux. Vous le savez, et vous abusez de mon silence, pour tâcher de me confondre dans l'esprit du peuple avec des banquiers malpropres, des tripoteurs, des concussionnaires. (6)
HÉRAULT
t'agite pas, Danton.
LE PIM SIDEN i .
Respectez la justice; vous vous expliquerez tout à ['heure.
i 01 Q1 n.ii-iiNVii.i.i:.
Tiens-toi tranquille, Danton. Tu auras à répondre comme tes coaccusé, au chef de corruption.
irruption <le Danton ne ^»v me! pas à la remorque de la canaille. Donne-lui au moins la première place. Danton ne saurai! rire le second en rien, ni dans le vice ni
i lu. (c)
m i ; i Pi i .
( û) S'agiUat, intéressé, te poussant |
l tanton qui i parlé !...
Q>) Riant, — As-tu entendu ? Il -• foui en colère
i t.im.u\ :... tu rerrai tout ■ l'heure.
PHILIPPE AUX
Tais-toi et sois prudent.
LE PRÉSIDENT, aux Frey.
\ ous êtes juifs de naissance, originaires de Moravie ; vous vous appelez Tropuscka. Vous avez ensuite pris le nom de Schoenfeld, sous lequel vous avez acheté en Autriche des lettres de noblesse; puis vous êtes passés en France, et vous vous nommez Frey, pour le moment. Une de vos sœurs a reçu le baptême (a), et est entretenue par un baron allemand. L'autre a épousé Chabot, ci-devant capucin (6), actuellement représentant à la Convention. Vous vous étiez associés à quelques aventuriers de race douteuse comme vous: Diederischen, originaire du Holstein, employé de banque à Vienne ; Gusman, dit l'Espagnol, qui se faisait passer pour un baron allemand ; le ci-devant abbé d'Espagnac, fournisseur des armées. La complicité de quelques députés achetés favorisait vos agiotages. Chabot vous servait d'intermédiaire avec ses collègues. Il s'était luimême évalué à i5oooc livres, (c) Il se chargea de votre part d'en porter iooooo à Fabre d'Églantine. (d) Fabre falsifia pour ce prix le décret de la Convention, relatif à la liquidation de la Compagnie des Indes. Je fais passer l'original sous les yeux du jury, (e)
LE PEUPLE
(fl) Rires.
(0) Rires plus forts.
(c) Exclamations.
(d) Une fili.e, montrant Faine. — C'est celui-là, là-bas, dans un fauteuil.
(e) — Danton se bouche le nez. — Il fait le dégoûté ! David. — Il grimace de fureur et de peur.
— Quelle gueule il a ! — Bravo, Danton !
Trois femmes. — Tu crois qu'on va le condamner:' — Quand son tour viendra-t-il ? — C'est que je suis pressée !
\ \Diiii. enlr'ouvrant doucement le guichet de la porto, fait signe au rai Hanriot, debout près de la porte.
Tout va bien, Hanriot ?
Il INRIOT, bas.
Ça ira.
\ LDIER, désignant Fouquier et le tribunal. Ils ne bronchent pas?
h vmiiot. de même, lie pas peur. J'ai l'œil.
\ vnill;. C'est bon ; n'hésite pa> : et si l'accusateur fléchit, arréte-le.
Il referme le guichet.
iii'.i; \i i.t. regardant le peuple.
une le peuple nous regarde !
DANTON, honteux an fond, mail m l'on. ml à rire. Il n'est pas habitué à \<>ir ce muflé sur le banc d'infamie; ce n'est pas un spectacle banal : Danton escamoté par harlatans de la foire. Ha ! ba ! il faut en rire! (a). — irde David, là-bas : sa langue lui ><>it de la bouche, il •de baine comme un chien (b). — Tonnerre! tiensloi donc, Desmoulins! Cambre-toi, que diable 1 h<i peuple a les yeui sur nous.
i Wlll II .
\h ! Danton, jamais je ne reverrai Lucile 1 Ulons, tu coucheras avec elle, cette nuit.
LE l'i III l .
DAVID, tirant mt carnet A I - BIOÎ tair-'. j'aurai
David. Je veux que la p lorde devant sa face de
CAMILLE
Sauve-moi, Danton, arrache-moi d'ici ; je ne sais plus que faire, je ne pourrai me défendre.
Tu es plus faible qu'une fille. Ferme ! songe que nous faisons de l'histoire.
CAMILLE
Ah ! je me soucie bien de l'histoire ! (a).
Si tu veux revoir Lucile, ne prends pas des airs de criminel écroulé sous la loi ! Qu'est-ce que tu regardes?
CAMILLE
Vois, Danton, — là...
Quoi ? Qu'est-ce que tu me montres ?
CAMILLE
Près de la fenêtre, ce jeune homme...
Ce gamin effronté, avec une mèche de cheveux qui lui tombe sur les yeux, ce clerc de procureur qui pince la taille à une femme ?
CAMILLE
Ce n'est rien, j'ai eu une hallucination, j'ai vu... je me suis vu...
Toi?
LE PEUPLE, (a) Un JEUNE CLERC, pinçant une fille. — Sur l'air d'une chanson (lu
temps : « Mam'sel' danse-t-elle un p'tit brin? »
La fille, ic claquant. — Hé hu donc, pas d'ça, mâtin !
Le clerc, continuant la chanson. — « M'iît-clle en nie donnant
sa main... »
CAMILLE
Je nie suis vu brusquement à sa place, assistant au prorirondins, mes victimes, — oli ! Danton!
Pendant ce temps, la pièce dite falsifiée par Fabre a passé sous les yeux du jury.
LE l'Kl'.SlM M.
Fabre, persistez-vous dans vos dénégations? (a).
FABBE D EGLANTINE, 1res tranquille, las, ironique.
Il est inutile que je recommence à mexpliquer, vous ne m'écoutez point, votre siège est fait. J'ai montré tout à l'heure que sur le projet régulier de décret que j'avais rédigé, des traîtres ont introduit des additions et suppressions, qui en changent le caractère. Cela est clair à qui veut regarder les pièces dans un esprit de justice. Ge n'est pas le cas ici ; je sais que je suis condamné d'avance. J'ai eu le malheur de déplaire à Robespierre, et voir axez à cœur de panser son amour-propre blessé. Ma vie es! perdue. Soit ! elle trop usée, et me fait trop souffrir, pour que je fasse pour elle un effort qui me fatigue.
I 01 Ql IKK.
Tu outrages la justice, et tu calomnies Robespierre. Ce n'est point Robespierre qui t'accuse de corruption : c'est Câmbon. < .i' n'est point Robespierre qui t'accuse de conspiration : c'est Billaud-Â anime. Ton esprit d'intrigue est connu. Il te sert à faire des complots scélérats <'t de méchantes pi<
i \ia:i:.
Halte-là I Ne suior ultra crepidam... Messieurs, du par-
e, je nom- prends à témoin: mes pièces ne vouspnt-
elles pas tout à fait divei . Fouqnîer peut faire
; ma tète, mai- non |»as mon l'hiliitl,