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Le quatrième évangile

L'origine du quatrième Evangile est un des plus graves problèmes qui aient été soulevés par la critique moderne, et il ne semble pas que ce problème ait trouvé encore une solution définitive. A première vue, le suffrage traditionnel, qui désigne comme auteur l'apôtre Jean, paraît solide; mais le contenu du livre et son rapport avec les Synoptiques provoquent des objections dont Texégèse la plus conservatrice est obligée de tenir compte. En vérité, ces difficultés accumulées ont cessé d'être des objections; elles constituent un grand fait, malaisé à concilier avec le témoignage ecclésiastique. La base de ce témoignage, quand on y regarde de plus près, ne laisse pas d'être discutable, parce qu'une sorte d'équivoque existe entre les plus anciens témoins, Papias et Irénée, sur la personne de Jean d'Ephèse. Il serait téméraire, en l'état présent de la science biblique, de prétendre dire le dernier mot sur un sujet où l'on voit se diviser les critiques les plus éminents de notre temps, soit qu'ils soutiennent encore l'authenticité apostolique comme l'hypothèse la moins invraisemblable, soit que, jugeant cette hypothèse absolument condamnée, ils en proposent d'autres pour expliquer la composition du livre et son succès. Un point, du moins, ressort avec évidence de tout le travail exégétique de ces dernières années, c'est que la question d'auteur est secondaire, et que la question importante est celle du livre même, de son caractère propre en tant qu'Evangile du Christ. Cette dernière question, beaucoup plus complexe que la première, à n'en juger que par les apparences, peut être suffisamment élucidée par l'étude du texte évangélique; et le caractère du livre une fois établi, la question d'auteur est presque réglée, dans la mesure où elle intéresse l'historien. Réservant pour le commentaire la discussion des détails, on exposera successivement, dans cette introduction, le témoignage traditionnel, le développement de la critique, le rapport du quatrième Evangile avec les trois premiers, son caractère particulier, sa doctrine, les conclusions qu'il est A. Loisv. — Le nuixlrième Évniufile. 1

permis de formuler hypothétiquement touchant son auteur, la date et le lieu de sa composition. Quelques indications sur le plan du livre, son style, la conservation de son texte, ses principaux interprètes, compléteront ces données et serviront de préface au commentaire.

§ I. — Le quatrième évangile et la tradition ecclésiastique

La tradition qu'il y a lieu d'interroger ici est surtout celle de TÉglise du second siècle. Le quatrième Évangile, d'après l'opinion commune des critiques et la tradition elle-même, n'a pas été composé avant la fin du premier siècle; à partir du troisième, son histoire n'a plus d'obscurités; il est universellement accepté comme livre canonique et comme œuvre de l'apôtre Jean, et aucun doute n'a été soulevé à cet égard jusqu'à la fin du xviii'^ siècle. Bien que les témoignages qui l'attribuent explicitement à l'apôtre Jean appartiennent à la seconde moitié du second siècle, son existence est suffisamment attestée par des autorités qui se rattachent à la première moitié; au point de vue des garanties extérieures, il paraît d'abord se présenter dans des conditions aussi favorables, pour le moins, que les Synoptiques et que bien d'autres livres anciens dont l'authenticité n'a jamais été suspectée. Les doutes ne s'éveillent que si l'on examine plus à fond les conditions de l'attestation traditionnelle et son rapport avec l'ouvrage qui en est l'objet.

Une allusion très probable à l'Évangile johannique ^ se rencontre dans le Nouveau Testament, mais dans un écrit contesté, la seconde Épître de Pierre, à l'endroit où l'auteur présumé parle de sa mort prochaine et de l'annonce qui lui en a été faite par le Christ ^. Si l'Épître était authentique, on devrait dire qu'elle se réfère, non au dernier chapitre de Jean, mais à Tincident qui y est rapporté. Cependant l'Épître paraît bien viser le texte de l'Évangile, et tout porte à croire qu'elle est pseudonyme; puisqu'elle connaît déjà les Épîtres de saint Paul en collection et comme faisant partie du recueil des Écritures ^, il n'est pas étonnant qu'elle cite l'Évangile de Jean; elle doit être postérieure à la formation du Nouveau Testament et n'a guère pu être écrite avant le milieu du second siècle. L'existence du quatrième Evangile à cette date n'est pas contestable; l'indice de sa présence dans le canon biblique mérite néanmoins d'être relevé, d'autant que la réception dans le canon suppose l'attribution à l'apôtre Jean. Mais on doit noter que, authentique

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