‹ Le quatrième évangileChapitre 2 sur 857 · II PlKH. III · texte numérisé non relu

II PlKH. III

INTRODUCTION

non, cette Épître et la première de Pierre, adressées toutes deux aux Églises d'Asie mineure, semblent ignorer la présence de Jean dans ces régions pendant les dernières années du prince des apôtres \

L'Épître de Clément Romain, écrite vers l'an 95 ou 96, est à peu près contemporaine de l'Evangile et sans doute un peu plus ancienne ; on ne doit donc pas être surpris qu'elle ne le cite pas. Certains rapports d'idées et de formules^ ne permettent pas de conclure à un emprunt. Des analogies semblables se rencontrent dans d'autres écrits de la même époque ou un peu plus récents, qui ne dépendent pas littérairement du quatrième Évangile. C'est que celui-ci, nonobstant l'originalité, on pourrait dire la personnalité de son caractère, a été préparé par tout un mouvement d'idées dont il n'est que l'expression plus complète et définitive. Telle conception ou telles expressions peuvent sembler johanniques, qui sont antérieures à l'Évangile de Jean ou qui ne procèdent pas de lui.

L'homélie connue sous le nom de seconde Épître de Clément définit l'incarnation dans les mêmes termes que le prologue de Jean, si ce n'est que le mot « Verbe » y est remplacé par le mot « esprit ^ » ; lïdée reste la même que dans le quatrième Évangile, où le Verbe est esprit, aussi bien que le Père; la dépendance de l'homélie à l'égard de l'Évangile est donc pour le moins vraisemblable ; mais on ne saurait dire si l'auteur, qui a employé aussi l'Évangile des Égyptiens, avait un canon évangélique bien arrêté, ni s'il attribuait notre quatrième Évangile à saint Jean. On ne s'accorde pas sur la date de cette prétendue Épître de Clément, non plus que sur son lieu d'origine; généralement on ne la croit pas antérieure au milieu du second siècle^. Il convient d'observer que Clément, dans son Épître authentique, laisse entendre qu'il ne subsistait plus

1. La même remarque s'applique aux deux Épîtres à Timothée. Mais on pourrait retarder l'arrivée de Jean en Asie après la mort des apôtres Pierre et Paul.

2. I Clem. xliii, 6. sîç tÔ So^a(j07]vat TO ovofjLa Tou àXrjôivou xai [jLOvou xupi'ou. Lix, 3. et; TO yivtoaxstv as xôv [jlo'vov utjuaTOv. 4. yvojTcoaàv as aTiavra Ta k'ôvrj oxi au el ô ôsoç [jlovOç xai 'Ir]aoijlç Xpiaxô; ô xaïç aou. Cf. Jean, xvii, 3 ; I Jean, v, 20; mais on peut lire déjà une formule semblable dans I Thess. i, 9. I Clem, xlii, i. oi àT^oaxoXot 7](xïv sijr(YYeXi'aôr]aav àTiô xou xupi'ou 'Irjaou Xpiaxou, 'Irjaou; ô Xptaxô; aizo xou Oeou èÇsTrétxcpOr]. 2. ô Xpcaxo; oùv àTiô xou ôsou, xai oi àTtoaxoXot àno xou Xpiaxou. Cf. Jean, XVII, 18; XX, 2L Ce rapport d'idées s'explique aisément sans dépendance littéraire. Les autres rapprochements qu'on peut signaler sont encore moins concluants.

3. II Clem. ix, 5. Xptaxô; ô xupioç ô awaaç T][i.àç, oiv jjlÈv xô TCpcoxov ;iv£Ù[j.a, èysvsxo aàpÇ.

4. Harnack {Die Chronologie der altchristlichen Litteratur, 1, 440) la fait écrire vers l'an 170 et veut y reconnaître la lettre du pape Soter à Denys de Gorinthe. D'autres critiques la font remonter jusque vers 420.

de son temps aucun apôtre \ et qu'il ne songe pas à alléguer aux Corinthiens l'autorité de Jean.

On peut trouver aux prières eucharistiques de la Doctrine des douze apôtres^ une certaine saveur johannique. Il n'est pas jusqu'à leur caractère mystérieux et l'absence des formules de l'institution qui ne témoignent de leur affinité avec le quatrième Évangile. Mais la date de la Didachê est incertaine, et pareillement le lieu de sa composition. Cet apocryphe peut être aussi ancien que les écrits johanniques ^, et si l'on devait lui assigner une date postérieure, sa dépendance à l'égard de l'Evangile n'en résulterait pas nécessairement Ajoutons que les prières eucharistiques de la Didachê doivent être plus anciennes que le recueil dont elles font partie, et que l'idée d'un tel recueil n'a guère pu naître qu'après la mort de tous les apôtres.

Les rapprochements avec l'Epître dite de Barnabé ne sont pas plus concluants. Certaines expressions telles que « venir en chair », « apparaître en chair "* » sont dans le style du temps ^, et ce n'est pas l'auteur, du quatrième Evangile qui les a employées le premier. Même l'interprétation du serpent d'airain comme symbole du Christ en croix ' a pu être prise d'une autre source ou découverte par l'auteur. Le développement qui est donné à ce symbole ne rappelle aucunement le texte johannique ; d'où l'on peut déduire, avec la plus grande vraisemblance, que le pré-

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