‹ Le quatorze juillet. Danton. Les loupsChapitre 47 sur 151 · HOC! IF · texte numérisé non relu

HOC! IF

Eh ! venez aussi, la mère ! Personne ne doit rester dans les maisons aujourd'hui. Que le limaçon quitte sa coquille! La ville tout entière sort de sa prison. Ne laissons rien par derrière. Ce n'est pas une armée en guerre, c'est une invasion.

LA MÈRE

Ma foi, oui. Si on doit mourir, mieux vaut être tous ensemble.

LE II IUILLET 95

BOCHE

Mourir.1 Allons donc ! On ne meurt que quand on veut mourir.

î ni s'éclaire derrière les maisons et la masse sombre de la Bastille.

Hourrah ! Voyez le jour, le jour nouveau, l'aurore de la Liberté !

Ji LIE, qui, sur l'épaule de Hoche, s'est tenue jusque-là toute riante, muette, un doigt dans sa bouche, se met à ehanter d'une > oi x tinette une ronde nationale du temps.

Liberté, dans ce beau jour Viens remplir notre âme...

- HOCHE, riant.

Kn tendez-vous ce petit moineau ?

Le peuple rit.

Vil gai ! au devant du soleil !

Il reprend l'air de la petite Julie, en se mettant en marebe ; e I

entière du peuple s ébranle, joignant ses voix au chant de Hoche ei de la petite fille. 11 se trouve aussitôt une petite flûte, <p:i accompagne d'une façon alerte et aiguë la ronde populaire. A la musique se mêlent de grandes clameurs entbousiastes, les cloches qui s'éveillent de proche en proche, et des bruits confus qui persistent pendant la m .ne suivante. (îonchon et les militremblants sont poussés par une foule railleuse et rieuse, parmi laquelle la Contât et Hulin. Hommes ef femmes sortent des a at au peuple, courent après lui. — Une

temp

lis que le peuple s'écoule bruyamment hors du théâtre, Des-

moulins, qui l'accompagne jusqu'à la sortie de la scène, revient

monte précipitamment sur la barricade, \.i à la fe-

de Lucile, et appui.' sa figure contre les vitre*. Pendant la

fin de l'acte, le bruit dn peuple, dés cloches, des tambours,

continue à bourdonner an dehors. Quelques retardataires sortent

maisons, nuis il» ne prennent pas garde aux amants.

< \mii .1.1 . à mi-voix.

Lucile...

vre doucement, Lucile | bras autour du cou

mille.

LUCILE

mille...

CAMILLE

Tu étais là ?

LUCILE

Chut!... Ils dorment à coté. J'étais là, cachée. Je suis restée tout le temps. J'écoutais et je voyais tout.

CAMILLE

Tu ne t'es point couchée ?

LUCILE

Comment pourrait-on dormir avec tout ce vacarme ? — Oh ! Camille, comme ils t'ont acclamé !

CAMILLE, content.

Tu as entendu comme ils ont crié ?

LUCILE

Les vitres en tremblaient. Je riais dans mon coin. J'aurais voulu crier aussi. Comme je ne pouvais pas, j'ai fait des extravagances, je suis montée sur une chaise, j'ai... devine ce que j'ai fait...

CAMILLE

Comment puis -je deviner?

LUCILE

Devine, si tu m'aimes. Si tu n'as rien senti, c'est que tu ne m'aimes pas. Qu'est-ce que je t'ai envoyé?

CAMILLE

Des baisers.

LUCILE

Tu m'aimes! C'est cela. Des paniers de baisers. Il s'en est €garé quelques-uns sur ceux qui t'applaudissaient... 0 les amours, comme ils criaient ! Comme tu es devenu glorieux, mon Camille, en un jour, un seul jour! L'autre semaine, il n'y avait que ta Lucile qui te connaissait, qui savait ce que tu valais. Aujourd'hui, tout un peuple...

CAMILLE

Écoute...

Bruit joyeux et tumultueux de Paris.

LE il JUILLET 93

LUCILE

Tout cola... C'est loi qui as fait tout cela... ce beau cha- • ixari !

CAMILLE

Je n v crois pas moi-même !...

LUCILE

Et tout cela avec un discours ! Comment est-ce que tu as On ma dit que tout le inonde était hors de soi, en l'écoutant. ( hie j'aurais voulu être là !

