LE MARCHAND
Mais ils vont entrer chez nous !
GONCHON
Contre le tonnerre ne pète !
Il entre dans la boutique à la suite do peuple, cl crie comme les autres. Le reste de la foule court de tous cotés ; et en quelques moments, on voit surgir partout des hâtons, des cpées, des pistolets, des haches.
LE PEUPLE
Du recueillement, camarades! point de désordre! — Holà, gamin ! à l'école! On n'est pas ici pour rire! — Il faut que ce soit solennel, lugubre ! Il faut apprendre aux tyrans Ut teneur sacrée de la nation.
Le buste de Necker sort de la boutique, porté triomphalement par le crochètent athlétique, qui le serre contre sa poitrine. La foule autour de lui.
LE PEUPLE
Chapeaux [bas I Voici notre défenseur, notre père! — rrez-le de crêpe '. La Patrie est en deuil !
geni -orient de la boutique, portant derrière les
autres h: hu-te du due d'Orl.Mii-, et .iH'eetant les attitudes
Le peuple 0*y prend pas garde.
IIULIN.
oi THEATRE DE LA RÉVOLUTION
IIOCIIE.
C'est le patron de notre ami Gonchon, le citoyen d'Orléans.
HULIN
Je m'en vais lui casser la tète, ainsi qu'à ceux qui le portent.
HOCnE, souriant.
Non, non, laisse-le. Il faut toujours laisser se compromettre les gens.
HULIN
Tu ne le connais donc pas ?
HOCHE
Un Orléans? Qui en connaît un, les connaît tous. Un gamin vicieux, qui s'accroche aux jupes de la Liberté, et tâche de fourrer sa main dessous. Il veut se- faire gifler. Il le sera. Laisse-le faire.
HULIN
Mais s'il veut escamoter la Liberté ?
IIOCIIE.
Cet avorton ? Qu'il prenne garde seulement qu'elle ne lui escamote la tète !
Gonchon et ses gens couvrent d'un crêpe le buste de d'Orléans, à l'imitation des porteurs de Necker. Un cortège s'organise avec un ordre bizarre et solennel. Silence imposant. — Tout à coup, la vieille marchande arrive en battant du tambour. Une clameur formidable s'élève.
LE PEUPLE
En avant !
Le cortège s'ébranle,, D'abord, la vieille au tambour. Puis le buste de Necker, (pie le crocheteur a posé sur sa tête. Il es! entouré d'hommes du peuple avec des hâtons et des haches, — déjeunes élégants \ètus de soie rayée, parés de montres et de bijoux, et armés de gourdins ou d'épées, — de gardes françaises, h' salue nu. — de femmes, au premier rang desquelles vient la Contât, au bras de Desmoulins. — Puis, Gonchon, portant le buste du due d'Orléans, entoure des marchands du Palais-Royal. — Puis
LE li JUILLET 5S
la foule. — Grand silence bourdonnant et solennel, d'où s élèvent, de distance en distance, «les acclamations qui parcourent tout le cortègeen même temps, connue des frissons, et se taisent en même temps,
BOCHE, montrant le peuple à Ilulin.
Eh bien. Ilulin, es-tu convaincu maintenant?
IIULIN.
1 absurde... Celle foule eu désordre, qui va attaquer une armée... Ils vont se faire massacrer. Cela ne rime à rien. — U suit la foule.
HOCHE
< )û va s- lu ?