‹ Le quatorze juillet. Danton. Les loupsChapitre 90 sur 151 · M \I> W1I. 1)1 PLAY · texte numérisé non relu

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Quoi, veux-tu nous quitter?

BESPIERRE, avec un mélange de sincérité et d'emphase. "\on : et pourtant je vous quitterai plus tôt que vous ne pensi

M IDAME Dl PLA1 .

Je te le défends bien : j'entends partir la première, et je De -ui< pas pressée.

ROBESPIERRE, souriant

rais plus tranquille, si je pensais qu'on tint moins à moi.

m \i> vmi-: Di PLA1 .

Quoi? cela ne te fait pas plaisir qu'on t'aime?

ROBESPIERRE

F. a France ^e porterait mieux, si elle songeait moins à 1 plus à la liberté.

M IDAME Di PLA1 .

confond avec Robespierre.

ROB] BPIl RRJ •

' bien là ce qui m'inquiète pour elle. J'ai peur pour

M \i> vmi Dl il n .

la font do bruit dans la cour ! Je suis sûre que

ce tapage de marteaux: et de rabots te fatigue. J'ai demandé vingt fois à Duplay que les ouvriers ne commen.cent pas si tôt le travail, afin de ne pas te réveiller quand tu dors; mais il dit que tu défends qu'on change rien aux habitudes.

ROBESPIERRE

Il a raison. Cette activité régulière me repose. Le travail est bienfaisant aux autres et à soi-même. Au sortir d'une nuit de pensées fiévreuses, comme celles où nous sommes forcés de vivre, il renouvelle l'air vicié et meurtrier.

MADAME DUPLAY

Quel travail t'a fait veiller cette nuit ?

ROBESPIERRE

Non le travail, mais le souci. .

MADAME DUPLAY

Tu as l'air préoccupé, comme à la veille d'une catastrophe.

ROBESPIERRE

Une catastrophe, oui.

MADAME DLPLW.

Ne peux-tu l'empêcher ?

ROBESPIERRE

Loin de là, je dois l'accomplir.

M M) AME DUPLAY

Je n'ai pas le droit de t'interroger ; mais il ne faut pas être triste aujourd'hui. La maison est en fête. Le Bas et Saint-Just sont revenus, cette nuit, de l'armée.

ROBESPIERRE

Saint-Just est revenu? Tant mieux : j'ai besoin de sa volonté.

MADAME DUPLAY

J'oubliais de te dire: il y a un général qui voulait te parler, le général Westermann. Il était ici avant le jour ; je

l'ai empêché de monter. 11 a dit qu'il reviendrait dans une heure. Faut-il le recevoir?

ROBESPIERRE

Je ne sais.

MADAME m PLAY.

Il a attendu longtemps dans la cour. Il pleuvait.

ROBESPIERRE

Bien.

M IDAME Dl PI. \V.

Quel temps il faisait cette nuit ï Je suis revenue trem-

ROBESPIERRE

Où étais-tu ?

M W» LME Dl PI- \Y.

Vax Halles. J'ai fait queue depuis minuit. On se poussait ! Impossible de fermer l'œil un instant; tout de suite votre place était prise \ l'ouverture des grilles, on s'est battu. Heureusement, je sais défendre mes droits. Enfin, j ai réussi à avoir trois œufs et un quarteron de beurre.

ROBESPIERRE

Trois œufs pour la maison, ce n'est guère.

M IDAME DUPLA1 .

Pour Êléonore, pour Elisabeth, et pour toi, — mes trois ( nfants.

ROBl SPI1 RRE.

Bonne maman Duplay, tu ne crois pas que je vais vous prendre le pain de la bouchi

MADAME Di PLAT.

Tu ni me refuser: c'est pour toi que j'ai été là-

■ullVarii. tu .i- l'estomac faible. Si encore tu voulais de la viande ' Mais tu défends qu'on en achète.

ROBESPIERRE

La viande se fait rare ; il faut la garder aux soldats et aux malades. Nous avons décrété un carême civique. C'est à moi et à mes collègues de donner l'exemple de l'abstinence.

MADAME DUPLAT.

Tous n'ont pas tes scrupules.

ROBESPIERRE

Je le sais; j'ai vu certains d'entre eux festoyer, dans la misère publique: cela me lait horreur. Chacun de ces repas vole à la patrie la force d'une trentaine de ses défenseurs.

MADAME DUPLAT.

Quelle misère ! plus de viande, plus de volailles, plus de laitage. Les légumes sont accaparés par l'armée. Avec cela, on ne peut plus se chauffer. C'est la seconde nuit que Duplay attend son tour au bateau de charbon ; il vient de rentrer, les mains vides. Quant au bois, il n'y faut pas penser. Sais-tu quel prix on m'en a fait la corde ? — Quatre cents francs! — Heureusement, voici le printemps. In mois de plus, et nous y restions tous. Je n ai pas souvenir, depuis que je vis, d'un hiver aussi dur.

ROBESPIERRE

Oui, tu as souffert, vous avez toutes souffert, pauvres femmes, et avec quel courage ! Mais conviens que malgré toutes ces peines, vous avez connu aussi des joies que vous ignoriez: la joie de concourir, tous, du plus petit au plus grand, à l'œuvre sublime : la liberté du monde !

MADAME Dl PLA1 .

Certes, je suis heureuse. Quelque chose qui vienne maintenant, ce temps de misère restera le meilleur de notre vie: ce ne sont pas des souffrances ordinaires, absurdes, qui ne servent à rien. Chacun de nos jeûnes enrichit la nation. Quelle fierté nous te devons, Maximilien ! Hier soir je pensais, en faisant la lessive : si petite bourgeoise que je sois, si peu sure du lendemain et si lasse de recommencer chaque

jour la chasse au pain quotidien, je travaille au salut de la patrie; rien n'est perdu de mes peines; chacun de mes efforts est compté pour la victoire, et je marche avec vous à la tète de l'humanité !

LES OUVRIERS, dans la cour, chantant.

Scions, clouons, forgeons bien Bois de fusils, manches de piques.

Travaillons grand train.

Soldats de la République, Vous n' manquerez de rien.

MAI) AMi: 1)1 PLAY, souriant.

Ils \iennent de terminer une commande pour l'armée du 1; ils ont le ventre creux, mais ils sont contents.

ROBESPIERRE

Peuple sublime ! qu'il est bon d'en faire partie ! qui pourrait pardonner à ceux qui tentent de corrompre cette source d'abnégation et de sacrifice?

On entend VVestermann gronder au dehors.

MADAME DUPLAT.

C'est le général. Il s impatiente.

ROBESPIERRE-

Fais-le monter. . .

lame Dnplav sort — Robespierre jette un coup d'uni sur son miroir. I£n un instant, sa figure change, devient dure, immobile,

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