‹ Le quatorze juillet. Danton. Les loupsChapitre 16 sur 151 · DEUX OUVRIERS · texte numérisé non relu

DEUX OUVRIERS

Quel fil ! ça parle tout seul !

— Elle est en gueule comme personne.

DESMOULINS

Citoyens, on ne peut demander à une reine de parler contre la royauté. La vraie reine, la voici ! Les autres soné reines de pacotille, monarques fainéants. Leur seule utilitt est de pondre un dauphin. Une fois le petit éclos, il n'y a plus rien à en faire. Elles vivent à nos dépens, et nouscoû-

LE ii JUILLET 21

tent fort cher. Le plus sage sérail de renvoyer celte volaille

autrichienne à son poulailler, d'où on la lit venir à grands frais, comme s'il manquait de filles en France pour faire des enfants. — Parlez-moi des reines de théâtre. Celles-là sont faites pour le bonheur du peuple. Pas une heure de leur vie qui ne soit à notre service. Pas un pouce de leur personne qui ne soit pour notre plaisir. C'est notre chose, notre bien, notre propriété nationale. Par Vénus aux belles joues, défendons-la, et crions tout d'une voix: Vive la reine, la vraie, celle-ci, vive la Contât!

Applaudissements el rires.

LA FOULE

Vive la reine Contât !

LA CONTAT

Merci. — a Desmoulins Donnez-moi le bras, vous ; vous êtes plus gentil que les autres. — M a\ez-vous assez regardée? C'est bon. laissez-moi passer. Si vous voulez me revoir, vous connaissez le chemin du théâtre. - Comment vous appelez-vous ?

DESMOULINS

Camille Desmoulins. — Imprudente ! Je vous l'avais dit. N'avez-vous pas eu peur?

LA CONTAT

Peur de quoi ?

DESMOULI.NS.

Ils ont failli vous tuer.

LA CONTAT

Allons donc! ils crient toujours, ils ne font jamais de mal.

DESMOULINS

0 aveugle ! On a bien raison de «lire que le mépris du danger n'est que l'ignorance du danger.

LA FOULE

Une petite femme qui n'a pas froid aux 3 — Non, cristi. ni ailleurs.

UN OUVRIER

C'est égal, mademoiselle, ce n'est pas bien de vous mettre contre les pauvres gens comme nous, avec les exploiteurs.

LE MANIAQUE

Parbleu ! Une accapareuse !

LA CONTAT

Comment ! Une accapareuse !

LE MANIAQUE

Regardez-moi cette perruque.

LA CONTAT

Eh bien ?

LE MANIAQUE

Cette quantité de poudre ! Avec la farine qui passe sur la nuque de ces désœuvrées, on aurait de quoi nourrir tous les pauvres de Paris.

L'OUVRIER, à La Contât.

Ne faites pas attention à cet imbécile. Mais si vous avez bon cœur, mademoiselle, — et cela se voit dans vos yeux, — comment pouvez-vous défendre les brigands qui veulent notre mort ?

LA CONTAT

Ta mort, mon pauvre ami ! Qui parle de cela?

UN ÉTUDIANT

Mais vous ne savez donc rien? Tenez, voici une nouvelle lettre de l'homme de l'Autrichienne, le maréchal des jésuites, le vieil assassin, l'àne chargé d'amulettes, de reliques, de médailles, le de Broglie ! Savez-vous ce qu'il écrit!

LA FOULE

Lisez ! Lisez !

l'étudiant.

Ils ont fait une conspiration. Ils veulent briser nos États Généraux, enlever nos députés, les jeler en prison, expulser

notre Necker, vendre la Lorraine à l'Empereur pour a\< ir de l'argent et pour payer leurs troupes, bombarder I'

ser le peuple. Le complot est pour cette nuit.

G< INCHON.

\\i7-vous entendu ? En avez- vous assez, ou vous en fautil davantage encore pour vous secouer? Merci de ma vie ! ce que nous allons nous laisser égorger comme des cochons.1 Ah! nom de nom! Ali! nom de nom!... Aux armes! — Heureusement que nous avons un protecteur tout prêt, et qu'il veille sur nous. \ ive Orléans !

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