IILI.IN
Que dis-tu de cela ?
LE 14 JUILLET i7
BOCHE, Bouriant.
Elle me rappelle ma vieille tante. Flic parlait toujours de patience, au moment où elle allait me calottcr.
Ul LIN.
Ce qu'elle dit me semble fort raisonnable.
HOCHE
Je ne demanderais pas mieux que d'y croire; je trouve itorel que la raison remporte, que, si je m'écoutais, je i remettrais à mes ennemis mêmes de la faire triompher. Mais j'ai été trop de (bis désabusé par l'expérience ; j'ouvre les yeux, et je vois Gonclion et ses commis, qui i pressent à fermer leurs boutiques. Ils ne font rien sans motif. J'ai grand peur que ce brusque apaisement ne soit (pie L'accalmie qui précède l'orage. Personne n'y croit au Gond. Ils sont tous restés, même la vieille. Ils essaient de se illusion : mais ils ne peuvent pas. Ils ont la fièvre. Lite ce bruit de Ibulc Klle ne cric plus, elle chuchote... I n frémissement d'arbre... Lepetit vent avant la pluie... — -it la main de Hulin. El tiens !... Attention ! Ilulin... Voici ! \ oii i !...
le clameur confuse monte du Tond du jardin, et éclate comme le tonnerre.
i n HOMME, hors d'haleine, sans chapeau, les vêtements en désordre, récipite sur la scène, en criant d'une voix terrifiée.
■er e>( exilé !
LA FOULE, ruanl sur l'homme.
Quoi? quoi?... Necker!... Ce n'est pas vrai!
L'HOMME, rri.m!.
! banni '. M est parti, parti !
LA i"i LE, hurle.
\ mort 1 — C'esl un agent de Versailles! V mort !
i. SOMME, épom raté, se débattant.
Que faites-vous? — Mats vous n'avez pas compris! —
Je voua dis qui' Necker'./
LA FOLLE
Au bassin, le mouchard ! Noyez-le !
l'homme, hurlant- A moi !
HOCIIE.
Sauvons-le, Hulin !
HULIN
Il faudrait en assommer vingt, pour en sauver un.
Ils tâchent en vain de se frayer un passage à travers la foule, qui emporte le malheureux. — Robespierre surgit sur une table, et fait signe qu'il veut parler.
HOCHE
Ce petit homme étriqué, qui essaie de parler...
DESMOULINS
C'est Robespierre, le député d'Arras.
HOCHE
Crie, Hulin ! fais-les taire !
HULIN
Écoutez ! Écoutez le citoyen Robespierre !
Robespierre tremble d'abord ; on ne l'entend pas au milieu du bruit ; on crie : « Plus haut ! »
DESMOULI>S.
Parle, Robespierre.
III LIN
iS'ayez pas peur.
Robespierre le regarde avec un sourire timide et méprisant. DESMOULINS.
11 n'est pas habitué à parler.
BOCHE
Faites silence, camarades !
ROBESPIERRE, se contraint au calme.
Citoyens, je suis député du Tiers. Je viens de Versailles
homme dit vrai : Necker est renvoyé. Le pouvoir est mains des ennemis delà nation. De Broglie, Breteuil,
Foulon: le Carnage, le Vol, la Famine, sont ministres urd'hui. C'est la guerre. Je viens m'enfermer avec vous,
pour partager votre sort.
LE PEUPLE, épouvanté.
Nous sommes perdus !
DESMOULINS
Que faut- il faire ?
ROBESPIERRE
Sachons mourir.
HOCIIi:, haussant les épaules.
cat !
m LIN.
Parlez-leur, citoyen député.
ROBESPIERRE
A < j uoi bon les discours ? Que chacun interroge sa conscience !
ROCHE
Il> Raffolent. Si on ne les fait pas agir sur le champ, ils perdus.
Rofc ri de .-a poche des feuilles manuscrites ef «les épreu-
d'imprimerie.
BULIN.
Que va-t-il lire?... Laisse/ donc vos écritures! Comme m le moindre mot généreux n'avait pas mille fois plus de [■ni iv. tir que toutes vos pape]
ROBESPIERRE déplie les papiers, et lit de sa voix froide, faible,
et tram haute
Dé laration d - Droil
ii<». m .
utez :
ROBES! M Klii •
Déclaration des Droits, proposée dans la séance d'hier, samedi, onze juillet, à 1 assemblée nationale :
« L'Assemblée Nationale proclame, à la face de l'Univers, et sous les yeux de l'Etre Suprême, les droits suivants de l'homme et du citoyen :
« La Nature a fait les hommes libres et égaux...
Tonnerre d'applaudissements qui couvre la fin de la phrase.
« Tout homme naît avec des droits inaliénables et imprescc criptibles : la liberté de ses pensées, le soin de son hon- « neur et de sa vie, l'entière propriété de sa personne, la « recherche du bonheur, et la résistance à l'oppression. »
Les acclamations redoublent.
IIOCIIE, tirant son sabre.
La résistance a l'oppression !
