F ABBE
C'est un piège. Prends garde !
LE PEUPLE
(a) Le clerc. — Tiens, parbleu !
(6) Mouvement. — La foule suit avec une attention passionnée les paroles Desmoulins.
Foutre ! avale la langue '.
CAMILLE
Je parle des Girondins (a).
iic iiiurinuiT.
LE PRÉSIDENT
usé reconnaît de lui-même qu'il a trempe dans les complots des Brissotistes.
CAMILLE, hausse les épaules.
C'est mon Brissot dévoilé qui les lit condamner.
lui ni U5R-TINV1LLE.
M lis tu le regrettes aujourd'hui ?
< LMILLE, sans répondit
< ) mes collègues ! je vous dirai comme Brutus à Gicéron : ions trop la mort et l'exil et la pauvreté. Nimium timemus morlem cl exilium et paupertatem. » Cette vie mérite-t-elle donc que nous la prolongions au\ dépens de l'honneur? Il n'est aucun de nous qui ne soit parvenu au Mift de la montagne de la vie. Il ne nous reste plus qu'à li descendre à travers mille précipices, inévitables même pour l'homme le plus obscur. Cette descente ne nous offrira
aucuns ; aucuns sites qui ne se soient offerts mille
plus délicieux a ce SalomOD qui < 1 i s a i t . au milieu (le
mmes, et en foulant tout ce mobilier de
iheur : a .lai trouvé que l<'- morts sont plus heureux que
: que le plus heureux est celui qui n'esl jamais
' '.-ni Ai
I I PI. ri I I
Win. — Il avoue ! il i
2i4 THÉÂTRE DE LA RÉVOLUTION
Imbécile ! tu nous coupes la tête ! Il l'embrasse («)•
On vient avertir Danton que son tour est venu. Il se lève et va \ors le tribunal (6).
LE PRÉSIDENT, à Danton.
vccusé, vos nom, prénoms, âge, qualité et demeure.
DANTON, d'une voix retentissante.
Ma demeure? Bientôt le néant. Mon nom? Au Panthéon (c).
Le peuple frémit. Il parle, semble approuver; puis brusquement, un silence absolu après les paroles du président.
LE PRÉSIDENT
Vous connaissez la loi : répondez exactement.
Je suis Georges-Jacques Danton, âgé de trente-quatre ans, natif d'Arcis-sur-Aube, avocat, député à la Convention, domicilié à Paris, rue des Cordeliers.
LE PRÉSIDENT
Danton, la Convention nationale vous accuse d'avoir conspiré avec Mirabeau et Dumouriez, d'avoir connu leurs projets liberticides, et de les avoir secrètement appuyés.
Danton éclate d'un rire de tonnerre (d). Les juges interloqués, le peuple, et même les accusés, se penchent pour le regarder, puis sont pris par la contagion de son rire. La salle toit entière retentit des transports de cette joie homérique. Danton frappe <lw poing la barre devant lui.
LE PEUPLK.
(a) Une fille. — C'est égal, il est gentil tout de même !
(t>) Une grande houle, dans le public, quand Danton se lève. Un bourdonnement de voix. — \oilà... \ oilà...
(c) Un frémissement général.
Un homme, enthousiasmé. — Hein ! crois-tu ? Hein !...
(/') Le peuple se tord de rire. Une frénésie de gaité secoue la foule tout
l'WTON î4o
DANTON, Hant.
La Liberté conspire contre la Liberté! Danton conspire contre Danton! — Scélérats '... Regardez-moi en face. La Liberté, elle est ici î n prend sa téta enta* bm mains. Elle est dans
masque pétri par sa sauvage empreinte ; elle est dans ces
î incendiés par ses flammes volcaniques; elle est dans
\, dont les mugissements font trembler les palais
des tyrans jusque dans leurs fondements. Prenez ma tête,
clouez-la au bouclier de la République. Elle fera encore,
me Méduse, tomber morts d'effroi les ennemis de la
■ rté (a) .
LE PRÉSIDENT
Je ne vous demande point voire éloge, mais votre dé-
In homme comme moi ne se défend pas: mes actions
lent d'elles-mêmes. Je n'ai rien à défendre, rien à expli-
r. Il n'y a rien de caché dans ma vie. Je ne m'entoure
point de mystères, pour forniquer avec une vieille femme,
comme Robespierre (6). Ma porte esi grande ouverte, il n'\
linl de rideaux à mon lit : la France entière sait quand
>is et quand je fais l'amour. Je suis peuple : mes vices
et mes vertus appartiennent au peuple ; je ne lui voilerien.
Je me montre au monde, le ventre nu(c).
Il PRÉSID1 \ l .
Danton, e impudent outrage la justice. L minii ms montre la bassesse de votre àme.
n e^t le propre <le l'innocence, et l'audace
relui <lu crime.
\ pptaiidisMMiH-nU.
(b) Ri,
,„.. — Il blasphème '.
i uvid. — I irdez-le vomir '■
Si l'audace est un crime, j'embrasse le crime, Président, je le baise à pleine bouche, et te laisse la vertu ; les vaches maigres de Pharaon ne me font point envie. J'aime l'audace et je m'en vante : l'audace aux rudes étreintes, aux lourdes mamelles, où boivent les héros. La Révolution est fille de l'audace. C'est elle qui fit crouler les Bastilles ; c'est elle qui par ma voix lança le peuple de Paris contre la royauté ; c'est elle qui par mon poing saisit la tête coupée de Louis le Raccourci par ses grasses oreilles, et la jeta à la lace des tyrans et de leur Dieu (a).
Le peuple approuve et s'agite.
LE PRÉSIDENT
Toutes ces violences ne servent de rien. Je vous rappelle aux accusations précises, dirigées contre vous, et je vou« invite à y répondre exactement, en ne sortant point des faits.
Est-ce d'un révolutionnaire comme moi qu'il faut attendre une réponse froide? Mon âme est comme l'airain qui brûle dans la forge. La statue de la Liberté est en fonte dans mon sein. Et c'est moi qu'on veut enfermer dans une roue d'écureuil ! C'est moi qu'on veut astreindre à un questionnaire de catéchisme !.' Je crèverai le filet dont vous voulez me lier ; mon torse brisera la chemise trop étroite. — On m'accuse, dites-vous! Où sont-ils, ceux qui m'accusent? Qu'ils se montrent, et je les couvrirai de l'opprobre qu'ils méritent (6)!
LE PRÉSIDENT
Encore une fois, Danton, vous manquez à la représentation nationale, au tribunal et au peuple souverain qui a le droit de demander compte de vos actions. Marat fut accusé comme vous. Il ne s'indigna point contre ses accusa-
LE PEUPLE
(a) Bravos.
\Oj La plus granae partie ae Ja louie appiouvc. David et ses voisins pro-