I HOMME
Le petit à la cocarde Passez, camarade.
DESMOl LINS, montrant Robespierre.
moi.
l'homme.
Allons, passez aussi, citoyen Robert Pierre.
DESMOl i INS, fat.
Admire, mon ami. le pouvoir de I éloquence.
Roi uril amèrement,
<;o\< m » tion.
■ loi-là ?
l'homme.
Au large !
GONCHON
Gomment, coquin ? Que fais-tu là ?
i/lIOMME, emphatique.
Je veille sur la nation, sur la pensée de la nation.
GONCHÔN.
Qu'est-ce qu'il raconte? As-tu des papiers ? Qui t'a chargé de ce soin ?
l'homme.
Moi.
GONCHÔN.
Yeux-tu rentrer chez toi !
l'homme.
Je suis chez moi ici. Mon chez moi, c'est la rue. Je n'ai pas de maison. Rentre chez toi toi-même, bourgeois. Otetoi de mon pavé !
Il s'avance vers lui, d'un air menaçant.
C'est bon. Pas de querelles.... Je ne perdrai pas mon temps à me colleter avec un ivrogne. Cuve ton vin, soûlard ! — Et nous, continuons notre ronde — Ah ! les gueux ! on n'en viendra jamais à bout ! On a beau avoir l'œil ouvert ; les barricades sortent de terre, comme des champignons ; et toutes les rues sont pleines de ces fainéants, qui ne pensent qu'à se battre. Si on les laissait faire, morbleu ! il n'v aurait plus de roi demain.
Il sort avec ses hommes.
l'homme eh faction.
Regardez-moi ces empotés, ces crapauds bleus, ces Jocrisses qui mènent les poules pisser ! Parce que ça s'est donné des titres, ça prétend faire la loi à unhomme libre!... Bourgeois ! Dès qu'ils sont quatre ensemble, ils forment
LE li JUILLET 09
ils noircissent <foi papier, ils veulent tout réglementer. — Montre tes papiers, qu'il dit ! — Comme si on avait besoin de leur permission, de leurs signatures, et autres simagrées, pour se défendre, quand on vous attaque ! Que chacun se garde soi-même! Est-ce pas honteux, quand on est un homme, de s'en remettre à d'autres du soin de vous défendre ! De vrai, ils voudraient bien nous faire rendre nos fusils, nous remettre sous le licou. — C'est le \ entre de ma mère : on n'y retourne plus. — Et ces autres naïfs, qui crient qu'on les trahit, et qui, à la première injonction, plantent là leur barricade, par respect pour les autorités constituées, et pour ceux qui ont des quibus ! L'habitude du collier : ça ne se perd pas en un jour. C'est heureux qu'il v ait comme moi des chiens errants qui n'ont de gîte, et qui ne respectent rien. C'est bon : on reste
et on veille à leur place. Tonnerre! On ne laissera pas prendre notre Paris. On a beau n'avoir rien : c'est à moi, comme à eux; on y tient maintenant. Hier, je ne m'en sou- »ne me faisait cette Aille, où je n'ai même pas une niche pour m'abriter quand il pleut, et trouver ma pâtée quand j'ai faim? Que me faisait leur bonheur ou leur malheur à tons ? — Tout est changé maintenant. J'ai ma part dans tout ce qui se fait ici ; tout est un peu à moi ; lenr> maisons, leur argent, leur cerveau. 11 faut que je veille dessus : ils travaillent pour moi. On est égaux, qu'ils disent, égaux et libres... Bon Dieu ! je sentais ça, mais je ne pouvais pas le dire.... Libre !...On est gueux, on a faim,
a le ventre vide; ça ne fait rieti: on est libre. Libre! Ça
dilate la poitrine. On respire. On est un roi. On marcherait
BUT le monde. — Il B'exalte en parlant, »•! marche a grandi pas. Ile
1 lia comme ivre, la tète me tourne ; je n'ai pourtant
i. Qu'est-ce donc ? C'est la gloire !
m LIN . sortant <!<• la maison.
Ouf! j'étouffe là-dedans. Il faut que je sorte.
l.'lli)\i\n i \ PACTION,
Eh ! Hulin ' qu'ils font ?
II U LIN
Ce qu'ils font?. — Ils parlent, ils parlent. Ah ! les sacrés bavards ! ils ne sont jamais embarrassés pour enfiler des phrases... Desmoulins fait des coq-à-lâne, et bredouille des mots latins. Robespierre, lugubre, offre de s'immoler. Ils mettent tout en question : les lois, le contrat social, la raison, les origines du monde. L'un fait la guerre à Dieu, et l'autre à la Nature. Mais quand il s'agit d'aviser à la guerre réelle, de parer au danger, plus personne ! en faitde conseil, faire comme on fait à Paris, quand il pleut : laisser pleuvoir. — Au diable les phraseurs !
l'homme.
Il ne faut pas en dire du mal. C'est beau de bien parler. Matin ! il y a de ces mots qu'ils disent, qui vous remuent jusqu'au fond des tripes. Ça fait froid dans le dos. On pleurerait, on tuerait son père, on est fort comme le monde, on se croit le bon Dieu. — Seulement, chacun sa besogne! Ils pensent pour nous. C'est à nous d'agir pour eux.
h u LIN.
Et que diable veux-tu faire ? Regarde.
Il montre la Bastille.
l'homme.
Des lumières se promènent sur la tour de gauche. Ils ne dorment pas plus que nous, là-haut. Ils font la toilette de leurs canons.
m LIN.
Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse avec eux ? On ne peut pas résister.
l'homme.
Voire.
III I.IN
Qu'est-ce que tu dis ?
l'homme.
Je dis: Voire. Deux petits l'ont un grand.
HULIN
es un optimiste.
l'homme.
st ma nature.
ne parait pourtant pas t'avoir très bien réussi.