SCÈNE II ROBESPIERRE. WESTERMÀNN
\\ Bfl i ERM o\ . enti uni ii fit.
Tonnerre de I )!«•• i ! ce n'eal |><i^ trop tôt. Il y a deux te je fais le pied d i porte. Foutre, il es i
plus difficile d'entrer chez i<>i que dans nue ville venne...
immobile, lei traita rigides • w rmanni interloqué un insl ml
WESTERMANN
Je croyais que tu ne voulais pas me recevoir. Desmoulins m'avait dit qu'on m'empêcherait de passer. Et moi, j'avais juré que j'entrerais, quand je devrais enfoncer ta porte à coups de canon. . . n rit. Tu excuses ma franchise martiale y Robespierre continue de se taire. Westermann, de plus en plus gêné, tâche de prendre un air dégagé. Bougre ! Tu es bien gardé.
11 y a une belle fille en faction devant ta porte ; elle ravaude des bas. Pas commode, la demoiselle ! Comme toi, incorruptible. Il aurait fallu lui passer sur le corps. En pays ennemi, ce n'eût pas été tant déplaisant... H rit d'une façon forcée. Robespierre se tait, mais remue les mains avec impatience. Westermann s'assied, veut se mettre à l'aise. Robespierre reste debout. Westermann
se relève. Des imbéciles prétendent que tu es mon ennemi. J'en hausse les épaules. La vertu, ennemie de la vertu! Allons donc ! Aristide peut-il être l'ennemi de Léonidas ? Le bastion de la République et le rempart de la patrie ne sont-ils pas faits pour s'appuyer l'un l'autre? Des bougres comme nous, qui mettent au-dessus de tout la gloire de la nation, s'entendront toujours, n'est-il pas vrai ?. . . n lui tend la
main. Robespierre ne bouge ni ne répond. -Ne veux-tu pas me donner
la main?... Tonnerre ! c'est donc vrai? tu es mon ennemi ? tu conspires ma perte? Mille cochons ! si je le savais !... Suisje un jean-foutre, que tu me laisses deux heures me morfondre dans ta cour, et lorsque je suis chez toi, que tu ne m'offres même pas un siège pour m'asseoir, que tu me laisses là, debout, à parler, sans répondre ? Nom de Dieu !
Il frappe du pied le plancher.
ROBESPIERRE, glacial.
Général, vous faites fausse route. Il y a loin de Léonidas au père Duchesne. Vous cherchez vos modèles en une pla e dangereuse.
WESTERMANN, interloqué
Quelle place?
La place de la Révolution.
DANTON 2 if
WESTERMANN, tout à fait démonté.
M,.i< enfin, citoyen, qu'ai-je lait? de quoi m'accuses-tu ?
ROBESPIERRE
Le Comité de Salut public vous le dira.
\\ ISTKHMANN.
J'ai le droit d'être averti.
ROBESPIERRE
Interrogez votre conscience.
WESTERN \NN
Elle ne me reproche rien.
ROBESPIERRE
Je plains celui qui ne peut plus entendre la voix du remords.
il; M \N\ se force pour être calme ; mais sa voix tremble de douleur et de rage.
Je n'ai qu'un remords: c'est d'avoir sacrifié ma vie à une patrie aussi ingrate. Voilà trente ans que je souffre pour elle toutes les misères. .!<• l'ai sauvée dix fois de l'in- >n. Jamais elle n'a reconnu mes services. Le premier iphante venu me dénonce: on (•conte les lettres anonymes des soldats doni j'ai châtié la couardise; on m accuse, me menace, «ni me casse de mon -rade; el (\*'> imbécile- treux, des fripouillards, me passeril sur le dos; il faut que j'obéisse à un Rossignol, <m orfèvre stupide, qui ne sail rien de la guerre, qui ne s'est l'ait connaître que ilourdises, et dont tous les titres sont la crasse de
t la protection des jacobins. KJéber, Dubayet
et M oongenl en des postes infimes, et un boutU
quier de Niori commande à deux armées !
République fail plus de cas dans un chef de la force mvictions républicaines que de son habileté mili-
WESTERMANN
La République fait-elle cas aussi des défaites de Rossignol ?
ROBESPIERRE
La responsabilité des défaites de Rossignol ne pèse point sur lui, mais sur ceux qui l'environnent. Si Kléber, Dubayet, Westermann sont si fiers de leurs talents, qu'ils en fassent profiter le général que la nation leur impose !
WESTERMANN
Ainsi, vous voulez nous dérober la gloire de nos .actions?
ROBESPIERRE
Oui.
WESTERMANN
Avouez-le: la gloire militaire vous fait peur, vous voulez l'humilier ?
ROBESPIERRE
Oui.
WESTERMANN, insultant.
Elle gêne l'ambition des avocats?
ROBESPIERRE
Elle insulte la raison, elle menace la liberté. Qui vous rend si tiers? Vous ne faites que votre devoir. Vous risquez votre vie? Nos tètes, à tous, en France, sont l'enjeu de la formidable partie que nous jouons avec le despotisme. Quel mérite avez-vous de plus que nous à braver la mort? Nous sommes tous voués à la mort ou à la victoire. Vous êtes, comme nous, les instruments de la Révolution, la hache ■chargée de frayer la voie à la République au travers de ses ennemis. C'est une tâche terrible, qu'il convient d'accepter sans faiblesse, mais sans orgueil. Vous n'avez pas plus lieu d'être fiers de vos canons, que nous de la guillotine.
WESTERN LNN.
Tu outrages la grandeur de la guerre.
ROBESPIERRE
Il n y a de grand que la vertu. Où qu'elle se trouve : solouvriers, législateurs, la République l'honore. Mais les criminels tremblent ! Rien ne les protège de ses coups, ni leurs titres, ni leurs éj»
\\ BSTERll INN.
ît moi que tu menaces ?
ROBESPIERRE
Je n'ai nommé personne. Malheur à qui se désigne luimème!
WESTERN v>>.
tonnerre. Il regarde, avec un gestes menaçant, Robespierre isible ; il tremble de t<>u~ ses membres, et va pour sortir, d'un pas
- .tournant. Prends garde à toi, Sylla ! Ma tête est plus le que celle de Custine. Il y a encore des hommes qui ne craignent point ta tyrannie. Je vais trouver Danton.
heurte au mur, a\ant de trouver la porte, et sort avec fracas.