M (.ILE
Je n'aurais garde.
CAMILLE
Lavez-vous vu, quand on dit devant lui une gauloiserie? Iront se plisse de grandes rides, et remonte vers son crâne ; il crispe les mains, il grimace, comme un singe qui a mal aux dents.
Héritage de son père. C'est de Rousseau qu'il tient sa haine de Voltaire.
i.i cii.i . étourdknent.
Comment! Il est fils de Rousseau ?
BÉB \i II. m moquant.
-norez-vous?
I» \.\ loN.
Jésuiteries que tout cela! Il est plus corrompu que les autres. Quand on se cache d'aimer le plaisir, c'est qu'on a de mauvaises nfœui
PBILIPPEAl \.
Possible; mais si Robespierre aime le plaisir, il le cache
bien : el il .1 raison, Danton. Toi, lu le montres trop. Tu
sacrifierais f.i fortune pour une nuit au Palais-Royal.
C'est que j'aime mieux une bonne fortune qu'une mauvaise.
PHILIPPE AUX
En attendant, tu compromets ta renommée; l'opinion, suit tes actes ; et que dira la postérité, quand elle saura que Danton, à la veille d'un combat décisif pour l'État, ne pensait qu'au plaisir ?
L'opinion est une p — , l'honneur une foutaise, la postérité une fosse puante.
PHILIPPEAUX
Et la vertu, Danton ?
Va demander à ma femme si elle est contente de la mienne.
PHILIPPEAUX
Tu ne penses pas ce que tu dis. Tu te calomnies à plaisir, tu fais le jeu de tes ennemis.
WESTERMANN, qui a fuit effort pour se contenir, éclate.
Vous êtes tous des bavards et des bravaches qui se vantent. Les uns déclament sur leurs vertus, et les autres sur leurs vices. Vous ne savez que parler. Votre ville est un nid d'avocats et de procureurs. L'ennemi nous menace. Danton, oui ou non, veux-tu charger ?
Laissez-moi tranquille ! J'ai perdu ma vie et mon repo pour sauver la République : elle ne vaut pas une seule des heures que je lui ai sacrifiées. Assez ! Danton a acheté e droit de vivre enfin pour lui.
Danton n'a pas acheté le droit d'être un Sieyès.
Suis-je un cheval borgne, condamné à faire tourner la meule jusqu'à ce qu'il crève il
CAMILLE
Tu t'es lancé dans un défilé bordé de précipices. Impossible de revenir sur tes pas. Il faut aller. L'ennemi est là, qui te souille dans le dos : si tu t'arrêtes, il te jette en bas. Déjà il lève la main et calcule le coup qu'il veut porter.
Je n'ai qu'à me retourner et leur montrer ma hure, pour qu'ils tombent foudroyés.
WESTERMANN
Fais donc. Qu'attends-tu ?
Plus tard.
philipim: vi \.
Tes ennemis s'agitent. Billaud-Varenne se répand en paroles enragées contre toi. Vadier plaisante sur ta chute prochaine. Le bruit de ton arrestation a déjà couru dans
Paris.
DANTON, haussant les épaules.
• ise '. Ils n'oseront pas.
PHILIPPE vi \.
tu ce que Vadier a dit? J'hésitais à te répéter ses ignobles propos. \ adier a dit de toi : « Ce gros turbot farci, nous le viderons bientôt. »
DANTON, tonnant.
Vadier a «lit cela ' Eh bien, réponds, réponds à ce scéléî.it que je lui mangerai la cervelle, que je lui broierai le crâne '. Quand je craindrai pour ma vie, je deviendrai plus qu'un cannibale '
Il écunie «le fureur.
WESTERMANN
Enfin ! . . . Viens !
Où?
WESTERMANN
Parler aux clubs, soulever le peuple, renverser les comi tés, abattre Robespierre.
Non.
Pourquoi ?
PHILIPPEAUX
Plus tard. Je ne veux pas.
CAMILLE
Tu te perds, Danton.
WESTERMANN
J'étouffe quand je vois la peur d'agir qui pèse sur les honnêtes gens ici. Quel poison diabolique coule donc dans cet air, pour que des hommes comme vous, à un jour de l'échafaud, se croisent les bras et attendent, sans oser faire un mouvement, ou pour combattre ou pour fuir? Je n'en puis plus. Je vous laisse. J'agirai sans vous. J'irai trouver ce Robespierre, dont vous avez tous peur: (car vous en avez peur, oui, tout en le plaisantant ; votre timidité fait toute la force de ce gueux). Je lui cracherai la vérité: il verra pour la première fois un homme qui lui résiste. Je briserai l'idole!
Il sort avec emportement.
PHILIPPEAUX
Je viens avec toi, Westermann.
DANTON, tranquillement, avec un peu de mépris.
Il ne brisera rien du tout. Robespierre le regardera, — comme cela, — et ce sera fini. Pauvre bougre !
DANTON i71»
PHILIPPE Al \.
Danton ! Danton ! où es-tu ? Où est lathlctc de la Révolution ?
Vous rtes des poltrons. Il n'y a rien à craindre.
PHILIPPEAUX
Quos vult perdere...
Il sort.
Hérault se lève, prend son chapeau et se dispose à partir. CAMILLE.
Tu pars aussi, Hérault ?
Camille, tu n'es point fait pour la guerre à la Westerinann : je le sais. Mais alors, retire-t-en complètement. Fais-toi oublier. A quoi bon parler?
CAMILLE
Pour satisfaire ma conscience.
HÉRAULT hausse les épaules doucement, et haise la main de Lucile.
Adieu, Lucile.
r.i CIL!'..
Au revoir.
HÉB u.'i.t. souriant.
t -on jamai< :
CAMILLE
Où vas-tu?