‹ Le quatorze juillet. Danton. Les loupsChapitre 106 sur 151 · TO · texte numérisé non relu

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lis donc descendre à ma justification, je vais suivre lan adopté par Saint-Just... En parcourant cette liste d'horreurs, je sens toute mon existence frémir 1 — Moi, lu ii Mirabeau, < Orléans, Du mouriez ! Je les ai toujours combattus. J'ai contrarie les desseins de Mirabeau, quand dangereux pour la liberté. J'ai défendu Marat contre lui. Je n'ai vu Dumouriezque pour lui demancompte des millions qu'il avait gaspillés. Je pressen- . pour les entraver, je caressai la vanité Irôle. Fallait-il le pousser à bout, quand il tenait dans salut de la République^ Oui, je lui envoyai re ; oui, je lui f is promettre <pi il sérail généralissime; en même temps Billaud de le surveiller Va-t-on ni»- reprocher d'avoir menti à un traître? J'ai commis bien d'autres crimes DOUX la patrie! On ne sauve pas un État avec di'< vertus de Bacristie. Tous les eiin. je les eusse portés sur ces épaules, sans plier,

> il l'eûl fallu pour \oiin sauver, voua tous, juges, peuple, imposteurs même qui m'accusez! (6)... Moi, conspi- ! i royauté '■ Je me souviens, en effet, d'avoir prorétablissement d«' la puissance monarchique au loût, le triomphe des fédéralistes au .'li mai, la victoire .. Mes accusateurs ! «pion me 1rs produise ' Je demande • parler des coquins qui perdent République. J'ai d«-> choses essentielles à révéler ; je deentendu

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MSI . lu,, - Le m. irh

li !

LE PRÉSIDENT

Ces sorties indécentes ne peuvent que nuire à votre cause. Ceux qui vous accusent jouissent de l'estime publique. Disculpez-vous d'abord : un accusé ne devient digne de foi que lorsqu'il s'est lavé des soupçons qui ôtent toute valeur à ses dénonciations. — Votre républicanisme n'est pas seul en cause ; on accuse votre caractère tout entier, vos mœurs scandaleuses, vos débauches, vos prodigalités, vos rapines, vos concussions.

Ne te débonde pas d'un coup ! Rebouche le tonneau de ton éloquence (a) ; dispense-la goutte à goutte, que rien n'en soit perdu. — De quoi m'accuse-t-on? D'aimer la vie, d'en jouir?... Certes, j'aime la vie. Tous les pédants d'Arras et de Genève ne parviendront pas à étouffer la joie qui fermente dans la terre de Champagne, gonflant les bourgeons de vignes et les désirs des hommes. Yais-je rougir de ma force? La nature m'a donné en partage les formes athlétiques et de vastes besoins. Exempt du malheur d'être né d'une race privilégiée et abâtardie, j'ai conservé, à travers les orages d'une carrière dévorante, toute ma vigueur native. De quoi vous plaignez-vous? C'est cette vigueur qui vous a sauvés. Que vous importe que je passe mes nuits au Palais-Royal? Je ne fais pas tort d'une caresse à la Liberté. Mes flancs suffisent à tous les embrassements. \ous proscrivez le plaisir ? La France a-t-elle fait vœu de chasteté ? Sommes-nous tombés sous la férule d'un magister maussade, ou, parce qu'un vieux renard a la queue coupée, faut-il que nous perdions la nôtre? (6).

LE PRÉSIDENT

On vous accuse d'avoir détourné à votre profit une partic de l'argent qui vous était confié par l'Etat ; vous avez

LE PEUPLE, (a) Rires.

( 0) Rires bruyants et prolongés

employé les fonds secrets à \os plaisirs; vous avez presla Belgique e1 ramené de Bruxelles trois chariots de butin.

I>VNT<>\.

.lai déjà répondu à ces soties inventions. Quand j'étais ministre de la Révolution, on m'a déposé 5o millions : je l< reconnais ; j'ai offert d'en rendre un compte fidèle. Cambon m'adonne 4ooooo livres pour dépenses secrètes. J'en ai dépensé 200000 à bureau ouvert. J'ai donné carte blanche à Fabre, à Billaud. Ces fonds ont été les leviers, avec lesquels j'ai soulevé le> départements. — Ouant à la ridicule histoire des serviettes de l'archiduchesse, rapportéesde Belgique, et démarquées par moi, me prend-on pour un voleur de mouchoirs? On a ouvert mes malles à Béthune; on a dressé procès-verbal; il n\ avait que mes hardes et un corset de molleton (a). Ce corset eU'arouche-t-il la pudeur de Robespierre (6)? Est-ce là ecqu'oninc reproche!'

