LE
s'éteignent. L'aube vient.
lirait de U foule .m dehors.
CAMILLE, après un moment.
Te souviens-tu de cette vieille histoire anglaise que nous lûmes ensemble : ces deux enfants de Vérone qui s'aimaient* au milieu d'une ville soulevée ?
LUCILE, fait signe que oui.
Pourquoi me demandes-tu cela ?
CAMILLE
Je ne sais pas. — Ah ! qui sait ce que l'avenir nous réserve ?
LUCILE, lui fermant la bouche.
CAMILLE
Pauvre Lucile, aurais-tu bien la force, si le malheur voulait... ?
LUCILE
Qui sait? Peut-être la trouverai-je alors. Mais toi, j'en ai peur, tu souffriras cruellement.
CAMILLE, mécontent et inquiet.
Mais tu dis cela, comme si tu croyais vraiment que cela arrivera !
LUCILE, souriant.
Tu es plus faible que moi, mon héros.
CAMILLE, souriant.
Peut-être. J'ai besoin que l'on m'aime. Je ne sais pas être seul.
LUCILE
Jamais je ne te quitterai.
CAMILLE
Jamais. Quoi qu'il arrive, que tout nous soit commun, que rien ne nous sépare, que rien ne vienne desserrer l'étreinte de nos bras...
Un moment de silence. Lucile reste immobile, la tète appuyée sur l'épaule de Camille.
LE i'i JUILLET 99
Tu dors ?
U CILE, relevant la tète.
Non. — Soupirant. Dieu nous épargne ces épreuves!
CAMILLE, sceptique.
Dieu?
.1 OLE, pose sa joue sur l'appui de la fenêtre et reste immobile, un bras autour du cou de Camille.
i ois-tu pas qu'il existe?
CAMILLE
Pas encore.
Il CILE.
Que veux-tu dire ?
CAMILLE
Nous l«i créons en ce moment. Demain, si j'en crois ce Heur, demain, il y aura un Dieu : l'Homme.
Lucile tenue les yeux et s'endort.
CAMILLE, doucement.
Lucile... — Elle s'est endormie...
ROBESPIERRE, traversant la rue, iperçoit Camille.
Tu es encore là, Camille ?
CAMILLE
Chut!
ROBESPIERRE
Tu oublies Ion devoir.
Camille montre Lucile.
i BPIERRE. !,.,. uni U rob inl Lucile.
Pauvre petiti
Il reste nn instant immobile, à les considérer totu deux. Vn bruit bes réi cille Lut île.
LTJCI1 ! ut d'effroi.
CAMILLE
Qu'as-tu, Lucile? C'est notre ami, c'est Maximilien.
ROBESPIERRE, la salue en souriant.
Vous ne me reconnaissez pas ?
LUCILE, encore tremblante.
Ah ! vous m'avez fait peur !
ROBESPIERRE
Pardon.
CAMILLE
Gomme tu trembles !
LUCILE
J'ai froid. Adieu, Camille. Je n'en puis plus.. Je vais dormir.
Camille lui sourit et lui envoie un baiser. Robespierre s'incline.
Elle se retire sans être encore remise de son émotion, et en les
saluant seulement d'un signe de tète.
L'aurore est venue, le ciel s'est coloré derrière la Bastille. — Au
milieu des cris lointains, s'élève le crépitement des premières
fusillades.
ROBESPIERRE, se tournant du côté d'où vient le bruit.
Allons ! Il ne s'agit plus d'amour aujourd'hui.
Il sort.
CAMILLE descend de la barricade.
Il ne s'agit plus d'amour?... Et de quoi s'agit-il? N'estce pas l'amour qui fermente dans cette ville, qui gonfle ces poitrines, qui offre au sacrifice ces larges moissons humaines?... 0 mon amour, tu n'es pas égoïste et étroit, tu m'attaches à ces hommes par des liens plus forts. Tu es tout. Tu embrasses le monde. Ce n'est pas seulement ma Lucile que j'aime. C'est l'univers. A travers ses chers yeux, j'aime tous ceux qui aiment, qui souffrent, qui sont heureux, tout ce qui vit et meurt. J'aime ! Je sens que la flamme qui est en moi fait bouil-
LE ii JUILLET 101
lonner ce peuple, rougît ce ciel d'orient derrière cette Bastille. Toutes les ombres s'effacent. Celle-ci tombera aussi, cette ombre de eaucliemar !...
La Bastille, monstrueuse ei noire, s^lève au fond sur le ciel rouge -
dair. La voix du canon éclate soudain, parmi la fusillade, les
cris, [es cloches ei les tambours.
CAMILLE rit, et fait un pied-de-nez à la Bastille.
Le loup hurle... Grogne, montre les dents î La meute t'a cerné ! Puisque le Roi aime la chasse, nous allons faire la chasse au Roi !