CAMILLE

Je ne sais pas ce que j'ai dit. Je me sentais soulevé de

4erre. J'entendais ma voix et je voyais mes gestes, comme

tait un autre qui parlait. Tout le monde pleurait, et je

pleurais comme les autres. A la fin, ils m'ont porté sur

épaules. < ta n'a jamais rien vu de pareil.

LUCILE

Mon grand homme, mon Patru, mon Démosthène! — l'A tu as pu parler à toute une foule qui te regardait? Et tu ne t es pas troublé? Tu n'as pas perdu la mémoire? Tu pas fait, comme tu lais quelquefois?...

CAMILLE

Quoi doi

i.i i.ii.i:.

lis bien... comme un flacon trop plein, d'où l'eau eut sortir... Elle rit.

CAMILLE

voilà contente de ta méchanceté ! Tu mon- : ites dentSj comme un chat.

li CILE, riant.

Mais non, je te dis, je t'aime : je i aime comme tu es. Je te cherche des défauts, je les trouve, el je les aime. Ne

. Hon-hon, j'aime ton bégaiement, je t'assure, je - lie à parler comme cela maintenant

lia rienl totu lea deux.

CAMILLE

Écoute ce qu'un jour a fait de ce peuple. Que ne verrons-nous pas î 0 Lucile, que de belles choses nous allons faire ensemble ! Voilà la foudre lancée. Quelle joie de frapper de tous côtés, dans le tas, de détruire ces tyrans, ces injustices, ces préjugés, ces lois! Enfin!... On va donc casser le nez à ces magots ridicules, dont le sourire grotesque s'opposait à tout, défendait tout, empêchait de penser, de respirer, de vivre ! On va faire maison nette, brûler les vieilles nippes ! Plus de maîtres. Plus d'entraves. Que cela est amusant !

LUCILE

Qui dirigera Paris maintenant ?

CAMILLE

Nous, parbleu. La Raison.

LUCILE

Ils crient bien fort. Gela me fait peur.

CAMILLE

C'est l'effet de mes paroles.

LUCILE

Tu crois qu'ils t'écouteront toujours ?

CAMILLE

Ils m'ont écouté quand j'étais inconnu ; que ne pourraije, maintenant qu'ils m'adorent ! — Bonnes gens ! quand ils seront délivrés des maux qui les accablent, tout va devenir facile, aimable, riant... Ah! Lucile, c'est trop de bonheur, à la fois, tout d'un coup! — Xon. Pas trop! Jamais trop!... Mais cela me grise un peu, après tant de misère !

LUCILE

Pauvre Camille ! tu as été si malheureux ?

CAMILLE

\r Oui, cela a été bien dur, et bien long !... Six années !...

. pas d'amis, pas d'espoir... Abandonné des

miens, réduit à d'humiliants métiers, courant après quel-

ques -"Us. el ne les trouvant pas, souvent... Il y a plus d'un

jour où je me suis couché sans dîner. — Je ne veux pas te

■nter cela... Plus tard, plus tard je te dirai... J'ai eu

LUCILE

Est-ce possible ? oh! mon Dieu ! pourquoi ne venais-tu

CAMILLE

Tu aurais partagé avec moi ton petit pain?... Ce n'était

encore le plus dur. Lucile. On se passe de souper. Mais

douter de soi, voir l'avenir fermé devant soi; — et puis,

petite fille, cette chère petite fille, dont les boucles

blondes et les yeux bruns souriaient, à la fenêtre en face de

ma fenêtre. — dont j<- suivais les pas, de loin, dans les

allées du Luxembourg, savourant la grâce ingénue de ses

la fine maigreur de son corps enfantin... Ah !

petite Lucile, si tu nias fait oublier quelquefois ma

tu me l'as rendue plus lourde aussi, souvent!

si loin de moi ! Comment aurais-je pu croire

qu'un jour... ! Et ce jour, je le tiens, oh! je le tiens

'. il ne m'échappera plus. Je t'ai ! Je baise tes mains

jettes. T. mi le bonheur du monde, elles me

l'ont apporté. Le monde libre par moi ! Ah ! que je suis

Il- l'embrassent, el restent an înstanl sans parler.

< wiii.i i . ; gardanl Lucile.

Tu pleui

i.i CILE, souriant, idssi.

Iuiiii'ii(.ii- | ,,|.

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