On l'imite ; en un instant, la foule se hérisse d'armes. ROBESPIERRE.
« Il y a oppression contre le corps social, lorsqu'un seul « de ses membres est opprimé. Il y a oppression contre « chaque membre, lorsque le corps social est opprimé. »
GOXCHON.
Est-ce qu'ils vont continuer longtemps? Il faut les éloigner d'ici. Si l'armée vient, qu'ils aillent se faire tuer
ailleurs ! — - Il parle bas à ses gens.
« La nation est souveraine... »
On entend une voix crier. — La foule frémi! cl écoute distraitement.
HOCHE
Le coup de barre, Huliu ! Voici la tempête !
UNE VOIX, terrifiée, criant.
Ils viennent ! ils viennent! la cavalerie !
UN DES SENS DE GONCHON, d'une voix aiguë.
Sauve qui peut !
Un instant de bousculade et de cris.
lll LIN, sautant sur L'homme qui crie, et lui assénant, sur la tête un coup de poiny qui le l'ait taire, suffoqué.
Mille Dieux ! — Continue/ !
Robespierre essaie de continuer ; mais sa voi\ s'étrangle et se perd,
au milieu du tumulte de la i'oule.
Hoche s élance sur la table à enté de Robespierre, qu'il domine haute taille, lui arrache le papier, et lit, d'une voixardente, dont les accents remuent aussitôt la foule.
HOCHE
« La nation est souveraine, le gouvernement est son « ouvrai:»1...
« Quand le gouvernement viole les droits de la nation, « l'insurrection de la nation est le plus saint des devoirs...
« Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les
«. progrès de la liberté, doivent être poursuivis par tous,
« non comme des ennemis ordinaires, mais comme des
laves révoltés contre le Souverain de la terre, qui
« est le Ccnrc Humain. »
Au milieu des acclamations, Desmoulins, les cheveux au vent, les M'ux exaltés, saute Bur la table d'où descend Hoche.
DESMOl UNS,
Liberté! Liberté!... Elle plane au-dessus de nos tôles.
Elle m'emporte dans sa tempête sacrée. V la victoire!
hons dans le vent de ses ailes! Le temps.de la servitude
... il c-î passé. Debout! Ketournons la foudre contre
râbles qui l'ont armée! — Au lioi ! La foule crie :
rdez-moi, espions, qui êtes ici cachés ! C'est
moi. Camille Desmoulins, qui appelle Paris à la révolte!
.!•• ne crains rien : quoiqu'il arrive, on ne me prendra pas
Vivant. Il montre un pistolet qui) a sorti de --a poitrine. Le seul
malheur serait de voir la France redevenir esclave. Nous
ne I- point. Elle sera libre a\ec nous, on mourra
Oui, comme Virginius, nous la poignarderons
de no- m, lins, plutôt que de la laisser violer par les tyrans.
nous -«Ton- li hre-> ! Nous le sommes déjà !
\u\ Bastilles <\<- pierre opposons la muraille de nos poi triinexpugnable de la Liberté] —Regardez! Le
<i''l s'ouvre, lesdieui sont pour nous. Le soleil déchire les
nuées. Un frisson de joie remue les feuilles des marronniers. 0 feuilles, qui frémissez de la fièvre d'un peuple qui s'éveille à la vie, soyez nos couleurs, notre signe de ralliement, notre promesse de victoire, feuilles, couleur d'espérance, couleur de la mer, couleur de la Nature jeune et
libre ! — Il arrache une petite branche. In hoc signo v'mces !
Liberté ! Liberté !
LE PEUPLE
Liberté !
Ils se pressent autour de Desmoulins, letreignent et l'embrassent. LA CONTAT, parant ses cheveux avec les feuilles d'arbre.
0 jeune Liberté ! verdoie dans mes cheveux et fleuris
dans mon cœur ! — Elle jette à poignées les feuilles autour d'elle.
Amis, fleurissez-vous de la cocarde de l'été !
Le peuple arrache les feuilles et dépouille les arbres. LA VIEILLE MARCHANDE.
Au roi ! il l'a bien dit ! Il faut aller au roi ! — A Versailles, mes enfants !
IIULIN, montrant la vieille et la Contât.
Les voilà plus enragées que les autres !
HOCHE
Nous aurons du mal à les arrêter maintenant.
Au Champ de Mars ! — Au devant des Versaillais ! Nous allons leur montrer de quel bois on se chauffe ! — Misérables ! ils pensaient étouffer en silence le peuple de [Paris !
la vieilli:.
J'aurai leur poil. Je leur ferai la barbe, à ces brigands d'Allemands !
DESMOULINS
Ils ont banni notre Nccker. — Et nous, nous les bannissons! Nous voulons que Nccker reste. Et nous allons montrer au monde notre volonté.
LE PEUPLE
Une procession en l'honneur de Necker î — Son portrait est ici, chez Curtius, dans le cabinet des figures de cire. — Promenons-le en triomphe ! — Le magasin est fermé ! — Enfonçons la boutique !
GONCHON, à scs gens.
Attention ! Profitons de l'occasion !