LES GARDES FRANÇAISES
Comment, coquin ! — Rendre mon sabre? — Je vais te le rendre dans le ventre.
LE PEUPLE
Assommez-le !
Paix! Laissez-moi m'expliquer avec lui. Je le connais. — Lâche-moi, l'ami !
MARAT, se dressant sur la pointe des pieds pour prendre Hoche au collet.
Rends ton sabre !
HOCHE, se dégageant tranquillement et, de sa main posée sur lui, le maintenant malgré ses contorsions.
Et qu'en feras-tu, mon garçon ?
MARAT
Je t'empêcherai de poignarder la liberté.
HOCHE
Tu soupçonnes ceux qui viennent donner leur sang au peuple?
MARAT
Qui me prouve ta loyauté ? Pourquoi aurais-je confiance en des soldats inconnus?
LKS GARDES FRANÇAISES.
Casse-lui la tête, Hoche !
Hoche les apaise du geste, regarde Marat en souriant, et le lâche.
LE 1'. Il 1I.I.ET 81
11 a raison. Pourquoi aurait-il confiance en nous ? Il ne ls vus à l'œuvre.
Mar.it. intordit, devient brusquement silencieux et immobile. I l - GARD! S FRANÇAIS] S.
>ti ! C'est un peu fort de se laisser accuser, quand en risque la mort pour ces oiseaux-là !
BOCHE
Bah ! il ne nous connaît pas, cela ne fait rien. Avec bonté. Tu te trompes. Marat ; mais tu fais bien de veiller sur le peuple. Au peuple. Nous nous comprenons à demi-mot, camarades ; il ne nous a fallu qu'un instant pour sentir que nous étions de braves gens, et pour avoir foi les uns dans les autres. Pourtant, il n'a pas tort de vous donner une leçon de prudence : nous sommes en temps de guerre, vous avez le droit do demander des comptes à tous, personne ne peut distraire.
LE PEUPLE
^naissons, Hoche, tu es un ami.
HOCHE
Prenez arde à vos amis. *.,,. niant. Je ne dis point cela pour moi. \u reste, vous êtes encore en trop mauvaise situation pour avoir beaucoup d'amis: ils ne sont pas très dangereux. Mais quand vous serez puissants, vous les verrez venir, et c'est alors qu'il faudra ouvrir L'œil.
, \iu«l - i i; LNÇAISES.
Il esl bon avec ses conseils. Il veut qu'on soit prudent,
et il no -.• défie de persomx .
BOCHE, riant.
Oh 1 moi. quand deux yeui me plaisent, je m'y laisse
toujours prendre. Mais si je suis un sot. cela ne regarde
que moi. \(.n>. vous avez le monde à sauver. Ne m'imitez
— sommes quelques centaines de gardes françaises,
ient nos sympathies pour le peuple.
ont voulu nous envoyer à Saint-Denis pour nous éloigner de vous. Nous avons quitté la caserne, et nous vous offrons nos sabres. Pour rassurer Marat, divisez-nous en groupes de dix ou de vingt, et que chacun de ces groupes soit encadré dans un bataillon populaire. Ainsi, vous serez maîtres de nous, et nous pourrons vous diriger et faire votre apprentissage. Veux-tu m'accompagner, Marat? Il y aura profit pour tous deux. Tu verras qu'il y a de braves gens encore, et peut-être m'apprendras-tu à me délier des traîtres, bien que je craigne que tu ne perdes ta peine.
Marat, qui n'a cessé do dévorer des yeux Hoche, et de suivre ses paroles, avec une attention violente, s'avance vers lui, et lui tend la main.
MARYT.
Je me suis trompé.
HOCHE, lui prend la main en souriant.
Comme il doit être fatigant de toujours soupçonner ! J'aimerais mieux mourir.
MARAT. soupirant.
Moi aussi. — Mais tu l'as dit tout à l'heure : il ne s'agit pas de nous, il s'agit de la Nation.
Continue donc d'être l'œil vigilant du peuple. Mais je ne t'envie pas, ma tâche est plus aisée.
MARAT, regardant Hoche.
0 Nature, si les yeux et la voix de cet homme sont menteurs, il n'y a plus d'honnêteté. Soldat, je t'ai offensé devant tous. Devant tous, je te demande pardon.
Tu ne m'as pas offensé. Personne ne sait mieux que moi ce qu'est un chef militaire, et les dangers qu'il fait courir à la Liberté. Le gouvernement militaire est celui des esclaves, il ne peut convenir à des hommes : nous l'abhorrons comme
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nous de nous-mêmes briser la force aveugle is dans le> mains. Ouvrez-nous vos bras, faitesla table de famille, rendez-nous notre liberté lue, notre conscience enchaînée, noire droit à être des hommes comme vous, vos égaux et ^s livres. Soldats, relions Peuple. Et toi, Peuple, tout entier, deviens Armée; nds-toi, défends-nous., défends notre àme attaquée! s-nous la main, embrassons-nous, ne soyons qu'un cœur !... Amis ! Chacun pour tous ! Tous pour tous !
I E l'i i PI SOLDATS, en proie à une ivresse d'amour et
d'enthousiasme fraternel, pleure, s'embrasse, et rit, en criant.
Oui ! pour vous! pour vous ! pour nos frères du peuple ! pour nos frères soldats ! pour tous ceux qui soutirent ! pour lous les opprimés ! pour tous les hommes !
- exclamations se croisent en désordre, venues de tous les eûtes à la In peuple, des soldats, de la rue, des fenêtres, des balcons chargés de femmes et d'enfants.