‹ Le quatorze juillet. Danton. Les loupsChapitre 48 sur 151 · LE · texte numérisé non relu

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s'éteignent. L'aube vient.

lirait de U foule .m dehors.

CAMILLE, après un moment.

Te souviens-tu de cette vieille histoire anglaise que nous lûmes ensemble : ces deux enfants de Vérone qui s'aimaient* au milieu d'une ville soulevée ?

LUCILE, fait signe que oui.

Pourquoi me demandes-tu cela ?

CAMILLE

Je ne sais pas. — Ah ! qui sait ce que l'avenir nous réserve ?

LUCILE, lui fermant la bouche.

CAMILLE

Pauvre Lucile, aurais-tu bien la force, si le malheur voulait... ?

LUCILE

Qui sait? Peut-être la trouverai-je alors. Mais toi, j'en ai peur, tu souffriras cruellement.

CAMILLE, mécontent et inquiet.

Mais tu dis cela, comme si tu croyais vraiment que cela arrivera !

LUCILE, souriant.

Tu es plus faible que moi, mon héros.

CAMILLE, souriant.

Peut-être. J'ai besoin que l'on m'aime. Je ne sais pas être seul.

LUCILE

Jamais je ne te quitterai.

CAMILLE

Jamais. Quoi qu'il arrive, que tout nous soit commun, que rien ne nous sépare, que rien ne vienne desserrer l'étreinte de nos bras...

Un moment de silence. Lucile reste immobile, la tète appuyée sur l'épaule de Camille.

LE i'i JUILLET 99

Tu dors ?

U CILE, relevant la tète.

Non. — Soupirant. Dieu nous épargne ces épreuves!

CAMILLE, sceptique.

Dieu?

.1 OLE, pose sa joue sur l'appui de la fenêtre et reste immobile, un bras autour du cou de Camille.

i ois-tu pas qu'il existe?

CAMILLE

Pas encore.

Il CILE.

Que veux-tu dire ?

CAMILLE

Nous l«i créons en ce moment. Demain, si j'en crois ce Heur, demain, il y aura un Dieu : l'Homme.

Lucile tenue les yeux et s'endort.

CAMILLE, doucement.

Lucile... — Elle s'est endormie...

ROBESPIERRE, traversant la rue, iperçoit Camille.

Tu es encore là, Camille ?

CAMILLE

Chut!

ROBESPIERRE

Tu oublies Ion devoir.

Camille montre Lucile.

i BPIERRE. !,.,. uni U rob inl Lucile.

Pauvre petiti

Il reste nn instant immobile, à les considérer totu deux. Vn bruit bes réi cille Lut île.

LTJCI1 ! ut d'effroi.

CAMILLE

Qu'as-tu, Lucile? C'est notre ami, c'est Maximilien.

ROBESPIERRE, la salue en souriant.

Vous ne me reconnaissez pas ?

LUCILE, encore tremblante.

Ah ! vous m'avez fait peur !

ROBESPIERRE

Pardon.

CAMILLE

Gomme tu trembles !

LUCILE

J'ai froid. Adieu, Camille. Je n'en puis plus.. Je vais dormir.

Camille lui sourit et lui envoie un baiser. Robespierre s'incline.

Elle se retire sans être encore remise de son émotion, et en les

saluant seulement d'un signe de tète.

L'aurore est venue, le ciel s'est coloré derrière la Bastille. — Au

milieu des cris lointains, s'élève le crépitement des premières

fusillades.

ROBESPIERRE, se tournant du côté d'où vient le bruit.

Allons ! Il ne s'agit plus d'amour aujourd'hui.

Il sort.

CAMILLE descend de la barricade.

Il ne s'agit plus d'amour?... Et de quoi s'agit-il? N'estce pas l'amour qui fermente dans cette ville, qui gonfle ces poitrines, qui offre au sacrifice ces larges moissons humaines?... 0 mon amour, tu n'es pas égoïste et étroit, tu m'attaches à ces hommes par des liens plus forts. Tu es tout. Tu embrasses le monde. Ce n'est pas seulement ma Lucile que j'aime. C'est l'univers. A travers ses chers yeux, j'aime tous ceux qui aiment, qui souffrent, qui sont heureux, tout ce qui vit et meurt. J'aime ! Je sens que la flamme qui est en moi fait bouil-

LE ii JUILLET 101

lonner ce peuple, rougît ce ciel d'orient derrière cette Bastille. Toutes les ombres s'effacent. Celle-ci tombera aussi, cette ombre de eaucliemar !...

La Bastille, monstrueuse ei noire, s^lève au fond sur le ciel rouge -

dair. La voix du canon éclate soudain, parmi la fusillade, les

cris, [es cloches ei les tambours.

CAMILLE rit, et fait un pied-de-nez à la Bastille.

Le loup hurle... Grogne, montre les dents î La meute t'a cerné ! Puisque le Roi aime la chasse, nous allons faire la chasse au Roi !

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