LE PRÉSIDER l .

La preuve de \<>- rapines es! dans la large vie que nous mené/ depuis deux ans. et que votre médiocrité de fortune >u>eùt pas permise si vous ne L'aviez engraissée des dépouilles de l'État.

\vec le remboursement de ma charge d'avocat aux con-

ï, |'ai acheté quelque biendans le district d'Arcis. J'ai

ré de petites nui,- 1 gnaman, a mon beau-père, à la

brave citoyenne qui m'a nourri. <a-s sommes n'excèdent

pas la valeur de ni avant la Révolution. —Quant

I '.il is OU \i ris. il se peut <pie je

ne ni'- sois pas astreint à une ignoble économie. .Je n'oblige unis, quand je les reçois, à li soupe aux herbes

de 1 Je ne sais pas plus lésiner pour moi

Il 1 CI 1

que pour les autres. N'avez-vous point honte de chicaner Danton sur ce qu'il boit et sur ce qu'il mange? Une méprisable hypocrisie menace d'infecter la nation. Elle rougit de la nature ; l'énergie lui fait peur, elle se voile la face devant un geste libre. Les vertus négatives lui tiennent lieu des autres. Pourvu qu'un homme ait l'estomac mauvais et les sens atrophiés, pourvu qu'il vive d'un peu de fromage et couche dans un lit étroit, vous le nommez Incorruptible, et ce mot le dispense de courage et d'esprit. Je méprise ces vertus anémiques. La vertu, c'est d'être grand, pour soi et pour la patrie. Quand vous avez le bonheur d'avoir un grand homme parmi vous, n'allez pas lui reprocher son pain. Les besoins, les passions, les sacrifices, tout chez lui est bâti sur un autre plan que chez les autres. Achille mangeait le dos d'un bœuf à son repas. S'il faut à un Danton de vastes aliments pour nourrir sa fournaise, jetez-les sans compter : ici est l'incendie, dont les ilammes vous protègent contre les bêtes fauves qui guettent la République (a).

LE PRÉSIDENT

Vous reconnaissez donc les dilapidations dont on vous accuse ?

Tu mens, je viens de les nier (b). J'ai vécu largement, honnêtement, ménager, mais non avare des sommes qui m'étaient confiées. J'ai rendu à Danton ce que je devais à Danton. Faites venir les témoins que j'ai réclamés, et nous éclaircirons les doutes. Ce ne sont pas des accusations et des réponses qui doivent rester dans le vague; seule une discussion précise, point par point, mettra fin au procès.

LE PEUPLE

(tt) Mouvement d'approbation

David. — Le viédase ! Comme il brame ! S'il pouvait se foutre une extinction de voix !

(6) Mais oui ! mais oui !

témoins, où sont-ils'.* Pourquoi tardc-t-on à les faire venir (a)?

LE PRÉSIDE» I

Votre voix se fatigue, Danton: reposez-vous.

Ce n'est rien, je puis continuer.

LE PRÉSIDENT

Vous reprendrez tout à l'heure votre justification avec plus (le calme.

DANTON, furieux.

Je suis calme î — Mes témoins ! il y a trois jours que je le> réclame (fc) ; aucun n'est encore assigné. Je somme l'acteur public de me déclarer, en face du peuple, pourquoi la justice m'est refusée (c).

Fol oi IIH-I IN\ ILLE.

Je ne me suis point opposé à leur citation, et je ne m'y oppose point (</).

— 1rs donc venir; rien ne se fait sans tes ordn

FOUQl il l;-HN\ il il.

.!<• déclare donc permettre que les témoins soient appe-

'•). — autres toutefois que ceux désignés par les accusés

la Convention: car l'accusation émane de l'Assemblée

tout entière, et il serait ridicule de prétendre faire concou-

ii in i

Lei témoini !

David, ;. ,„, roUfa — Vas-tu \>- taire I Prend* garde ;i toi. Tu aettre Basai la tête ;i la fenêtre.

(6) Oui ! oui !

(d) Ai.:

rir à votre justification vos propres accusateurs, surtout les représentants du peuple, dépositaires du pouvoir suprême, qui n'en doivent compte qu'au peuple.

HÉRAULT

Ah ! la bonne jésuiterie !

Il rit avec Fabre.

Ainsi mes collègues pourront m'assassiner, et il me sera défendu de confondre mes assassins ?

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