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LE PROLOGUE
trice existait dès le commencement, lorsque le monde n'existait pas encore. Il y a donc ici un commencement et une parole qui * remontent plus haut que le commencement et la parole créatrice dans le premier chapitre de la Genèse ; mais un rapport log-ique existe entre ces deux termes. La doctrine du Verbe, dans le quatrième Evangile, est fondée en partie sur le récit génésiaque, dont elle donne, pour ainsi dire, le commentaire métaphysique. Les termes abstraits que l'on trouvera plus loin, « la vie », « la lumière », ont un autre sens que dans le récit de la création ; mais ils s'y rattachent aussi à leur manière. Si la spéculation judéoalexandrine a fourni à l'auteur le mot de Logos et lui a en quelque sorte préparé des lecteurs pour l'entendre ; si l'emprunt d'un tel mot ne peut être simple affaire de lexique, et si le mot apporte avec lui l'idée qu'il représente, il est vrai pourtant que la doctrine johannique du Logos a des racines dans l'Ancien Testament, soit dans les livres sapientiaux, soit dans le commentaire philosophique de la Genèse. La» forme qu'elle prend dans l'Evangile est spécifiquement chrétienne. L'idée du Logos est le point où l'enseignement apostolique rejoint la philosophie du temps ; mais c'est pour substituer à une notion indécise et flottante, familière d'ailleurs à beaucoup d'esprits, une notion très nette, qui introduit dans la donnée philosophique la consistance qui lui manquait. L'application de cette idée à l'histoire évangélique devient comme la définition scientifique du Christ sauveur. C'est pourquoi l'on a pu dire que la mention du Logos au commencement du quatrième Evangile était une énigme et non une clef ^ : ce n'est pas la conception purement philosophique du Logos qui est développée dans le livre, et l'on n'y entend que le Christ vie et lumière; l'idée johannique du Verbe est à interpréter par l'Evangile, et l'on s'exposerait à un perpétuel contresens en voulant expliquer l'Evangile uniquement par la théorie du Logos dans Philon 2. Mais si le Verbe apparaît d'abord comme une énigme, on
1. Harnack, supr. ctï. p. 97, n. 2. L'assertion n'est pas soutenable au sens de l'auteur, qui regarde la christologie de l'Évangile comme indépendante du prologue.
2. Cf. B. Weiss, 46-50; Holtzmann, Iland-Commenlar zum N. T. IV^, 40-46 ; Briggs, The Messiah of the Apostles, 495-499; Schanz, 65-70. Ce dernier commentateur écrit (p. 70) : u Ni l'Ancien Testament, ni les Targums, ni l'enseignement du Seigneur n'ont suggéré l'idée du Logos. Le mot même ne se trouve pas dans les discours de Jésus. Ces discours et les Synoptiques mettaient en
s'aperçoit, après avoir lu le livre, que cette énigme en est la clef unique et véritable. Le prologue et le livre sont à expliquer l'un par l'autre; ils sont inintelligibles l'un sans Tautre. L'influence des idées philoniennes sur Jean n'est pas contestable; mais Jean n'emj)runte pas pour cela les idées de Philon; il pense des idées chrétiennes analogues à celles de Philon, et que Philon l'aide à concevoir. Le point de vue de Philon est celui de la philosophie naturelle ; celui de Jean est purement religieux, et les notions théoriques y sont subordonnées à Fexplication ou à la définition du fait chrétien 1.
Le Verbe n'a pas été prononcé dans le temps ni en vue du temps ; il existait indépendamment du temps; « le Verbe était en Dieu », littéralement « vers Dieu », non seulement près de lui, mais à lui 2, et, si l'on peut dire, occupé de lui, ce qui suppose une distinction personnelle entre Dieu et le Logos. Le mot (( Dieu » désigne ici le Père, selon l'usage commun du Nouveau Testament. L'évangéliste ne pouvait guère employer le mot « Père », n'ayant pas encore parlé du Verbe comme fils, d'autant que l'artifice de la première strophe réclamait l'emploi du mot « Dieu » à la fin du second membre de phrase, pour la rejDrise du troisième ^. Jean ne dirait pas que Dieu était « vers » le Logos ; le rapport qu'il a en vue n'implique pas seulement l'union, mais une sorte de subordination transcendante du Logos à Dieu, qui est associée à la communauté de nature entre les deux ^
« Et le Verbe était Dieu. » Dans cette proposition, le mot ôsoç n'a pas l'article, afin de prévenir une équivoque; car autrement on aurait ]pu traduire : « Dieu était le Verbe » , ou comprendre que le Verbe était personnellement identique à Dieu (le Père), mentionné
avant le Fils de Dieu. Peut-être Jean avait-il déjà pris en considération, dans son enseignement oral, ce facteur important de la philosophie populaire d'alors, et a-t-il pu ainsi l'introduire sans autre explication. » Maldonat, II, 381, disait : « Voluit erg'o Joannes, accommodate ad usum loqui (en employant le mot Xd^oç), voluit intelligi. »